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Les opérateurs de téléphonie mobile peuvent être un recours viable face aux défaillances du système financier ivoirien, suggère la Banque mondiale dans un rapport publié ce 14 juillet. Et « ajuster » dans ce sens le secteur devrait aider le pays à gagner entre 2,5 et 5% de croissance.

En Côte d’Ivoire, seuls 12,5% des épargnants choisissent de placer leurs économies dans une banque ou un établissement financier, soit« un taux presque deux fois inférieur à celui observé sur le continent et presque trois fois au-dessous de la moyenne dans les pays à bas revenus ». Un manque à gagner donc pour un pays qui ambitionne de se hisser au rang des pays émergents à l’horizon 2020, indique le rapport de la Banque mondiale intitulé : « La course vers l’émergence : pourquoi la Côte d’Ivoire doit ajuster son système financier », publié ce 14 juillet.

« Les pauvres préfèrent garder leur argent sous leurs matelas ou dans des épargnes communautaires (tontines). Les personnes les plus aisées investissent directement dans l’immobilier ou possèdent des comptes à l’étranger », commente Jaques Morisset, économiste en chef à la Banque mondiale et auteur du rapport.Plusieurs explications à cela.

La faillite de banques publiques dans les années 70 et 80, telle la BNDA (banque nationale pour le développement agricole) reste encore dans les mémoires, ajoutée à « la défaillance historique de plusieurs banques publiques qui sont susceptibles d’être fermées, restructurées ou privatisées » motiveraient ces choix. En outre la fermeture, quelques semaines en début 2011, des établissements bancaires durant la crise post-électorale a contribué à renforcer cette réticence selon le document.

En outre, poursuit le rapport, « il y a peu d’incitation à ouvrir et à gérer un compte bancaire » (accessibilité, coûts excessifs des transactions, etc.), et la détention d’un compte bancaire ne garantit pas pour autant l’opportunité d’obtenir un prêt, « car les banques ivoiriennes privilégient les grandes entreprises, l’achat de titres de l’État ou la constitution de réserves de liquidités ».

Le mobile money, une alternative toute trouvée

Dans un tel contexte, l’arrivée en 2010 du mobile money a vu une ruée massive des épargnants qui y ont vu une alternative. « En 2014, les détenteurs de compte d’argent mobile (24 %) ont dépassé ceux de comptes bancaires (15 %). En fait, le ratio d’adultes avec un compte mobile en Côte d’Ivoire est le cinquième au monde derrière le Kenya (58 %), la Somalie (37 %), l’Ouganda (35 %) et la Tanzanie (32 %) ».7,2 millions de comptes mobile money étaient ouverts au premier semestre 2015 et l’activité a généré 17 milliards FCFA, soit 28 millions de dollars, de recettes au profits des opérateurs.

Toutefois, note la Banque mondiale, ces comptes ne permettent pas l’octroi de crédit, une des fonctions principales d’un système financier. D’où l’appel aux dirigeants ivoiriens d’adopter deux orientations pour inverser la tendance et renforcer l’intermédiation financière en Côte d’Ivoire.

Intégrer les opérateurs du mobile au système financier

Pour l’auteur du rapport, il faut encourager les banques, y compris les établissements de micro-crédits, à se rapprocher de leur clientèle à travers des innovations et des partenariats pour réduire leurs coûts de transaction. Cela, en diversifiant leurs réseaux de distribution, ou en introduisant des instruments financiers mieux adaptés aux besoins de leurs clients potentiels tels que le crédit-bail et l’affacturage par exemple.

Et outre, il importe de favoriser l’essor des institutions financières autres que les banques commerciales. « Par exemple, les opérateurs de téléphonie mobile pourraient octroyer des crédits comme au Kenya, où l’opérateur Safaricom a introduit en 2013 un service de crédits en partenariat avec une banque (M-Shwari). Celui-ci compte aujourd’hui plus de 10 millions de clients ». Le rapport préconise également d’accorder l’autorisation aux établissements de microfinance d’émettre des cartes de débit et de crédit bancaires.

« Un renforcement du système financier est indispensable si la Côte d’Ivoire veut poursuivre la voie de l’émergence, recommande la Banque mondiale. Avec une amélioration de son indice de développement financier à hauteur de celui observé au Cap-Vert ou en Namibie, sa croissance économique pourrait s’accroître de 2,4 %. S’il atteignait celui de l’Afrique du Sud, sa croissance pourrait augmenter de plus de 5 % ».