Le président mozambicain, Filipe Jacinto Nyusi
 Le marché de la restructuration de la dette Mozambicaine va t-il déboucher sur un litige? Même si la banque Lazard a battu ses compétiteurs pour le rafler, ce n’est que le début d’une affaire qui pourrait réserver bien des surprises. On sait que le pays d’Afrique australe, qui avait dissimulé une partie de son endettement, s’est retrouvé sous les fourches caudines du FMI au point de devoir engager les services d’un cabinet international pour l’accompagner dans l’évaluation et la restructuration de sa dette. Une aubaine pour les consultants, les intermédiaires et les banques d’affaires. Au final, c’est Lazard, encadré par deux cabinets d’avocats, qui a arraché le contrat. Ombre importante au tableau cependant, un des intermédiaires, un Ouest-africain, comme avant lui d’autres africains, se dit floué, oublié, dans l’affaire. Or, en sa qualité de Consultant international, c’est lui qui avait mis en relation le bureau parisien du cabinet Lazard avec le ministre mozambicain des Affaires Étrangères (à l’occasion des Assemblées de la Bad en Juin 2015). Le même chef de la diplomatie Mozambicaine a introduit Lazard auprès des autorités du Ministère des finances de ce pays lusophone. « Je les ai aidés à obtenir des visas pour se rendre au Mozambique et à entrer en contact avec le ministère des Finances », clame le consultant. « Tout ceci est contenu noir sur blanc dans nos échanges écrits », affirme-t-il. 

De son côté si Lazard reconnaît une mise en relation par l’expert en juin 2015, il s’empresse de préciser, que celle-ci se serait limitée à « l’ancienne directrice du Trésor ». Quant à l’objet de la mise en relation, il aurait concerné la négociation de la dette d’Ematum que le cabinet aurait perdu finalement au profit d’Ernest & Young et de la BNI. Bref, « l’intermédiaire n’aurait rien à voir avec le présent marché conclu il y a quelques semaines ». 

Lazard dit avoir remporté le mandat suite à des « discussions » commencées il y a quelques semaines avec le ministre des Finances avec lequel il était en contact depuis l’époque qu’il était gouverneur de la banque centrale du Mozambique. L’intermédiaire africain en rit, avant d’asséner: « si Lazard avait cette relation pourquoi a-t-elle été obligée de solliciter avec insistance mon intermédiation pour obtenir un visa afin d’aller au Mozambique? ».

Pour obtenir le marché, le cabinet affirme qu’il aurait bénéficié d’une « recommandation » du FMI qui aurait été décisive auprès du nouveau directeur du Trésor. Le cabinet a sollicité aussi le lobbying de son allié et partenaire White & Case, conseiller juridique de la République du Mozambique et partenaire de Lazard sur des opérations de restructuration de dette souveraine. Cette grosse artillerie, efficace, dispense-t-il Lazard de ses obligations avec l’intermédiaire africain qui lui avait ouvert la porte du Mozambique il y a un an et l’a aidé à prendre attache avec le ministère des Finances?

Pour le grand cabinet international, il ne peut être considéré que ce mandat soit d’une quelconque manière le fruit de l’action du consultant qui, de son côté, pense le contraire. Il entend résoudre le litige par voie de conciliation ou, à défaut, le porter devant les juridictions compétentes. L’affaire s’annonce intéressante. Elle sera très suivie certainement par les consultants africains qui espèrent enfin une jurisprudence favorable afin que, pensent-ils, cesse l’exploitation dont ils sont l’objet de la part de grandes structures qui ne respectent pas toujours le discours éthique qu’elles mettent en avant dans leurs missions institutionnelles. 

On rappellera ce détail important: Lazard qui avait signé avec le consultant en question, en mars 2015, avait décidé par courrier en janvier 2016 de mettre fin à la collaboration avec le consultant en lui proposant de continuer le partenariat sur la base de commissions d’intéressement. Non seulement le consultant avait répondu en critiquant la méthode cavalière de Lazard mais avait indiqué que les businesses lancés dans certains pays, dont le Mozambique, continuaient d’être couverts par le contrat qui le liait à Lazard. 

Lazard, qui estime que le consultant a refusé son offre de continuer la coopération sur une base adhoc, n’a bizarrement pas hésité à rencontrer par la suite sur recommandation du même intermédiaire le patron d’une compagnie nationale africaine d’électricité en vue de l’aider à trouver les financements pour la construction d’une centrale à gaz de 400 mégawatts. Le clash entre Lazard et le consultant africain sera-t-il évité? Nul ne sait la réponse!
Adama Wade

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