imageLe profit warning de la mi-mars était sensé avoir suffisamment préparé le marché. Finalement, la réalité a dépassé toutes les prévisions les plus pessimistes.

Les résultats du groupe Ecobank pour l’exercice 2015 ont surpris les analystes par leur ampleur. Ainsi, le résultat net part du groupe s’établi à 66 millions de dollars, en chute de 81%. Le PNB dégringole de plus de 8%, donnant une idée claire de l’ampleur de la tâche qui attend l’équipe managériale de l’institution panafricaine.

Le tableau comparatif ci-dessus, réalisé par Financial Afrik, montre qu’Ecobank a encore perdu du terrain face à des banques similaires. Le retour sur investissement (ROE), tombé à 4%, renseigne lui sur la faible rémunération des fonds propres.

En dépit des correctifs apportés par le nouveau CEO, Ade Ayeyemi, pour notamment faire baisser les charges du personnel et les honoraires, la banque présente un coefficient d’exploitation encore élevé, de l’ordre de 64% contre une moyenne de 45% pour les banques comparables.
Par ailleurs, il est à relever une hausse de 99% des dotations aux provisions qui atteignent désormais 532 millions de dollars. Ce chiffre renseigne selon notre avis d’une mauvaise appréciation des risques sur engagements contractés durant les exercices précédents.
Par zone géographique, la banque panafricaine a nettement souffert de son exposition à sa filiale nigériane dont le résultat net (57 millions de dollars) est en baisse de 74% à la fin 2015. L’Afrique de l’Ouest francophone, en chute de 26%, a été touchée par l’appréciation du dollar sur le Franc CFA.

Cette forte contraction accusée en 2015 accélère le scènario d’un renversement des rapports de pouvoirs dans le tour de table de la banque. Au vu de son bilan et de sa valorisation dans les trois marchés boursiers où elle est cotée, Ecobank est extrêmement sous valorisée par rapport à son potentiel et à son envergure continentale.
En partant du bénéfice par action, il faudrait 50 ans à un détenteur d’une action Ecobank pour récupérer sa mise. Le niveau élevé des charges, du coût du risque et des besoins en fonds propres pour développer l’activité commerciale militent pour un renflouement massif.

C’est pourquoi, l’on peut supposer que la banque Qatarie QNB plus que sa consœur sud-africaine Nedbank (cette dernière étant elle même à court de liquidités) a un boulevard ouvert pour mettre la main sur ce qui peut s’avérer une bonne affaire sur un horizon de dix ans.


 

Les explications de monsieur Ade Ayeyemi

imageLes résultats 2015 sont à considérer sous l’angle d’un assainissement de portefeuille. À écouter les propos de M. Ayeyemi, de nombreux cadavres ont été découverts dans les placards. De plus,  certains engagements toxiques (prêts) nécessitaient une couverture.: “Nos résultats de l’exercice 2015 n’ont pas été satisfaisants. A la suite d’une revue globale du portefeuille de créances et des procédures, d’importantes provisions ont été constituées au dernier trimestre de l’exercice. Ainsi, les provisions ont considérablement augmenté de 265 millions $EU, et s’élèvent à 532 millions $EU à fin décembre 2015. Cette situation était inacceptable pour nous et des mesures drastiques ont été mises en œuvre afin d’améliorer la qualité du portefeuille et de renforcer les processus. 
En outre, nous avons été confrontés à un environnement d’exploitation difficile en raison du ralentissement de la croissance économique en Afrique, résultant de la baisse des cours des matières premières. Ces facteurs ont affecté aussi bien les ménages que les entreprises. Notre coefficient d’exploitation ressort à 64,9 %, stable comparé à l’exercice précédent » 
M. Ayeyemi a conclu par ces propos : « notre modèle d’affaires diversifié est une source d’avantage concurrentiel et de stabilité opérationnelle. Au cours de ces derniers mois, avec l’équipe de direction, nous avons effectué une refonte de notre stratégie visant à réaligner notre modèle d’affaires autour de notre clientèle, nos produits et notre couverture géographique. Nous avons apporté des changements dans le management du Groupe et élaboré un plan stratégique qui vise à garantir des performances durables sur le long terme. »

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