PingC’est donc Jean Ping,  73 ans, élevé par les médias  à la dignité de candidat de l’opposition, qu’échoit le lourd défi de barrer la route au président sortant, Ali Bongo, 57 ans,  qui fait figure de favori. 

Le scrutin présidentiel  à un tour  se tiendra le 27 août prochain dans une atmosphère explosive. La violence verbale a atteint son paroxysme.  Autant le dire,   les questions stratégiques de transformation locale des matières premières, de diversification économique,  de chômage des jeunes et d’intégration régionale ou africaine  ont été éclipsées par un populisme ethnicisant, annonciateur de lendemains difficiles.  Un  seul thème s’est imposé :  l’acte de naissance du président sortant et, par devers lui, la  fixation obsessionnelle sur la “légion étrangère”.

Contre toute attente, Jean Ping, fils d’un immigré chinois, a repris ce débat sur la filiation du président Ali Bongo, débat  digne de Donald Trump,   à son compte. En tirera-t-il profit ?  Aux 628 000 électeurs gabonais  inscrits sur les listes  d’en décider.  Jean Ping semble se complaire de la loi qui interdit à toute personne n’étant pas née  gabonaise, de se présenter aux présidentielles: “L’article 10 dont on parle tant, il a été introduit dans la Constitution par son père. Pourquoi l’a-t-il introduit ? Nous ne savons pas. Contre qui ? Nous ne savons pas. Mais c’est un article de la Constitution de notre loi fondamentale. Il faut l’appliquer, c’est tout”, déclare-t-il dans un entretien avec RFI. 

Eternel  chambellan de feu Omar Bongo, et pendant longtemps indéboulonnable cacique  du parti au pouvoir, le Parti Démocratique Gabonais (PDG), Jean Ping semble avoir  basculé dans l’opposition en 2014 plus  par dépit amoureux que par rupture idélogique.

Dans son élan, l’ex- mari de Pascaline Bongo, sœur aînée de l’actuel président, s’était rapidement autoproclamé leader de l’opposition avant d’être recadré par les gardiens du temple. Ses sorties féroce contre le régime ont fini par avoir raison des réserves de l’opposition et des ambitions légitimes de ses tenanciers.

Profondément marqué par l’échec de sa reconduction à la tête de la Commission de l’UA, Ping a pris ses distances avec son adversaire. Des  sources bien informées laissent entendre que le président Ali Bongo l’aurait sacrifié au nom de la realpolitik. «Mieux vaut se fâcher contre Ping que contre Pretoria », souffle un fin habitué.

Revenu au bercail, Jean Ping s’est d’abord essayé aux affaires en se positionnant sur l’axe Paris -Libreville.  Ping & Ping est lancé dans la foulée. S’ensuit une campagne active de prospection et de recherche de bonnes affaires. Peaux de bananes et portes fermées tourneront Ping &Ping en une  boîte postale.

De guerre lasse, Ping est tombé dans l’opposition. Sa perspicacité, son sens de dialogue et sa connaissance de l’environnement africain finiront par l’imposer face à la  vieille garde. L’ancien premier ministre, Casimir Oyé Mba et l’ancien président de l’Assemblée nationale, Guy Nzouba Ndama, évincé au profit de Ping car ne pouvant justifier d’une carrière international ont rejoint le navire Ping avec la bénédiction de la société  civile. Reste à se faire adouber par la France, ce qui n’est pas rien dans ce pays pétrolier, réservoir géant du groupe Total.

S’il obtient une bonne écoute auprès de certains milieux d’affaires parisiens (qui ont fait de Ali Bongo leur ennemi juré) , Ping a encore une longueur de retard dans les cercles politiques et diplomatiques français.  L’ex patronne de la cellule africaine de l’Elysée, Helene Le Gal, aujourd’hui ambassadrice française en Israël l’avait éconduit d’un sec ” La françafrique est fini”. Et même s’il ne parle pas “Mandarin”, il  nourrit une certaine proximié avec Pékin.

En dépit de ses handicaps de départ  propres à tout néo-opposant traînant 40 ans de collaboration avec le pouvoir, Ping a gagné en popularité. Le ralliement tardif  de Léon-Paul Ngoulakia, cousin germain d’Ali Bongo, qui a mis en sourdine sa candidature pour une alliance électoraliste, a surpris le camp du pouvoir. Et s’il n’est pas encore parvenu à convaincre  Pierre-Claver Maganga Moussavou du Parti social démocrate gabonais et Raymond Ndong Sima, ancien Premier ministre d’ABO, lesquels ont décidé d’aller jusqu’au bout de la course, Jean Ping a le mérite d’avoir su fédérer les forces vives de l’opposition. En tout, onze candidats sont en lice. Jean Ping semble  de loin celui qui peut faire douter  le camp d’Ali Bongo.

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