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Le président du Mozambique, Filipe Nyusi, convaincra-t-il ses partenaires italiens de l’ENI de prévoir la fourniture du marché domestique via un pipe line?

C’est une de ces grosses transactions dont raffole les marchés qui se profile à l’horizon. L’italien ENI,propriétaire d’une participation de 50 dans le champ gazier mozambicain Area 4, compte céder 15% de ce gisement. Le major italien entend céder  jusqu’à 7 milliards de dollars d’actifs au Mozambique et en Egypte  par dilution, d’ici 2019, pour se refaire une santé financière et couvrir les coûts d’une exploration tout azimut depuis 2008.

Rappelons que ce champ co-decouvert avec l’américain Andarko qui forme un consortium avec ENI ccompte aussi pour actionnaires la China National Petroleum (20%), le Coréen Kogas (10%), le portugais Galp Energia (10%) et la compagnie étatique mozambicaine ENH (10%).

Le site de Romuva situé sur l’Océan Indien a fait l’objet d’importants deals suite à l’annonce des découvertes en 2010. Ainsi, le  groupe chinois est devenu actionnaire en 2013 en déboursant 4,2 milliards de dollars dans  un deal rapporté à l’époque par Financial Afrik  .

A l’époque, l’on reprochait au président Armando Gabuza, alors sur le départ et remplacé depuis, son manque d’agressivité qui aurait fait perdre des milliards de dollars à un pays meurtri par une guerre civile de 20 ans.

Pour l’heure, les préposés au rachat des 15% ne sont pas nombreux. L’américain Exxon Mobil qui veut profiter de la conjoncture des cours bas pour se repositionner en Afrique est en discussion avec ENI.

Evidemment, la question est de savoir si le Mozambique, pays propriétaire de ce champ,est partie prenante du deal. Maputo a donné son feu vert au major italien engagé sur une usine offshore de 3 million de tonnes par an de gaz naturel liquéfié (GNL) prévue entrer en activité en 2020.

L’idée de consacrer jusqu’à 25% de ce GNL au marché local via un pipe line, une exigence des autorités mozambicaines, se heurte pour le moment à des «considérations environnementales».

Cet argument écologique, s’il n’est pas battu en brèche, risque de reconduire le même schéma d’une exploitation destinée entièrement  à l’étranger à l’inverse de ce qu’on voit au Qatar et dans les pays gazier non africains. Pour se consoler, les mozambicains auront droit à des dividendes (10% de la partie distribuable du bénéfice et une part moindre dans le consortium ENI-Andarko), des emplois et les paiements des taxes, jamais évidents en zone offshore.

L’italien qui joue avec le temps pour mobiliser les 8 à 9 milliards de dollars nécessaires à la construction de cette usine flottante répète par voix indirecte que la rentabilité ne peut être au rendez-vous avec un baril en dessous des 80 dollars, ce qui risque de retarder l’entrée en production.

En octobre dernier, un road show mené auprès des banquiers Londoniens, eux aussi suspendus sur le cours du baril de pétrole, a récolté un enthousiasme plutôt modéré. Les argentiers promettent une réponse durant le deuxième semestre 2016 ou, probablement, en 2017. Si l’on se réfère aux déclarations du groupe ENI faites au moment des découvertes, l’usine devait entrer en activité en 2016. Vu la difficulté pour le major italien (qui a annoncé de sévères restrictions budgétaires en 2016) de convaincre les investisseurs et les non moins difficultés du partenaire mozambicain à réunir les 1,7 milliard de dollars représentants sa part dans le projet (signe de ces difficultés, Maputo a obtenu une aide d’urgence de 826 millions de dollars auprès du FMI) l’on peut en effet se demander si le Mozambique n’est pas perdu dans son mirage gazier.

 

 

 

 

 

 

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