img_6302-1.jpg Successions d’ergs à perte de vue. Et puis, une tâche blanchâtre au milieu du paysage lunaire.  Un point lumineux. Qui grossit, s’étire  et se démultiplie sous l’effet des réflexions solaires. L’illusion d’optique s’efface très vite devant  un champ  de 1,5 million mètres carrés de miroirs incurvés, exposant leurs surfaces lisses à l’un des plus chauds soleils d’Afrique.

A quelques dizaines de  kilomètres des studios cinématographique de Ouarzazate et du barrage Mansour Eddahbi, l’ imposante stature de la plus grande centrale solaire à une seule tribune jamais construite dans le monde s’offre au regard des rares privilégiés autorisés à s’y rendre. Opérationnel depuis janvier 2016, Noor1 est un  défi à  la fois technologique, financier et économique.


«Au départ, notre objectif était d’arriver à un optimum. Nous avons challengé nos ingénieurs sur cette base afin d’obtenir le coût de kilowatt heure le plus compétitif possible», explique Mustapha Bakkoury, patron de la Marocco Agency Solar Eneergy  (MASEN), qui s’est plié au jeu des questions réponses d’une brochette de journalistes africains dépêchés sur les lieux.

L’investissement,  évalué à 9 milliards de dollars d’ici 2020, devrait permettre au pays de réaliser une économie annuelle des émissions de gaz à effet de serre équivalente à 3,7 millions de tonnes de CO2. Le projet, qui emploie 2000 personnes dont 40% originaires de la région,  est d’ailleurs  enregistré MDP depuis décembre 2012.

 «Au départ, notre objectif était d’arriver à un optimum. Nous avons challengé nos ingénieurs sur cette base afin d’obtenir le coût de kilowatt heure le plus compétitif possible», explique Mustapha Bakkoury, patron de la Marocco Agency Solar Eneergy  (MASEN)

 

Dès le départ, il a fallu trancher entre les deux technologies du solaire : la  thermo-solaire (CSP) et la photovoltaïque, l’une offrant la possibilité de stockage et l’autre permettant un déploiement rapide. «Dans l’approche marocaine, nous estimons qu’il ne faut pas opposer ces deux technologies, il faut les marier», argue M. Bakkoury.

«La centrale Noor1 (couvrant 450 hectares) a été développée en thermique (CSP) parce que nous avions besoin de stockage pour faire face à la pression sur la pointe de consommation, laquelle se situe du coucher du soleil aux environs de 11 heures ou minuit selon la saison.  «Nous avons cherché à réaliser  la centrale la plus optimale au niveau technique et économique. Et nous sommes arrivés à une taille de  160 MW qui se trouve être la plus grosse turbine au monde dans le cadre d’un projet thermique », détaille le patron de Masen.

Au final, conclue-t-il, «nous sommes arrivés à un nouveau palier mondial du prix, conséquence du niveau d’ensoleillement, du coût d’investissement initial  et du processus ».

 


Un montage financier  innovant

MASEN-bakkoury
Mustapha Bakkoury, PDG de MASEN

 

Le choix du  Maroc de créer une entité dédiée aux énergies renouvelables et de régler tous les problèmes en donnant de la visibilité aux acteurs, a visiblement porté ses fruits.  La structuration introduite en amont, permettant au fournisseur de jouir d’un contrat d’achat de 25 ans et, en aval, donnant à MASEN sa double casquette d’actionnaire-emprunteur du projet de la centrale et  d’off-taker, c’est-à-dire d’acheteur de l’énergie solaire produite, pour la revendre au réseau de l’Office marocain d’eau et d’électricité (ONEE), offre  une pérennité à la chaîne de valeur.

Dans l’ensemble, ce projet est un exemple de PPP novateur. Noor1 a été développé selon un schéma de production indépendante IPP (Independant Power Production) et de  BOOT (Build-Own-Operate-Transfer) dont l’objet, dévolu à une société de projet créée  à cet effet, est de concevoir, financer, construire, exploiter et maintenir ladite centrale.

Dans le cadre de ce montage financier innovant, Masen reçoit les financements des institutions financières internationales grâce au soutien et à la garantie de l’Etat marocain et les rétrocède à la société de projet à des conditions préférentielles, permettant ainsi  une réduction du coût du kilowatt heure de 30%. La crédibilité du projet a attiré des bailleurs de renom tels que la Banque Européenne d’Investissement (BEI), la Banque Africaine de Développement (BAD), l’Agence française de développemment (AFD), la Banque Mondiale et l’agence allemande KFW.

A ce jour, le   site de Noor 1  a produit 275 GWH depuis son démarrage en février 2012, selon Rahid Bayed, Directeur de la réalisation à l’Agence Marocaine de l’Energie Solaire (MASEN).   En dépit de son gigantisme, Noor1  n’est que la première phase d’un complexe  qui comprendra aussi  Noor 2, (construite sur la même technologique CSP et qui, avec 200 MW, détrônera son prédécesseur),  Noor3 (150 MW, faisant  recours à des héliostats tournant en fonction du soleil et redirigeant les rayons vers une tour de 250 m en phase de construction avancée).  Le dispositif global qui sera complété par Noor 4 (en technologie photovoltaique, démarrage en 2017) aura une capacité de 580 MW de solaire en 2020.

L’énergie produite est délivrée au réseau marocain connecté avec  plusieurs pays limitrophes. Le Maroc prévoit d’atteindre une capacité installée de  42% d’énergie renouvelable en 2020 et 52% en 2030. Grâce au Solaire, la région de Ouarzazate s’offre un horizon possible au-delà des seules activités touristiques et cinématographiques, aussi importantes que volatiles, qui constituaient jusque-là, ses  seules sources de développement.

Adama Wade

 


 

Encadré

 

La BAD, premier bailleur de la centrale NoorI

Adesina Noor
Akinwimi Adesina, président de la BAD, en visite sur les lieux le le 22 juillet 2016 .

 

Avec des engagements  estimés à  397 millions d’euros, la BAD  est   le premier contributeur financier de lacentrale NOOR I. Sa part de financement s’élève à  28% du coût total d’investissement, a déclaré Akinwimi Adestina (président de la BAD), en visite sur le site il y a quelques jours.  Voici les autres bailleurs :

 Les institutions financières européennes : l’Agence Française de Développement, la Banque Européenne d’Investissement et la KFW Bankengruppe (sous le mandat du Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement), pour des prêts s’élevant à 100 millions d’euros chacun, soit un total de 300 millions d’euros.
– La  Banque Mondiale pour un prêt de 300 millions de dollars (prêt comprenant également le financement de la seconde phase du complexe NOOR Ouarzazate).
 – Le fonds de technologies propres (CTF), co-géré par la Banque Mondiale et la BAD, pour un montant de 197 millions de dollars, à des conditions particulièrement concessionnelles.
 – La Commission Européenne, à travers la Facilité d’Investissement pour le Voisinage, pour un don de 30 millions d’euros .
 – La KfW (mandatée par le Ministère fédéral de l’Environnement, de la Protection de la Nature, de la Construction et de la Sûreté nucléaire) pour un don de 15 millions d’euros

Le choix d’Acwa Power International

Le processus de sélection du développeur de la centrale NOOo I s’est conclu le 24 Septembre 2012 avec l’adjudication du consortium formé par le groupement International Company for Water and Power (Acwa Power International) comme chef de file à hauteur de 95% et des sociétés Aries Ingenieria y Sistemas et TSK Electronica y Electricidad en tant que membres opérationnels.

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