imageLe banquier nigérian, Tony Elumelu, est revenu sur sa vision de l’intégration et son concept vivant de l’Africapitalisme, en marge du forum Afrique Développement qui se tient les 25 et 26 fèvrier  à Casablanca.

«…Je suis honoré d’être à ce forum à Casablanca parce que, alors que nous sommes unis par la géographie et l’Union Africaine, l’Afrique du Nord est de plus en plus considérée comme faisant partie du Moyen-Orient. Donc, je viens ici aujourd’hui pour donner l’accolade à mes frères et sœurs d’Afrique du Nord comme FRERES AFRICAINS.
De même, je viens saluer mes frères et sœurs francophones qui sont également représentés ici en grand nombre afin de travailler en collaboration plus étroite pour débloquer les opportunités non seulement dans les secteurs de l’énergie et de l’agriculture, mais aussi dans tous les domaines de l’activité économique en Afrique. Il y a en effet un besoin d’intégration régionale et d’infrastructures transfrontalières ; le commerce intra-africain représente environ 3% du total des échanges.

Dans le passé, nous étions divisés par les dirigeants coloniaux. Aujourd’hui, nos divisions sont auto-infligées par les barrières commerciales comme les droits de douane, les frontières et les visas. Ces obstacles étouffent les opportunités transfrontalières, les partenariats et les entreprises avant même qu’ils ne naissent.
Malgré cela, le commerce et l’esprit d’entreprise peuvent surmonter ces obstacles. Je suis le président du groupe United Bank of Africa qui, par sa vision panafricaniste, fournit des services financiers à 8 millions de clients dans 19 pays africains. Nous sommes également un partenaire financier majeur des opérateurs économiques dans les secteurs de l’énergie et de l’agriculture.

De même, la Banque Attijariwafa fournit des services similaires, dans une douzaine de pays en Afrique. Une autre grande histoire est celle de MTN, le géant sud-africain des télécommunications, qui relie des millions d’Africains dans 17 pays par le biais de la téléphonie.
En fait, jusqu’en 2013, les investissements intra-africains, qui étaient presque négligeables en 1990, avaient dépassé l’Aide au Développement.

Mon point de vue est simple: nous avons des défis communs, nous avons besoin d’investissements et nous avons besoin de développement en Afrique.

Aussi, le secteur privé a un rôle à jouer et a démontré qu’il a la capacité de surmonter certains des obstacles et défis liés au commerce auxquels nous sommes confrontés pour prospérer. Je prêche depuis plusieurs années pour que le secteur privé reconnaisse et assume son rôle dans le développement du continent, je prêche pour que nous travaillions dans un « BUT COMMUN » avec nos gouvernements pour atteindre les objectifs nationaux dans chaque secteur, des objectifs tels que le nombre de nouvelles connexions au réseau électrique et aussi des objectifs de production alimentaire nationale.

J’appelle cela l’Africapitalisme : L’Africapitalisme est une philosophie économique qui prône des investissements à long terme dans des secteurs stratégiques qui offrent des dividendes économiques et sociaux.
Ainsi, là où certains voient seulement des problèmes en Afrique, je vois des opportunités pour trouver des solutions à nos défis.

Aussi, à ce Forum Afrique Développement, il ne s’agit pas seulement de faire des affaires mais aussi d’unité africaine. L’unité africaine devrait être beaucoup plus qu’un rassemblement de routine entre dirigeants politiques et bureaucrates. L’unité africaine ce sont nos expériences et défis communs, nos idées et nos objectifs communs, nos relations commerciales et aussi nos liens de sang. En reconnaissant les problèmes qui nous sont communs et en travaillant ensemble pour les résoudre, on ne peut que se rapprocher. En nous rapprochant, nous guérirons les blessures causées par nos barrières commerciales. C’est aussi pour cela que j’ai choisi une démarche économique dans ma philanthropie personnelle.

L’année dernière, nous avons lancé le Tony Elumelu Entrepreneurship Programme (TEEP) pour identifier, former, encadrer et donner du capital d’amorçage à 10.000 entreprises au cours des 10 prochaines années pour la transformation économique de notre continent. Grâce à ce programme, nous cherchons à institutionnaliser et démocratiser LA CHANCE, de sorte que tout entrepreneur africain avec une idée géniale et la volonté de réussir saisisse cette occasion.

Un critère important du programme est d’être ouvert à tous les Africains, indépendamment de leur âge, nationalité, sexe ou appartenance religieuse.
La première promotion de 1.000 Tony Elumelu Entrepreneurs, qui ont été choisis uniquement sur la pertinence de leur projet entrepreneurial provient de 51 pays africains. Ils ont suivi une formation puis sont venus à Lagos pour un boot camp de 3 jours pour se rencontrer et tisser des liens entre eux avant de recevoir leur capital de départ en octobre dernier.

Je suis fier de vous dire que parmi eux il y avait quatre entrepreneurs marocains et un Egyptien qui s’est levé et nous a dit que, en tant qu’Arabe, il s’est défini toute sa vie comme un moyen-oriental, mais a toujours eu un profond désir de se connecter et de s’identifier à ses frères et sœurs africains. Et TEEP a finalement réalisé ce rêve. A cause de ce jeune entrepreneur, je rêve désormais de doubler les candidatures en provenance des pays d’Afrique du Nord chaque année. Nous avons une forte représentation des pays francophones et lusophones, mais nous travaillons pour en obtenir encore plus.
Ces entrepreneurs ne s’apportent pas seulement un soutien moral l’un à l’autre, ils font maintenant partie d’un écosystème qui leur permet de s’entraider, de parfaire leurs idées d’affaires et de résoudre des problèmes commerciaux, et étonnamment, collaborent également dans des affaires au-delà de plusieurs frontières.
En se serrant la main et en partageant leurs idées, leurs réseaux, et finalement, en faisant des affaires, ces entrepreneurs concrétisent le commerce et l’intégration régionaux d’une manière ORGANIQUE et AUTHENTIQUE qui produira à la fois des dividendes économiques et un développement certain en Afrique, dont l’accès universel à l’électricité et à l’alimentation.
Je crois en l’Afrique et je crois en la puissance de l’esprit d’entreprise pour réaliser le futur que nous voulons tous pour notre continent : la stabilité et la prospérité avec de l’énergie et de la nourriture pour tous !»

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