Malgré les progrès enregistrés ces dernières années, le travail des enfants est toujours omniprésent à travers le monde. En Afrique, plusieurs pays mettent pourtant en œuvre des solutions pour lutter contre ce fléau, qui concerne encore plus d’un enfant sur cinq sur le continent.
Célébrée chaque année le 12 juin depuis 2002, la Journée mondiale contre le travail des enfants vient rappeler à chacun à quel point de cruelles inégalités subsistent sur la planète. Chaque jour, 168 millions d’enfants dans le monde – soit un enfant sur 10 – doivent travailler, dont 86 millions exercent des emplois dangereux dans les mines et les usines ou manipulent des produits chimiques. Si la moitié d’entre eux sont recensés en Asie, l’Afrique subsaharienne compte à elle seule pour un tiers du nombre total d’enfants qui travaillent dans le monde. 59 millions de jeunes Africains de 5 à 17 ans sont ainsi employés contre leur gré dans les carrières de pierre, les fermes, les mines ou dans la rue, soit plus d’un enfant sur cinq d’après l’Office internationale du travail.
Si les chiffres ont baissé d’un tiers au niveau mondial depuis 2000 (78 millions d’enfants qui travaillent en moins), le fléau a reculé de seulement 6 millions en Afrique subsaharienne, qui conserve l’incidence la plus élevée au monde. Bien que totalement illégale, cette pratique persiste surtout en raison de l’extrême pauvreté du continent africain, qui touche encore 43 % de la population totale. Le travail des enfants en est une conséquence directe, privant au moins 72 millions d’entre eux d’une éducation pour pourvoir aux besoins de leur famille.
La cacaoculture en Côte d’Ivoire
Pour ramener ces millions de garçons et filles sur les bancs de l’école, l’instauration d’un système scolaire gratuit constitue une priorité pour de nombreux pays. Dans le même temps, il convient de sensibiliser et de sanctionner les entreprises qui embauchent des enfants, comme le fait l’IPEC (Programme international pour l’élimination du travail des enfants) dans 88 pays du monde. La lutte contre le travail des enfants demeure à la portée de chacun, en renonçant à acheter les produits bon marché venant de pays connus pour ces pratiques (Chine, Inde, Bangladesh, etc.).
En plus du mal causé à ces jeunes innocents, le travail des enfants est à l’origine d’un vaste trafic humain, particulièrement développé en Afrique de l’Ouest. Au Nigéria, pays africain le plus peuplé, le nombre d’enfants qui travaillent est estimé à 12 millions. En Côte d’Ivoire, ils seraient 1,5 million sur les 20 millions d’habitants du pays, dont 300 000 à 1 million dans les plantations de cacao, selon la fondation International Cacao Initiative (ICI). Véritable richesse nationale, le cacao ivoirien représente 35 % des parts de marché mondial et 15 % du PIB grâce aux 1,75 million de tonnes produites chaque année. Pour faire tourner leurs exploitations, les propriétaires de plantations font en permanence appel à des enfants en provenance des pays voisins, souvent enlevés ou achetés à leurs parents en échange de quelques centaines d’euros.
Le programme ECLIC pour faire reculer le travail des enfants ivoiriens
Le 21 mai 2016, Dominique Nouvian-Ouattara, première dame de Côte d’Ivoire et présidente de la fondation Children of Africa, a lancé le projet « Éliminer le travail des enfants dans la cacaoculture » (ECLIC) afin d’améliorer la situation dans ce secteur très touché. Financé par le Département du travail des États-Unis et mis en œuvre par la fondation ICI, il doit permettre de protéger, d’accompagner et d’éduquer 5450 enfants vulnérables dans 50 communautés productrices de cacao du pays. Prévu sur quatre ans, le projet ECLIC visera également à sensibiliser 1500 ménages ivoiriens sur cette problématique. Le 26 avril, la fondation ICI avait déjà signé un accord avec le Comité national de lutte contre l’exploitation et le travail des enfants (CNS), que préside également Dominique Nouvian-Ouattara, afin de renforcer la protection dans la culture du cacao. 
À l’image du plan d’action 2015-2017 engagé par le gouvernement ivoirien, de plus en plus de programmes nationaux voient le jour pour lutter contre le travail des enfants, même si près de la moitié des 54 pays africains n’en disposent toujours pas. Afin de combattre ce fléau de manière globale, un protocole relatif à la convention sur le travail forcé a été adopté en 2014 par la communauté internationale. Il a notamment été ratifié par trois pays africains dont le Mali, qui s’est récemment engagé à le mettre en œuvre aux côtés du Niger et de la Mauritanie. Ce protocole vise notamment à éradiquer l’esclavage moderne, qui sévit encore dans de nombreux pays. 21 millions de personnes serait ainsi forcées à travailler sans rémunération dans le monde, générant environ 150 milliards de dollars de profits illicites par an, d’après l’OIT.
Tarik Siaka

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