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Hama Amadou (à gauche) et Mamadou Issoufou (à droite) s’affronteront le 20 mars lors du deuxième tour des présidentielles du Niger. Les deux ex-alliés se connaissent bien.

C’est sur un bien curieux scénario qu’a atterri les présidentielles et législatives au Niger du 21 et 22 février.

Ce pays de 18 millions d’habitants dont le sort dépend des exportations d’uranium concédées depuis l’indépendance au français Areva (qui a reconduit son accord avec l’Etat, en 2014, en toute discrétion) et de l’exportation de 20 000 barils par jour, opposera un président sortant à ce qu’il est convenu d’appeler, officiellement s’entend, un prisonnier de droit commun.

Selon les chiffres communiqués par la Commission électorale nationale et indépendante (CENI), le vendredi 26 février, le président en exercice, Mohamadou Issoufou, 63 ans, arrivé premier au terme du premier tour, avec 48,4% des voix, affrontera son principal challenger, Hama Amadou, 66 ans, crédité de 17,7% des voix lors d’un second tour prévu le 20 mars.
Problème, l’adversaire du président est en prison dans le cadre d’une affaire controversée «supposition d’enfant» qui verra son épouse et ses proches collaborateurs interpellés…

Président de l’assemblée au moment de l’èclatement de l’affaire, Hama Amadou s’était d’abord réfugié en Europe avant d’opter pour le retour. Transféré à la prison de Filingué (180 km au Nord de Niamey) dès son atterrissage à l’aéroport de Niamey , le 14 novembre 2015 et, depuis, soumis à une intense cabale mediatico-judiciaire, Hama Amadou s’est vu mêlé en décembre, à quelques jours des présidentielles, à un présumé coup d’Etat qualifié d’imaginaire par certaines chancelleries.
Cette ficelle aussi grosse que la corde du pendu a surtout permis au régime actuel de nettoyer l’armée d’éléments supposés gênants et, au passage, d’envoyer quelques civils en prison. En dépit de ces deux grosses affaires et d’une campagne à la Alpha Condé (Un seul tour, et c’est le Ko), le parti présidentiel devrait passer par un deuxième tour qui s’annonce explosif.

L’invalidation de quelques 242 bureaux de vote, jugés fictifs par les observateurs, fait partie des paramètres qui ont amélioré la transparence d’un scrutin qui comporte une part impondérable: des citoyens peuvent voter sans leur carte d’électeur sur simple déclaration d’honneur.
Quoi qu’il en soit, le principal prisonnier, qui répète à l’envie que son directeur de campagne est le président Mohamadou Issoufou lui-même, devrait nouer des alliances avec notamment Seyni Oumarou, le leader du MNSD, arrivé troisième avec 12% des voix et avec l’ancien président Mahamane Ousmane (6,2%).

À écouter le premier, l’alliance est déjà effective: «Nous avons déjà créé une alliance, qui s’appelle la Copa 2016, et pas seulement le MNSD, mais tous les militants et les militantes des partis membres de la Copa 2016, nous allons leur demander de voter pour le candidat Hama Amadou, qui n’est plus le candidat de Lumana mais qui est aujourd’hui le candidat de la Copa 2016, donc de l’opposition, pour le second tour.», a déclaré Seyni Oumarou. Et de douter de la sincérité du scrutin:
«Le président Issoufou avait dit partout que ce serait un coup KO. Nous avons toujours démenti cela et aujourd’hui l’histoire nous donne raison. Il y aura un second tour. C’est une grande victoire. C’est même la première victoire. Nous félicitons la maturité politique du peuple nigérien, même si les suffrages qui ont été exprimé lors de ce scrutin ne sont pas sortis, disons en termes de résultats, parce qu’il y a eu beaucoup de manipulations, de triturations et de fraudes.»
Notons que la coalition des partis d’opposition COPA 2016 a notamment déclaré dans un communiqué publié à la veille de la proclamation des résultats qu’elle « se réserve le droit de rejeter l’intégralité des résultats grotesques tels que fabriqués et diffusés par la Céni ».
Le président sortant, qui devance son rival de 1,4 million de voix, devrait lui-même recourir à ces alliances qui peuvent changer la sort d’un scrutin. Soulignons que la mouvance présidentielle s’est assurée les 90 sièges, soit une majorité absolue au parlement.
«S’agissant des élections législatives, je me félicite de la victoire de la mouvance pour la renaissance du Niger qui a obtenu d’ores et déjà la majorité absolue des sièges à l’Assemblée nationale. Compte tenu du fait que nous sommes un régime semi-présidentiel, cela veut dire que nous sommes déjà autorisés à mettre en place le futur gouvernement. Plaise à Dieu.», a déclaré le président Issoufou.

Chez le camp d’en face, le ton est à la contestation: «Nous sommes, je peux dire, soulagés mais sans surprise», note le porte-parole du Moden Fa Lumana de Hama Amadou. «Nous avons toujours envisagé que notre adversaire ne pourra pas être élu au premier tour. Nous sommes assez perplexes par rapport aux résultats de manière globale et nous avons toujours contesté ces résultats parce que nous avons d’autres sources qui donnent des résultats contraires. A cet effet, nous allons donc formuler des réclamations et des recours en annulation dans beaucoup de zones».
Lors du premier tour, le taux de participation avait atteint 67%. Une plus grande mobilisation devrait profiter à l’opposition selon des sources diplomatiques. Le tout puissant PNDS (Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme) Au pouvoir devra s’inventer un slogan plus modeste que son fameux “KO”. Par contre, tout montre que ‘expression fétiche «de la prison à la présidence» déclinée sur tous les tons et dans toutes les langues nationales du Niger devra être reconduit par le désormais plus célèbre prisonnier (politique selon ses partisans) de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel.

 

Seyni T, Niamey