imageAvec la révolution du MEIJI au XIXème siècle, le Japon est le premier pays asiatique à s’ouvrir à la civilisation européenne, à la copier, et à effectuer son décollage économique.

L’après-guerre est marqué par une volonté de rattrapage économique. S’ensuit une période de croissance et de plein emploi, favorisée par :
un capitalisme centralisé malgré le démantèlement des zaibatsu ; l’Etat et son bras séculier, le MITI, ainsi que les grands groupes supervisent l’économie
le Toyotisme repose sur un pacte social liant les entreprises à leurs employés par l’emploi à vie, la rémunération à l’ancienneté et la progression régulière des salaires ; il était caractérisé par la méthode des 5 M pour résoudre un problème et par la méthode des 5 zéros.

Ce planisme dirigiste est progressivement abandonné dans les années 1980 et 1990, avec la dérèglementation de nombreux secteurs. Ces changements structurels sont conduits alors qu’en 1985, l’économie japonaise est ébranlée par la brutale appréciation du yen par rapport au dollar. Celle-ci entraine une récession que le gouvernement va combattre en assouplissant la politique monétaire. L’engrenage est amorcé. L’abondance de liquidités a conduit à la formation de bulles sur les prix des actifs boursiers et immobiliers.

La spéculation est telle qu’en 1989 les autorités financières engagent un retournement brutal de la politique monétaire. Conjugué à la récession américaine la bulle spéculative explose et plonge l’économie japonaise dans une récession qui va durer plus de 10 ans malgré dix ou onze plans de relance entre 1992 et 2000, la « décennie perdue ». Se produisit un effet « boule de neige » qui va entrainer une très grave crise bancaire et financière accentuée par la crise thaïlandaise de 1997.

Après de nombreuses réformes de l’Etat, de profondes restructurations dans les secteurs bancaire et financier, des réorganisations des grands groupes, la première décennie du millénaire aurait pu être celle de la convalescence et du renouveau s’il n’y avait eu la crise des subprimes de 2007-2008 et l’accident nucléaire de Fukushima de 2011.

Arrivé au pouvoir en décembre 2012, le nouveau Premier ministre Shinzo Abe a développé une nouvelle stratégie économique avec pour objectif principal du retour du Japon, « Japan is back ». Cette politique, également dénommée Abenomics, est articulée autour d’une relance budgétaire, d’un assouplissement monétaire et de réformes structurelles.

Mais la 3ème économie mondiale derrière les Etats-Unis et la Chine est à nouveau entrée en récession depuis mi-2015, avec une baisse aux 2ème et 3ème trimestres.
Cela est principalement dû à :
la baisse de la consommation qui représente 60 % du PIB, consécutive à la hausse de la TVA de 5 à 8 % et à la diminution du pouvoir d’achat des salariés
un commerce extérieur qui a des difficultés à se rétablir malgré la diminution de la facture pétrolière et la dépréciation du Yen

Représentant 240 % du PIB, le poids de la dette publique handicape toute accentuation d’un déficit budgétaire déjà à 9 % du PIB. Cela explique l’augmentation de la TVA d’autant que le gouvernement a toujours l’objectif d’éradiquer ce déficit d’ici à 2020. Même si elle est principalement détenue par des épargnants nationaux, il y a une limite à cette dette. La politique budgétaire ne pouvant être encore mise à contribution, les autorités se tournent vers la Banque centrale.

Pour sortir de la récession, les autorités utilisent à nouveau l’arme monétaire dans toutes ses composantes :
la dépréciation du yen qui a perdu plus de 5 % depuis le début de l’année
avec des achats de dettes publiques, des investissements en Bourse et dans l’immobilier, les interventions de la Banque centrale atteignent des montants astronomiques, 15 % du PIB
des taux d’intérêt voisins de zéro

L’expérience des années 1985-2000 et des conséquences des excès de liquidités peut justifier de nombreuses inquiétudes. Les enchainements négatifs de cette période vont-ils se reproduire ? Parallèlement à ces interrogations macroéconomiques, le Japon est confronté à des problèmes structurels contradictoires.

D’un côté une démographie de plus en plus problématique. Le pays est confronté à un double défi :
– un effondrement de la natalité avec une moyenne de 1,4 enfant par femme. La population de près de 130 millions d’habitants devrait diminuer dans les années à venir
– un vieillissement démographique tel que le système des retraites constitue une préoccupation nationale.

Dans le même temps, le Japon démontre une vitalité exceptionnelle dans les nouvelles technologies grâce notamment à l’importance de ses investissements dans la recherche et développement.

Tout cela justifie de suivre ce qui se passe au pays du soleil levant.

 

Dov Zerah

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