Frédéric Fléjou Guy Van Hecke, Julie Dubuisson de AXA  ASR et Edmond Lines et Fawzi Omari de Chaucer, autour de notre  corespondant
L’équipe d’AXA Africa Specialty Risks entourant Jean-Mermoz Konandi, correspondant de Financial Afrik à Abidjan, quatrième à partir de la gauche.

 

 

 

Frédéric Fléjou, directeur général d’AXA Africa Specialty Risks:

« Nous partageons l’idée qu’aider les entreprises et les individus à couvrir leurs risques contribue au développement du continent »

 

AXA a lancé, le 27 juin à Abidjan,  AXA Africa Specialty Risks (AXA ASR), une nouvelle entité par laquelle la multinationale étend son offre à la couverture de risques spécifiques, en particulier les risques politiques et terroristes ainsi que ceux liés aux secteurs de l’énergie et des infrastructures sur le continent.

Dans cet entretien exclusif, les dirigeants d’AXA ASR et leur partenaire, l’assureur britannique Chaucer, reviennent sur les tenants de cette nouvelle offre qui vient renforcer l’attrait des investisseurs pour le continent.

Interviennent pour AXA ASR : Frédéric Fléjou et Guy Van Hecke, (directeurs généraux), Julie Dubuisson, responsable en charge du développement en Afrique de l’Ouest. Pour Chaucer, Edwards Lines, responsable de la Souscription et Fawzi Omari, responsable de la Souscription – Violence politique et terrorisme.

 


AXA est de plus en plus présent sur le continent, pouvez-vous nous expliquer les visées de la compagnie avec la nouvelle offre AXA Africa Specialty Risks ?


 

Frédéric Fléjou : Le groupe AXA s’est réinvesti sur le continent de manière extrêmement active depuis deux ans. Ces deux dernières années nous avons investi environ 800 millions d’euros sur l’ensemble de l’Afrique en rentrant dans des compagnies directement, en Algérie, en Egypte, au Nigeria et nous avons également créé une société d’assurance Vie en Côte d’Ivoire.

Nous sommes sur le continent  comme investisseur de long terme avec notamment des fonds Private Equity qui ont un impact sur le développement de la région. Nous sommes par exemple présents dans Eranove qui possède la CIE (la Compagnie ivoirienne d’électricité, ndlr) et nous avons aussi intégré des compagnies en amont et en aval de notre chaîne de distribution comme Africa Re et AIG, Africa Internet Group, qui détient notamment la marque Jumia.

Le groupe veut répondre à deux objectifs avec cette nouvelle présence en Afrique : premièrement, pouvoir offrir une gamme étendue de produits ; AXA ASR offre de nouveaux produits (que nous ne proposions pas jusqu’à présent) à nos clients pour mieux les protéger. Et  deuxièmement, l’objectif consiste à avoir un véhicule qui puisse nous permettre d’intervenir dans l’ensemble des pays africains.

 


Qu’apporte concrètement  ce nouveau véhicule ?


 

Guy Van Hecke : L’essentiel du contenu de l’offre AXA Africa Specialty Risks est ce qu’on appelle les « specialty risks » (ou assurance spécialisée, ndlr), ce sont tous les risques qui nécessitent d’être mutualisés au niveau mondial et c’est pour cela que nous avons rejoint, grâce à notre partenaire Chaucer, le marché des Lloyd’s* qui est le marché des « spécialités » de l’assurance. Il s’agit par  exemple, de risques qui ont trait à l’instabilité politique, aux secteurs de l’énergie, de la construction, des infrastructures entre autres. Ce sont des risques qui sont de manière préférentielle assurés et mutualisés au travers du marché des Lloyd’s.

 

 


Comment fonctionne l’assurance spécialisée?


 

Guy Van Hecke: Son nom explique clairement la manière dont elle fonctionne. Les domaines spécialisés d’assurance représentent un segment de l’industrie de l’assurance où on a à faire à des risques inhabituels et difficiles à évaluer (pour l’analyse de la couverture d’assurance). Elle exige un haut degré de spécialisation par des experts qui sont connus en tant qu’assureurs. Ces experts sont basés à Londres dans le cadre du célèbre Lloyd’s of London, le marché de l’assurance de Londres. Cela sert à expliquer notre partenariat avec Chaucer.

 


Pouvez-vous nous expliquer le rôle de Chaucer dans ce partenariat et le lien avec le Lloyd’s


 

Edward Lines : Le rôle de Chaucer dans l’activité est de s’occuper de la souscription de l’ensemble de ces risques. Chaucer a de longues années d’expérience dans l’assurance spécialisée. Il est aujourd’hui le syndicat des Lloyd’s qui a la plus importante présence en Afrique (qui représente à peu près 12,5% de ses souscriptions au Lloyd’s).

Chaucer intervient dans à peu près toutes les lignes d’activité : le secteur maritime, la construction, la responsabilité civile, l’énergie, l’aviation, la violence politique et le terrorisme. Mais c’est toutefois dans la couverture de ces deux dernières catégories que Chaucer a la plus grande renommée.

 

Frédéric Flejou : Chaucer, via son expertise, va nous apporter toute la partie technique (sélection des risques, qualité de la souscription) et aussi des solutions d’assurances innovantes. En effet, l’un des plus grands défis sur le continent africain, c’est que bien des choses ne sont pas  in fine  assurées et pour nos clients nous pensons que nous avons vraiment besoin de leur apporter des solutions taillées sur mesure par rapport au risque qu’il peut y avoir.

 

Guy Van Hecke : AXA ASR aura donc des personnes en Afrique pour développer les affaires localement. Et nous adresserons ces affaires pour souscription au Lloyd’s, via Chaucer. Au Lloyd’s la souscription, à AXA le marketing et la distribution.

 


A quels types d’entreprises s’adressent ces services : PME, grandes entreprises locales ou multinationales ?


 

Frédéric Fléjou : Ces services-là s’adressent principalement aux grandes entreprises, qu’elles soient locales ou internationales, toutes impliquées dans de  grands projets d’infrastructures en Afrique et nous pensons qu’il est très important que nous venions aider à assurer les projets et contribuer à leur viabilité.

 

Guy Van Hecke : Il faut aussi savoir que l’une des problématiques qu’on a en Afrique, c’est que mécaniquement, les compagnies n’ont pas beaucoup de capacité d’intervention, c’est-à-dire que les fonds propres des compagnies d’assurance sont relativement faibles et on parle de risques qui peuvent parfois coûter des centaines de millions d’euros. On a le cas de l’attentat Westgate au Kenya par exemple.

 

Edward Lines : Nous avons en effet eu à couvrir les évènements du Westgate au Kenya. Aujourd’hui le centre commercial est entièrement reconstruit et il fonctionne. Chaucer a dû débourser environ 120 millions de dollars pour reconstruire l’immeuble. De sorte qu’il faut qu’une compagnie ait une taille suffisante pour absorber des chocs de ce niveau, ce qui n’est pas toujours le cas. Et, avec AXA ASR, nous apportons aux investisseurs et aux entreprises une sécurité sur leurs investissements et donc une capacité à investir sur le long terme.

 


Comment se matérialise votre présence en Côte d’Ivoire ?


 

Guy Van Hecke : Nous sommes déjà en Côte d’Ivoire via AXA et y avons une infrastructure technique et managériale pour porter cette offre complémentaire. Nous avons aujourd’hui avec nous la responsable en charge du développement de ces affaires en Afrique de l’Ouest (Julie Dubuisson). Il y aura aussi des investissements en termes de formation de nos équipes locales grâce à Chaucer qui a toute l’expertise nécessaire, pour accompagner notre développement sur ce marché. Nous avons en outre l’intention de nouer des partenariats avec des réassureurs locaux.

 


Quels sont vos cibles dans le pays et dans la sous-région ?


 

Julie Dubuisson : Dans notre base de clients et de prospects nous visons de grandes entreprises ivoiriennes telles que la SIR, la Petroci, par exemple qui sont dans le domaine de l’énergie et qui ont besoin de programmes d’assurance sur mesure pour couvrir au mieux leur exposition aux risques. Nous avons également identifié des sociétés de la grande distribution, des centres commerciaux ainsi que des entreprises du secteur de la construction. Il s’agit également comme indiqués, des entreprises qui peuvent être exposées aux risques politiques et terroristes. Voilà donc un échantillon de secteurs et d’entreprises qui peut constituer une bonne cible pour ce type de produits.

 


On peut imaginer que les multinationales soient plus sensibilisées à ce genre de risques, mais pensez-vous que les grandes entreprises locales africaines seront tout aussi réceptives ?


 

Julie Dubuisson : Notre objectif est de travailler en étroite collaboration avec des courtiers présents sur le marché comme par exemple Ascoma et Gras Savoye pour pouvoir justement créer des documents éducatifs qui vont permettre d’expliquer en quoi cette couverture consiste et quel serait l’intérêt à être couvert pour pouvoir protéger les investissements de ces clients.

 

Frédéric Fléjou : Il est aussi important de noter que la structure que nous mettons en place a un très bon rating. On est noté AA- au niveau de Standard and Poor’s, ce qui veut dire qu’on a une capacité à payer les sinistres, même importants. Et nous avons comme engagement au niveau de l’ensemble du groupe de toujours régler rapidement les sinistres.

 


Où sera basé AXA ASR et quelle sera l’équipe dirigeante ?


 

Guy Van Hecke : Vous avez devant vous deux des trois dirigeants de l’entreprise (Guy Van Hecke et Frédéric Fléjou, ndlr) et le siège est à Londres pour des raisons techniques de rapprochement avec l’expertise de Chaucer et de Lloyd’s. Nous avons une « Agence de souscription » qui est à l’Île Maurice et des business developers dans les différents pays d’Afrique.

 


Le service est donc disponible partout en Afrique ?


 

Guy Van Hecke : Le service sera présent dans tous les pays africains. On privilégie les pays où nous sommes déjà implantés, mais bien évidemment nous essaimerons progressivement dans l’ensemble des autres pays d’Afrique.

 

Frédéric Fléjou : Nous avons déjà une présence assez large. Nous avons par exemple des business developers en Afrique du Sud qui vont s’occuper du développement dans toutes l’Afrique australe.

 


Qui sont vos concurrents en Afrique et que comptez-vous apporter de plus ?


 

Guy Van Hecke : Les concurrents principaux sont les réassureurs traditionnels qui proposent moins de réactivité que le marché des Lloyd’s ; le marché des Lloyd’s a un gros avantage, c’est qu’il partage les risques très vite au sein de ses 90 syndicats, alors que les réassureurs plus traditionnels n’offrent qu’une partie de la solution. Mais nous sommes conscients que certains concurrents ont observé la même émergence des besoins et vont s’installer pour ces raisons évidemment similaires.

 


Sur la question, vous êtes présent au capital d’Africa Re qui est potentiellement un concurrent si ce n’est encore le cas. Que comptez-vous faire alors ?


 

Frédéric Fléjou : Le groupe est rentré il y a un an dans Africa Re avec qui il est en train de bâtir une vision de long terme de manière à bénéficier de synergies croisées. Africa Re a une bonne connaissance du continent africain et une expérience dans le traitement des souscriptions de réassurance et on pense pouvoir bâtir des partenariats qui peuvent s’appliquer à d’autres régions du monde.

Par exemple, nous avons commencé à proposer avec eux des produits d’assurance paramétriques, c’est-à-dire que si les pluies ou la température dépassent un certain niveau, il y a un remboursement mécanique des agriculteurs. Donc on est en train de développer avec eux ce type d’expertises et de regarder ce qu’on peut faire ensemble dans la micro assurance entre autres. Mais on a aucune intention de se désengager, on est là pour un voyage de long terme avec eux.

 


La question des coûts en termes d’accessibilité de cette nouvelle offre pourrait se poser …?


 

Guy Van Hecke : Nous sommes très compétitifs parce que nous bénéficions d’une mutualisation que nous fournit le marché des Lloyd’s. Nous pensons avoir le prix le plus juste avec une efficacité réelle puisque nous avons un accès direct au marché local sans un nombre trop important d’intermédiaires.

 

Frédéric Fléjou : Pour vous donner un ordre de grandeur, Chaucer, qui est l’un des premiers syndicats des Lloyd’s, a à peu près 1,2 milliard de dollars de chiffre d’affaires et un effectif de 400 employés ; ce qui veut dire qu’il a des coûts internes extrêmement limités et dans le domaine de l’assurance c’est un ratio extrêmement faible qui compte.


Comment se présente le portefeuille de Chaucer en Afrique ?


 

Edward Lines : Le portefeuille de Chaucer en Afrique est de 40 millions de dollars et est  principalement constitué de risques politiques et de risques autour de l’énergie mais également constitué de risques dommages et de risques liés aux violences politiques.

 


Pensez-vous qu’il y a un besoin prégnant des entreprises qui veulent s’installer sur le continent pour ce type de risques ?


 

Frédéric Fléjou : Depuis quelques années il y a un engouement pour l’Afrique avec l’essor de la démographie et des matières premières. Ce qui attire les investissements et corrélativement induit des demandes de couvertures de risques. Surtout avec ces derniers temps où les questions de  violence politique et de terrorisme sont malheureusement assez présentes dans les pays africains.

Il y a aussi des sujets comme les expropriations ; pour un investisseur qui ne connaît pas l’Afrique, avoir ce type de protection est une garantie et lui permet d’investir avec plus de sécurité. Sans compter les autres « specialty risks ».

 

Fawzi Omari : La diffusion du terrorisme et des violences politiques est encore plus active que jamais. Il est très difficile de prévoir l’évolution de la situation avec la multiplication des groupuscules terroristes qui sont en train de se développer un peu partout, mais néanmoins (…) nous sommes présents pour apporter des solutions connexes sur le long terme. Notre mission en tant qu’assureur, c’est de retirer l’incertitude qu’il y a au niveau des clients et de la supporter nous-même pour leur compte.

 


Vous l’avez indiqué, AXA étend sa présence sur le continent. Quelles en sont les motivations ?


 

Frédéric Fléjou : Si l’on regarde les chiffres, aujourd’hui nous faisons environ 700 millions d’euros de chiffre d’affaires en Afrique, ce qui est relativement faible à l’échelle du groupe qui génère globalement 100 milliards d’euros de revenus. Néanmoins nous pensons que nous avons aujourd’hui, conformément à notre vision de long terme, intérêt à investir sur le continent qui a l’une des croissances les plus élevées au monde, ce qui devrait encore être le cas sur le long terme. En outre, nous partageons l’idée qu’aider les entreprises et les individus à couvrir leurs risques contribue au développement du continent.

 

Propos recueillis par Jean-Mermoz Konandi, Abidjan

 

Notes

*Le Lloyd’s est le plus ancien marché d’assurance où les membres (investisseurs et preneurs du risque) se regroupent en syndicats afin d’assurer des risques.

 

 

 

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