ID AND« La faible culture boursière en Afrique de l’ouest est une opportunité pour les Sgi »
Président du conseil d’administration d’Everest finance, dernière née des sociétés de gestion et d’intermédiation (Sgi) ouest-africaines, Alioune Ndour Diouf a accepté d’accorder un entretien exclusif à Financial Afrik. Selon notre interlocuteur qui a abordé la faible culture boursière dans le continent, l’Afrique est le continent qui a mieux traversé les dernières crises financières internationales.

 

 


LE CONSEIL REGIONAL DE L’EPARGNE PUBIQUE ET DU MARCHE FINANCIER
(CREMPF) VOUS A RECEMMENT ACCORDE L’AGREMENT VOUS PERMETTANT DE
TRAVAILLER COMME SOCIETE DE GESTION ET D’INTERMEDIATION (SGI) DANS L’ESPACE UEMOA. QUEL EST LE PREMIER BILAN QUE VOUS POUVEZ DRESSER ?


Le Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés Financiers (CREPMF), organe de tutelle et de contrôle du marché financier Régional, a effectivement agréé lors de sa session ordinaire du 30 mars 2016, la Société EVEREST Finance, Société de gestion et d’intermédiation de l’UEMOA. Cet agrément qui nous confère le rôle d’intermédiaire financier et d’animateur de marché nous permet d’apporter aux Investisseurs de la sous-région et à l’étranger notre expertise en matière de placement des produits du marché financier de l’UEMOA mais aussi d’accompagner les acteurs locaux, à la recherche de financement, dans la mobilisation de ressources longues destinées à répondre à leurs besoins d’investissement et de développement.
EVEREST Finance est la dernière des SGI née sur la place UEMOA et la 3èmeinstallée au Sénégal. Nous avons officiellement lancé nos activités le 3 juin2016, il est donc encore tôt pour dresser un bilan mais nous pouvons affirmer que nos interlocuteurs apprécient l’arrivée d’un 3ème intermédiaire sur la place financière sénégalaise en particulier et sous régionale de manière générale. Pour le Client cela signifie plus de choix dans les produits financiers proposés mais également la possibilité d’opter pour le rapport qualité de service-coût qui lui convient le mieux.



EVEREST FINANCE N’EST –ELLE PAS UNE SGI DE PLUS.QUELLE EST LA PLUS-
VALUE QUE VOUS AVEZ APPORTEE SUR LE MARCHE ?


Dans l’organisation de notre marché financier, les Sociétés de Gestion et d’Intermédiation (SGI) sont des acteurs indispensables, et ont un rôle de premier rang à jouer dans le développement de celui-ci. Nous comptons aujourd’hui 22 SGI sur le marché de l’UEMOA dont 10 sont installées en Côte d’Ivoire, 4 au Bénin, 3 au Sénégal, 2 au Burkina et 1 au Mali, au Niger et au Togo. Cette disparité reflète également le niveau d’adhésion des populations aux activités de la bourse. En effet, quand on observe l’activité de marché en Côte d’Ivoire, on constate très rapidement que c’est le dynamisme impulsé par le nombre de SGI sur la place financière ivoirienne qui contribue à la progression rapide et à la vulgarisation de la Bourse auprès des populations. Cette corrélation entre le nombre d’acteurs présents, la promotion et l’ancrage de la culture boursière est constatée de façon proportionnelle dans les autres pays de l’Union. Le marché Financier est un levier de développement incontestable, un canal permettant de mobiliser l’épargne interne pour financer le développement, et dans ce cadre, le Sénégal a de nombreux atouts à faire valoir. La success story que représente le titre Sonatel, près de 40% de la capitalisation Boursière de la BRVM, en est la parfaite illustration. Il faut pourtant constater que malgré les bonnes performances des entreprises sénégalaises à la bourse et la présence admirable de l’Etat du Sénégal sur le marché obligataire, le pays ne compte que 3 sociétés cotées à la BRVM. Ceci dénote de la nécessité d’intensifier la promotion du marché et de ses instruments aussi bien auprès des populations qui génèrent de l’épargne que des sociétés qui en ont besoin.

En la matière, les deux SGI déjà présentes au Sénégal ont déjà beaucoup œuvré, et nous les citons en référence mais le chantier est encore si vaste, le système financier étant au cœur des économies de marché modernes.  EVEREST Finance s’inscrit dans cette volonté de promotion et de vulgarisation du système financier et de ses opportunités. Notre SGI a été érigée avec l’ambition d’étoffer l’offre disponible sur le Marché Financier Régional en étant une Société d’Intermédiation innovante tant dans les types de produits proposés à sa clientèle que dans la plateforme de services mise à sa disposition.

 


QUELLE ANALYSE FAITES VOUS DU MARCHE FINANCIER DE L’ESPACE UEMOA
ESSENTIELLEMENT ANIME PAR LA BRVM ?


Faire l’analyse de notre marché financier régional revient, tout d’abord, à faire le bilan de la situation économique de la région. Aujourd’hui le continent africain de manière générale est au centre de toutes les convoitises. L’Afrique est le continent qui a sans doute mieux traversé les crises financières de ces dernières années et les investisseurs s’intéressent actuellement autant aux consommateurs africains qu’aux ressources naturelles de la région. C’est la perception de notre continent qui est devenu plus positive sur le long terme et l’enjeu pour l’investisseur se résume à identifier le meilleur canal pour se positionner. A l’image du continent, le potentiel économique de l’Afrique de l’Ouest est remarquable, c’est l’une des zones en très forte croissance et la zone ouest africaine francophone n’est pas en reste, affichant ces dernières années des taux de croissance proches des 7%.

Toutefois, notre développement sera basé sur notre volonté à prendre notre avenir en main et une  des tâches les plus insistantes auxquelles nous sommes confrontés consiste à orienter les ressources disponibles vers l’investissement productif afin qu’elles stimulent de la croissance pour créer par ricochet des emplois. Pour ce faire, il est essentiel de mettre sur pied des infrastructures financières qui fonctionnent bien, tant dans le secteur bancaire, dans lequel je m’investis également, que sur les marchés de capitaux, pour qu’elles fassent office de catalyseur des moyens disponibles pour financer la croissance et l’investissement.

Dans cette perspective, notre marché financier bien qu’étant encore très jeune, obtient de bons résultats. La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières a su moderniser son système de cotation, permettant aujourd’hui avec le passage en continu,  de mieux positionner le marché au niveau international. L’exécution rapide des ordres, la multiplication des échanges et l’accroissement de la liquidité du marché favorisent l’attractivité de notre Bourse aussi bien pour les émetteurs que les investisseurs de tout horizon.

En 2015, les indices BRVM10 et BRVM Composite qui étaient respectivement de 267,53 et258, 08 points à fin 2014, se sont bonifiés de8, 54% et de 17,17% pour s’établir à 290,38 et303, 93 points à fin décembre 2015, se hissant à la tête des bourses africaines en termes de progression de l’indice composite. Cette jeunesse et ce dynamisme sont autant d’éléments qui nous permettent de croire que notre marché financier constitue une pièce maîtresse dans l’essor de nos économies sous régionales.

 


LA FAIBLE CULTURE BOURSIERE DES POPULATIONS OUEST AFRICAINES NE
REPRESENTE-T-ELLE PAS UN FREIN AUX ACTIVITES DES SOCIETES D’INTERMEDIATION ?



La faible culture boursière des populations ouest africaines surtout francophones est avérée mais ne constitue pas un frein, mais à mon avis, plutôt une opportunité, c’est toute notre raison d’être. Les SGI effectuent un travail de terrain afin de vulgariser au mieux la Bourse auprès des populations, et de plus en plus celles-ci s’y intéressent. Ces efforts doivent néanmoins être appuyés par nos Etats en accompagnant plus de sociétés à la cotation. Les ouvertures de capital drainent toujours des foules. Nous l’avons constaté avec notamment Total Sénégal en 2014 qui a enregistré l’adhésion de milliers de souscripteurs,avec la BOA Mali en décembre dernier et plus récemment avec la Société Ivoirienne de Banque qui a également ouvert son capital au grand public et dont l’action sera très prochainement cotée à la BRVM. L’Etat de Côte d’Ivoire a particulièrement tenu à voir la banque sur le compartimentActions et l’actionnariat public a répondu présent amplement, puisque la période de souscription a été refermée par anticipation au bout de 24h de sursouscription. C’est dire que l’engouement est là et des opportunités similaires permettent d’aller beaucoup plus rapidement dans le processus de promotion.


QUELLES SONT LES ACTIONS QUE VOUS COMPTEZ MENER POUR DOPER LES
 ENTREPRISES OUEST AFRICAINES ET BOOSTER L’EPARGNE ?


La solidité d’un marché financier et de ses acteurs est fondamentalement tributaire, en réalité, des potentialités de l’économie réelle de la zone dans laquelle il fonctionne et dans la force des relations qui le lie à cette économie. Le potentiel économique de l’Afrique de l’Ouest est exceptionnel grâce à une abondance de ressources naturelles et humaines encore sous-exploitées.

Cependant, on observe que le tissu productif des pays de l’UEMOA est dominé par des P.M.E. qui souffrent essentiellement de déficits chroniques de fonds propres, de faiblesses dans leur management, de manque d’actifs pour sécuriser les crédits bancaires et d’absence d’innovation technique. Cette situation, ajoutée à la réticence des banques à leur octroyer des crédits nous oblige à initier des actions de promotion de mécanismes alternatifs au financement bancaire. Ces actions ne peuvent être menées que sur les marchés financiers.

EVEREST Finance a mis en place un programme au niveau de sa direction de l’ingénierie financière qui propose des solutions de financement alternatives pour des organisations en quête de liquidité pour des besoins d’investissement ou d’exploitation. Nos solutions de levées de fonds sont destinées tant aux grandes entreprises bien établies qu’aux PME/PMI. Elles permettentde faciliter l’accès de ces entreprises au financement tout en palliant aux coûts de financement élevés des banques.Elles permettent surtout de créer de la richesse dans la zone UEMOA en mobilisant l’épargne interne au profit du développement des entreprises locales.


VOUS AVEZ AUSSI PARTICIPE A LA CREATION DE LA PREMIERE USINE OUEST
AFRICAINE DE FABRICATION DE FLACONS DE PERFUSIONS DENOMMEE PARENTERUS. 
QUELLE EST L’UTILITE D’UN TEL PROJET ?


PARENTERUS est une entreprise industrielle pharmaceutique spécialisée dans la production de solutés de perfusion qui seront commercialisées aussi bien au Sénégal que dans la sous-région. A travers cette belle initiative conduite par le promoteur, le Professeur Ibrahima KA, nous comptons apporter notre contribution dans la volonté du gouvernement à faciliter l’accès aux soins à tous et plus spécialement aux couches défavorisées. Comme a eu à le rappeler le Ministre de la santé, Dr Awa Marie Coll SECK, les perfusions bien qu’étant un produit de consommation courante dans les structures de santé sont, à l’heure actuelle, entièrement importées. En produisant près de 12 millions de flacons de solutions de perfusion, PARENTERUS permettra donc au Sénégal non seulement de devenir auto-suffisant en des flacons de perfusion mais aussi de les mettre à la disposition des malades à un coût moindre. A tout cela vient s’ajouter, bien sûr, le volet économique, en permettant la création d’emploi et participant à l’essor économique de la commune de Diender à Bayakh, Région de Thiès.


Propos recueillis par Albert Savana