Gibraltar, sur 6 km carrés, on retrouve le cosmopolitisme du New York, les charmes des derniers urbanistes romantiques et les surprises d’une nature exubérante.
Gibraltar, sur 6 km carrés, on retrouve le cosmopolitisme du New York, les charmes des derniers urbanistes romantiques et les surprises d’une nature exubérante.

Par Maria Nadolu- A 25 minutes de vol de Tanger, l’avion atterrit sur une piste assez courte, traversée par l’unique route reliant un grand rocher de calcaire à l’Espagne. Le bleu méditerranéen l’entoure. On y est !  Gibraltar, le fameux territoire britannique d’outre-mer, situé au sud de la péninsule Ibérique, sujet de tant de luttes, de disputes et de poèmes!  A  l’apparence d’un univers coloré, vibrant et auto-suffisant, un des plus australs points de l’Europe. En bordure du détroit de Gibraltar qui relie la Méditerranée à l’océan Atlantique, il est un véritable carrefour des péripéties du monde entier, depuis l’antiquité,  jusqu’à nos jours. Parait-il que,  suite à une histoire assez tumultueuse qui débute au temps de l’homme de  Néandertal, les habitants du Rocher ont raffiné leur versatilité culturelle, tout en renforçant leur identité suite à chaque choc de l’histoire. Depuis la  nuit des temps et des mythes, le rocher formait l’une des anciennes colonnes d’Hercule, ayant comme correspondant sur la rive africaine, le mont Abyle (Mons Abyla), aujourd’hui djebel Musa. Selon le récit de Platon, le royaume perdu d’Atlantide était situé au-delà de ces colonnes. Les Phéniciens y fondent une colonie vers 950 av. J.-C., suivis par les Carthaginois, puis par les Romains. C’est à Gibraltar que débute la conquête musulmane de la péninsule Ibérique ; Tariq ibn Ziyad y débarque en 711 et laissason nom au rocher, Djebel al-Tariq (« la montagne de Tariq»), devenu au fil du temps et des transformations phonétiques «Gibraltar».

Disputé entre Castillans catholiques et musulmans de Grenade et du Maroc au XIVe siècle, il est définitivement conquis par les premiers sous le règne d’Henri IV de Castille en 1462. Le rocher tombe aux mains d’une flotte anglo-néerlandaise en 1704, durant la guerre de Succession d’Espagne, et les traités d’Utrecht de 1713 le cèdent au Royaume de Grande-Bretagne. Par la suite, l’Espagne tente à plusieurs reprises de reprendre Gibraltar, notamment lors du Grand Siège de 1779-1783, mais ne parvient pas à en déloger les Britanniques. Au XIXe siècle, sous l’Empire britannique, la base navale de la Royal Navy installée à Gibraltar est l’un des sites stratégiques permettant à la flotte de sa majesté d’asseoir sa suprématie navale en Méditerranée. Jusqu’à ce jour, Gibraltar reste un sujet de tensions politiques entre les Britanniques et les Espagnols, l’Espagne rêvant toujours de se réapproprier son passé éphémère. Quant au peuple de Gibraltar, il est fortement attaché à son évolution de plus de 300 ans en tant que Britannique, et son identité s’est naturellement développée sur ces coordonnés.  C’est intéressant de suivre l’histoire de ce rocher, disputé entre des puissances coloniales, afin de comprendre son présent, aussi bien que cette diversité culturelle et la dynamique qui le rend unique.

Entre les plus éblouissants incidents modernes, la fermeture de la frontière ordonnée par le dictateur espagnol Franco, le 8 Juin 1969,  qui a gardé le peuple de Gibraltar sans accès direct à l’Espagne jusqu’en 1985, toute en le coupant de ses  liens directs  avec ses voisins et amis qui vivaient de l’autre cote de l’isthme. Des vies ont été brutalement cassées à l’époque, car il y a avait un circuit économique, et culturel, aussi bien que des familles mixtes. Au-delà de la stupeur et de la frustration, de la difficulté d’être en contact avec ceux restés de l’autre côté de la frontière, cet évènement a donné une nouvelle impulsion à l’identité gibraltariene. Eux-mêmes l’expliquent des fois : ils l’ont pris comme une occasion de se replier sur eux-mêmes, prêts à tirer le meilleur d’une mauvaise situation. De nombreux clubs, associations et sociétés ont été formées. Ils ont développé de nouveaux intérêts; Résultat, à présent, beaucoup de gens excellent dans certaines domaines, de la philatélie aux échecs, à la danse, de l’anthropologie, au tai chi ; tout un univers ouvert au développement des passions et du potentiel humain ; la polyvalence est devenue une seconde nature ici. Les Gibraltarians ont appris à prendre leurs destins en mains, et d’en faire le mieux. Au présent, ce territoire britannique d’outre-mer bénéficie d’un vif système social et économique qui le rend prospère et attractif au niveau mondial. Pour le voyageur, c’est un petit paradis de bonheur et de diversité : sur 6 km carrés, on retrouve le cosmopolitisme du New York, les charmes des derniers urbanistes romantiques et les surprises d’une nature exubérante.  On y trouve des églises, un temple hindou, une mosquée, une synagogue, tous les coins de rues ont une histoire ; il y en a les atouts d’un monde qui est prêt à célébrer la diversité, de l’intellect au goût, une pléiade des nuances et mélanges se révèlent aux curieux. L’étiquette se retrouve à l’aise entre le bon viveur méditerranéen et le savoir-faire britannique. La communication se déploie légèrement entre un impeccable  accent anglais et l’ espagnol plein de caractère, épicé avec des mots d’origine arabe, maltaise, italienne ou hébreu. Les  connexions se font naturellement, car  de n’importe où d’où on arrive, il y a une forte probabilité que le Gibraltarien y soit introduit : d’origine britannique, avec des racines espagnoles, génoises, portugaises, marocaines, juives, maltaises, indiennes, il est bien exposé au monde, mais a une forte conscience de son appartenance au rocher et à cette culture unique. Depuis le premier moment passé à Gibraltar, je me suis sentie comme entre amis. Les couleurs, les histoires, les goûts peuvent entre différentes, mais on partage des valeurs communes : respect de la diversité, tolérance, un certain savoir vivre, l’humanisme …aussi bien qu’une résilience qui fait qu’on est «dur comme le rocher», et prêt à rebondir face aux difficultés. J’ai eu la chance de passer de longues journées au bord de la mer, en recueillant des opinions sur leur identité, et leur culture; mais finalement je me rends compte que la meilleure manière de les comprendre c’est d’y vivre et suivre cette dynamique.