img_5972-1.jpgA la présentation rapport sur le profil-pays du Sénégal en 2015, mardi 14 juin, à l’Institut Africain de Développement Économique et de planification (IDEP), les constats étaient nombreux. En phase de tertiairisation croissante (le secteur tertiaire absorbe 58% du PIB) , le pays a évolué à une moyenne de croissance de 5% entre 2005 et 2014, période caractérisée pourtant par un boom infrastructurel sans précédent. Karima Bounemra, directrice de l’IDEP, qui évoque ces chiffres contenus dans le rapport sur le profil-pays du Sénégal, les oppose à la période 2015-2018 créditée d’une moyenne de croissance de 6%.

La dynamique nouvelle que connaît le pays vient en partie des progrés enregistrés dans la planification économique, souligne la directrice de l’IDEP. “Le Plan Sénégal Emergent (PSE) donne un souffle au processus de transformation mais celui-ci demeure encore timide» poursuit-elle dans un panel qui comprenait aussi Abdoulaye Baladé, le ministre de l’Environnement et du Développement durable. La faiblesse du secteur manufacturier qui pèse pour moins de 10% du PIB illustre bien les lenteurs du processus de transformation économique et sociale.

Si le pays de la Teranga a terminé l’année 2015 avec une croissance de 6,5%, parmi les plus élevés du continent, il n’en reste pas moins tributaire d’une structure exportatrice limitée à «quatre produits traditionnels», à savoir les produits pétroliers raffinés, les produits halieutiques, le ciment, l’acide phosphorique et l’or. Les progrés enregistrés ces dernières années l’ont surtout été dans dans le développement du capital humain et la politique du genre. Mais, le chômage demeure encore élevé notamment  chez les jeunes.

Pour sa part, le ministre Abdoulaye Baldé, tout en relevant la rigidité de la structure productive, appelle à la “consolidation et à l’accélération du rythme de croissance économique pour parvenir à l’objectif de l’émergence en 2025” fixé dans le PSE. D’ici 2023, poursuit M. Baldé, le Sénégal projette une hausse de 50% du PIB par tête d’habitant. La transformation escomptée passera aussi  par la révolution verte, a insisté le ministre, rappelant qu’une offre de 200 MW d’énergie solaire sera injectée dans le réseau èlectrique national d’ici 2020.
Le spectre de la dette
En dépit de sa forte croissance, le Sénégal doit surveiller certains paramètres comme le retour rapide de l’endettement et le sous emplois, relève pour sa part Amadou Diouf, Économiste au bureau Afrique de l’Ouest de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), et auteur principal du rapport.

Le rapport entre la dette publique totale et le PIB qui était de 25% en 2008 est passé à 47% en 2013 et à 53,4% en 2014, soit plus du double en 6 ans. “Le maintient de ce rythme pourrait constituer un risque sur la viabilité extérieure du pays à moyen terme, dans un contexte marqué par la persistance d’un déficit budgétaire à plus de 5% environ et un déficit du compte courant à près de deux chiffres”, relève le rapport.
Pays relativement jeune, avec plus de 41% de la population âgés de moins de 15%, le Sénégal fait aussi face à une forte croissance démographique.Les défis sociaux sont nombreux dans un pays où le taux de pauvreté, quoique réduit de plus de 10 points entre 2001 et 2011, reste à une incidence de 46,7%.

Lancé en février 2014, le Plan Sénégal Emergent vise une transformation économique et sociale s’inscrivant en cela dans l’agenda de la Commission économique africaine…Reste à vaincre l’instabilité des options stratégiques du Sénégal qui a évolué au rythme d’un plan de développement de référence tous les deux ans et demi entre 1960 et 2014. A cet effet, indique le rapport, la mise en œuvre du PSE dans une vision à long terme (horizon 2035) et dans une première phase opérationnelle à moyen terme (2014-2018), constitue une rupture et devrait être consolidée.

Adama Wade

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