Invité spécial de Financial Afrik, Cheikh Tidiane Dieye estime que les APE revêtent un risque majeur de balkanisation de l’Afrique. Le directeur du centre africain pour le commerce et le développement (CACID) etaye son argument dans cette video et reprend à son compte l’expression “camisole de force” utilisée par l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade en 2007 lors du sommet Europe-Afrique de Lisbonne. A l’époque, le continent était soudé derrière un non argumenté. Depuis les rangs se sont fissurés. Les 11 PMA de la CEDEAO et les pays à revenus intermédiaires (Côte d’Ivoire et Ghana) n’affichent plus l’unité.

Les deux derniers nommés, grands exportateurs de cacao et de produits tropicaux, ont signé des accords intérimaires qu’ils doivent mettre en oeuvre d’ici le 1er octobre de peur de perdre les avantages concédés à leurs produits en matière de droits de douane. Aucune étude d’impact pertinente n’est venue etayer la posture de ces deux pays. La Côte d’Ivoire qui a l’ambition de s’industrialiser et d’écouler ses produits transformés dans la sous région, son marché naturel, adopte une attitude inverse du Nigeria, seul pays avec la Gambie, à ne pas encore signé les APE.  Etonnant de voir les PMA (Sénégal en particulier) militer pour la ratification alors qu’ils bénéficient de l’initiative Tout Sauf les Armes (TSA) qui leur permet d’exporter leurs produits agricoles vers l’UE sans droits de douanes.

 

En Afrique de l’Est, le Kenya pousse pour une ratification alors qu’à quelques kilomètres, la Tanzanie a officiellement décidé de se retirer d’un tel accord.  Les enjeux particuliers des uns et des autres ont brisé les lignes de force et relégué en arrière plan le traité du libre-échange continental conçu en 2012 et signé en 2015. L’Afrique est-elle condamnée à reporter sa propre intégration économique et sociale à toujours plus tard?

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