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L’ancien premier ministre du Portugal de 2002 à 2004, José Manuel Barroso, 60 ans, rejoint Goldman Sachs en tant que Président non exécutif et conseiller. La banque d’affaires est notamment accusée d’avoir manipulé puis spéculé sur la dette de la Grèce, ce qui a conduit à la crise obligataire ayant fragilisé le vieux continent. C’était justement pendant que la nouvelle recrue était Président de la Commission Européenne. Cette nomination intervenue deux semaines après le Brexit passe mal dans une opinion public gagnée par l’euro-scepticisme. Conflit d’intérêt ou simple pantouflage?

Durant sa présidence, de 2004 à 2014, Barroso a vécu la crise des supprimes de 2007 (Goldman Sachs y est pour beaucoup) et la faillite de l’américaine Lehman Brothers. Autant d’événements américains au départ qui ont contaminé l’UE et poussé la BCE à injecter des milliards d’euros dans le circuit bancaire. Balayant les critiques d’un revers de la main, « le promu » se félicite surtout de l’opportunité d’embrasser une nouvelle expérience.

«Après avoir passé plus de trente ans dans la politique et le service public, c’est un défi intéressant et stimulant qui me permet d’utiliser mes compétences dans une institution financière mondiale », a expliqué M. Barroso sans pudeur à l’hebdomadaire portugais Expresso. Le nouveau banquier se plaint de son enfermement dans La quadrature du cercle, défendant ainsi le syndicat des hauts fonctionnaires de l’Union dont il incarne la symbiose avec le milieu financier: «Si l’on reste dans la vie politique, on est critiqué pour vivre aux crochets de l’Etat, si l’on va dans le privé, on est critiqué pour tirer profit de l’expérience acquise dans la politique », a-t-il ajouté, balayant tous les reproches.

Si la morale et l’éthique sont malmenés dans cette permutation, il n’en est rien du droit. José Manuel Barroso n’a enfreint aucune règle. Au delà de 18 mois après la fin de leur mandat, rien n’oblige les anciens membres de la Commission à imiter le portugais. Ceux qui s’indignent en ce moment oublient sans doute le passé du patron de la BCE, Mario Draghi, ancien de Goldman Sachs entre 2002 et 2005 ou encore le futur radieux de l’ancienne commissaire européenne à la concurrence, recrutée par la société américaine Uber.
Adama Wade

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