Un pipe line de 2,5 milliards d’euros au profit de 24 projets. Tel est le résultat du marché de l’investissement organisé le 18 mai en marge de la conférence « Investir au Cameroun » tenue à Yaoundé à l’initiative et sous le haut patronage de Paul Biya, Président de la République du Cameroun.
La première journée, institutionnelle, a permis de dégager l’orientation économique générale d’un pays qui constitue une véritable Afrique en miniature, de par ses populations et sa géographie. «Notre objectif est d’atteindre l’émergence à l’horizon 2035. Le Cameroun est, par dessus tout, déterminé à favoriser l’investissement privé en vue d’accélérer la croissance économique et la prospérité pour ses populations. Votre présence ici exprime votre détermination de contribuer à la réalisation de ces aspirations légitimes de notre pays», dira le chef de l’Etat.
Plus de 800 participants, ministres, représentants des institutions de développement africaines et internationales, ainsi que chefs d’entreprises, industriels, entrepreneurs, décideurs et financiers venus du monde entier ont participé à la rencontre.

Ainsi, Tony Elumelu, président du groupe UBA et symbole de la montée en puissance de l’investissement inter-africain, a insisté sur l’attractivité du pays : « En tant que banquier et entrepreneur de longue date, j’ai appris comment repérer un bon investissement et je peux affirmer aujourd’hui à tous les financiers et entrepreneurs que le Cameroun est un pays propice à l’investissement. Je souhaite également féliciter le Président Paul Biya et le gouvernement du Cameroun pour leur vision à long terme visant à établir une économie stable et attractive qui stimulera les investissements d’acteurs locaux et étrangers.» Le marocain Mohamed El Kettani, président d’Attijariwafa Bank, a salué pour sa part la pertinence des choix stratégiques contenus dans le plan émergent 2035 et réaffirmé l’engagement de sa banque à accompagner le Cameroun dans la réalisation de ses projets structurants. Idem pour Ade Ayeyemi, CEO d’Ecobank, qui salue le cadre propice à l’investissement. L’ancien président de la BAD, Donald Kaberuka, a pour sa part, insistè sur le potentiel hydroélectrique du Cameroun, qui doit être « exportateur net d’énergie».
A la suite de la cérémonie d’ouverture du 17 mai, riches en couleurs, sous forme de discours et de panel, le marché de l’investissement a pris place.
Cette séance b to b, préparée en amont par un cabinet financier, a permis des face-à -face fructueux entre d’une part une centaine de porteurs de projets, publics ou privés, de divers secteurs (Energie, urbanisme, Agriculture, eau, etc) et, d’autre part, les fonds d’investissements et autres acteurs de financement.
Il faudra cependant de nombreuses séances pour satisfaire le potentiel de créativité extraordinaire d’un pays bilingue (anglais et français), relativement jeune et qui présente l’un des taux de scolarité les plus élevés de l’Afrique subsaharienne.
A l’instar d’Arthur Zang, inventeur de Cardiopad, qui va bientôt ouvrir une usine de fabrication de cartes, ou des initiateurs du site des petites annonces Kerawa, à la veille d’un deal majeur, des milliers de porteurs de projets, notamment dans les domaines des technologies de l’information et de la Communication, rêvent de rencontrer un business angel ou, à défaut, un cadre incubateur de leurs projets.

C’est à quoi s’attéle le ministre des Postes et Télécommunications (Minpostel), Minette Libom Li Likeng, engagée sur plusieurs chantiers dont la réduction des coûts de communication, le chantier e-gouv, et, surtout, la stimulation de la création de projets.

Surnommée « Maman Androïde » par la génération éponyme, madame le ministre a récemment identifié plus de 700 projets portés par des jeunes. Le concept du Cameroun numérique est en partie inspiré par ce potentiel de la jeunesse camerounaise.

Tous ces porteurs de projets, jeunes et moins jeunes, cherchent des partenaires techniques et financiers, dans ce cadre de «partenariat gagnant-gagnant» qui a constitué la toile de fond du discours du président Paul Biya lu le 17 mai à l’ouverture de la conférence. »
L’enjeu réel de notre politique économique réside dans notre capacité à innover », poursuivra Isaac Tamba, Directeur général de l’Economie, qui a fait une lecture succincte des orientations stratégiques de son pays qui escompte l’émergence à l’horizon2035.

Sur le long terme, ce plan d’orientation 2035, «partagé par toute la population camerounaise», repose sur une croissance inclusive et la réduction de la pauvreté. Autant dans les propos du chef de l’Etat que dans ceux de ses proches collaborateurs, il n’est pas question de la « croissance pour la croissance ». Le taux de 5,9% prévu par le pays en 2016, alors que l’ensemble de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) pointera à 2%, traduit la diversification d’une économie où le pétrole ne pèse pas plus de 20% des recettes fiscales. Grenier de l’Afrique centrale, jouxtant le Nigeria, première économie africaine, sur plus de 1500 km, le Cameroun est un pays stratégique à plus d’un titre.

Le chemin de la transformation passe néanmoins, ainsi que l’a rappelé José Manuel Barrozo, ancien président de la Commission économique européenne, par la réduction du déficit infrastructurel et, partant, par la baisse des coûts de facteurs. Ou encore par l’éducation et le fameux « fighting spirit » si cher à l’ancien premier ministre de la Corée du Sud. Les différentes personnalités qui ont participé à cette conférence ont chacune préconisé un concept, une idée à l’instar du représentant local du Fonds monétaire international (FMI) qui suggère de profiter des bas niveaux du pétrole pour geler les subventions appliqués sur le carburant.
Dans leurs recommandations, les investisseurs, décideurs et observateurs, demandent notamment la mise en place d’une saine concurrence laquelle suppose aussi bien une fiscalité équitable qu’une justice neutre et un climat des affaires assaini. Noté BB avec une perspective stable, le pays de Roger Milla jouit de fondamentaux stables. Cependant, le Cameroun est peu visible à l’étranger, comparé à la Côte d’Ivoire et au Sénégal. Le pays peut pourtant compter sur l’une des diasporas francophones les plus créatives pour valoriser son image dans les marchés internationaux.


La filiale de Lafarge augmente sa capacité de production

Nous le révélions dans Financial Afrik à la veille de la conférence « Investir au Cameroun ». Pierre Damnon, le Directeur général de Cimencam confirme : «Cimencam vient d’annoncer un projet de construction d’une nouvelle cimenterie à Yaoundé pour un investissement estimé à 23 milliards de FCFA. Cette conférence renforce notre confiance dans la prospérité et le développement du Cameroun.», a déclaré monsieur Damnon lors d’une rencontre informelle avec la presse.

Leader du marché, le cimentier, issu d’une joint venture entre le groupe Lafarge Holcim (54,7%), l’Etat Camerounais via la SNI (43%) et le personnel (2%) augmente ainsi sa capacité de production. Cimencam emploie 400 personnes dont 2 expatriés. Tous les postes de direction, le comité exécutif et l’ensemble du personnel sont Camerounais. Encore faible consommateur du ciment (100 kilos par an et par habitant), le Cameroun connaît une croissance de l’ordre de 8 à 9% de la consommation de cette denrée.

 

Adama Wade, Yaoundé

 

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