Par Nephthali Messanh Ledy

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Partir du statut de « Pays Pauvre Très Endetté » (PPTE) à celui de « Pays émergent » en l’espace de vingt ans, si ce n’est un rêve pieux, il faut être doué et ambitieux pour le caresser. Mais, aussi inaccessible que cela puisse paraître, le Togo compte nourrir cette ambition.

Ainsi s’est-il engagé dans la dynamique de mise à niveau de ses infrastructures par le financement d’une nouvelle politique libérale dénommée « Partenariat Public-Privé ». Un mécanisme dont la mise en œuvre revient fréquemment dans la gestion publique. Illustrations.

Hôtellerie

Réhabilité et géré par un opérateur privé, l’hôtel Radisson Blu 2 février, une propriété de l’Etat, est un exemple de la réussite du Partenariat Public-Privé. L’établissement vient donner un nouveau look au paysage touristique du pays, et s’apprête d’ailleurs à abriter le Sommet extraordinaire des Chefs d’Etats et de gouvernements de l’Union Africaine sur la sécurité, la sureté maritimes, la migration et le développement en Afrique, prévu du 10 au 15 octobre prochains. Une de ces rares rencontres que Lomé n’a plus abritées depuis déjà plus de 15 années. Le Togo, indique Marc Fonboustier, diplomate en poste à Lomé, « a tous les atouts pour codiriger ce sommet avec l’Union Africaine ».

A croire les organisateurs, 66 établissements hôteliers seront mobilisés pour l’évènement. L’hôtel 5 Etoiles pour sa part, logera dans ses 320 chambres et 32 suites fraichement réhabilitées, les chefs d’Etat et les ministres. Le Sommet devra se solder par la signature d’une Charte qui viendra doter les Etats africains d’instruments juridiques destinés à lutter contre l’action pirate en mer. Quid de la sécurité des installations portuaires.

Le port (toujours) en chantier

Véritable poumon de l’économie togolaise, participant pour 45 à 55% au PIB du pays, le Port autonome de Lomé (PAL), seul port naturel en eau profonde d’Afrique de l’Ouest, avec un tirant d’eau de 14 mètres continue son extension grâce au mécanisme PPP. Raison pour laquelle l’Etat va miser sur la construction d’un troisième quai en vue d’augmenter le volume du trafic, et de rendre son port incontournable sur le littoral. Ceci, par la complicité de partenariats noués avec d’opérateurs privés portuaires.

En effet, Togo Terminal, filiale de Bolloré Africa Logistics, aura déboursé pas moins de 300 milliards de F CFA pour débuter le 04 mars 2011, les travaux de construction du quai réceptionné en octobre 2014. Deux ans après, les résultats sont satisfaisants : des activités de manutention en hausse de 66% en 2015 (près de 16 millions de tonnes) selon des chiffres communiqués début septembre par les responsables du port. Et d’annoncer que 1.399 navires ont accosté en 2015 contre 1.119 en 2014. Soit une progression non négligeable de 25%.

Mais dans son ambition d’agrandir la voilure pour s’affirmer sur la côte, Lomé n’hésite pas à accueillir tout investisseur. Le consortium Lomé Container terminal (LCT), formé par le groupe Getma et le chinois Mediterranean Shipping Company (MSC), y réalise un projet de terminal à conteneurs, pour faire du Port de Lomé, le seul à même d’accueillir, en Afrique de l’Ouest et du Centre, les méga-navires.

Deux terminaux somme toute, fruits du PPP, qui devraient permettre d’étendre le trafic en direction du sahel.

Cependant, analysent la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) et le Fonds Africain de Développement (FAD) dans le document de stratégie pays 2011-2015, en dépit de sa position stratégique et de ses potentialités, le Port de Lomé reste sous-exploité, et son efficacité peut être améliorée pour accroître sa contribution à la croissance de l’économie togolaise. « Les défis majeurs à relever par le PAL pour lui permettre non seulement de maintenir sa position, mais aussi d’améliorer sa contribution à l’économie nationale, sont les suivants : accroissement des investissements dans les infrastructures, autant dans le port lui-même que dans le réseau routier de proximité et desservant les pays du continent ; adaptation des fonctions et missions du PAL à son nouveau rôle de port « propriétaire » (par opposition à l’ancien rôle de port opérateur ou exploitant), consistant à assurer la régulation et le contrôle de l’exploitation portuaire ».

Transport aérien

L’autre réussite du concept PPP réside dans le secteur du transport aérien avec l’opérationnalisation en avril 2016, de la nouvelle aérogare de l’Aéroport international Gnassingbé Eyadema. Un projet qui aura couté 150 millions de dollars, entièrement débloqué par China Exim Bank. D’une superficie de 21.000 m², l’infrastructure réalisée sur une durée de 4 ans dispose de 3 passerelles télescopiques d’accès aux avions, et 24 comptoirs d’enregistrement dans le hall principal. Elle offre un parking qui peut désormais accueillir jusqu’à 15 appareils gros porteurs. La zone de fret, quant à elle, est passée de 15.000 tonnes à 50.000 tonnes de traitement annuels.

Autant de caractéristiques qui expliquent le nouveau regain d’intérêt à la capitale togolaise en attente de l’arrivée de cinq nouvelles compagnies aériennes : Egypt Air, Kenyan Airways, Arik Air, Ecair et Turkish Airlines. Aussi d’autres transporteurs opérant déjà sur le marché ont-ils multiplié la fréquence de leurs vols. C’est le cas d’Air France qui offre depuis mars 2016, un vol quotidien au départ de Lomé vers paris et Brussels Airlines qui est passée de 2 à 4 vols hebdomadaires depuis fin 2015.

Par ailleurs, la même institution bancaire chinoise participe à hauteur de 85%, aux travaux de réhabilitation de l’aéroport de Niamtougou (situé dans le nord du pays). Des installations qui à terme, devront être en mesure d’accueillir des avions gros porteurs dans des conditions optimales de sécurité et de rentabilité.

Même si le concept est critiqué, il reste pour le Togo et ses autorités, une alternative à la baisse de l’aide publique au développement pour le financement de leurs projets. D’ailleurs, la Centrale électrique de Lomé est financée et gérée par l’américain ContourGlobal, l’un des premières expériences togolaises en matière de « Partenariat Public – Privé ». A terme, indique-t-on, l’Etat en deviendra propriétaire.

Ces partenariats et investissements visent l’émergence économique en 2030, un vœu formulé par les autorités togolaises dans une Etude prospective dénommée « VISION TOGO 2030 ».

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