La NBD est la première institution d’envergure mondiale mise en place exclusivement par des pays émergents.

 

 

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Avant d’être nommé vice-président et directeur financier de la Nouvelle Banque de Développement (New Development Bank), Leslie Maasdorp était président de Bank of America Merril Lynch pour l’Afrique Australe. Dans sa riche carrière, ce sud-africain engagé,  qui a eu à jouer un rôle majeur au sein de l’ANC, a été vice- président de Barclays Capital et d’Absa Capital. En 2002, il a été le premier africain à être nommé conseiller international chez Goldman Sachs International. En 1994, il est nommé conseil spécial du ministre sud- africain du travail. En 1999, en tant que directeur général adjoint du Département des Entreprises publiques, il a conduit le programme de restructuration et de privatisation des entités publiques. Faisant partie du cercle des jeunes leaders du World Economic Forum, Leslie est licencié en Economie  et en Psychologie, ainsi que titulaire d’une maîtrise en Economie  de l’Université de Londres.

 

Dans cet entretien exclusif à lire dans le numèro 26 de Financial Afrik, Leslie Maasdorp, Vice-Président et Directeur financier de la Nouvelle Banque de Développement (NBD), revient sur les ambitions de cette institution. Créée exclusivement par des pays émergents, la NBD est de par son ADN une nouvelle alternative par rapport aux institutions classiques de développement. Les premiers recrutements démarrent en ce mois de février. Quant aux premiers décaissements, ils devront intervenir durant le second semestre de 2016.


 

En Juillet 2014, suite à des années de négociations, la création de la Nouvelle Banque de Développement (NBD) fut annoncée lors du Sommet des BRICS au Brésil. Quelle est la singularité de cette nouvelle institution par rapport au cadre classique de la banque de déve- loppement?


 

Il y a quatre caractéristiques uniques et distinctives qui définissent la Nouvelle banque de développement. Tout d’abord, dans le ffinancement du développement, la NBD est la première institution d’envergure mondiale mise en place exclusivement par des pays émergents. Sa création reflète la montée des marchés émergents au cours des deux dernières décennies.

Deuxièmement, aucun pays membre ne contrôle la banque et ne dispose d’un droit de veto. Il est symboliquement important que malgré leurs grandes évolutions par la taille économique et le PIB par habitant, les cinq Etats membres fondateurs ont une voix égale dans la gestion quotidienne de l’institution et dans sa gouvernance au niveau du conseil d’administration.

En outre, nous aurons une structure de gouvernance simple, ce qui aidera à rationaliser les processus de prise de décisions et réduire les coûts administratifs. Troisièmement, nous espérons que la vitesse d’exécution sera un facteur clé de différenciation.

 

Maintenant, nous sommes prêts à recruter au niveau mondial, avec un fort à priori sur les pays membres du BRICS. A partir de Février 2016, nous commençons notre programme d’embauche formelle avec à peu près une centaine de professionnels à recruter en première phase.

 

 

En tant que nouvelle institution, nous visons à être plus rapide, plus agile et moins bureaucratique que les banques multilatérales de développement existantes. Après tout, on est tout neuf et on n’a pas des procédures ou des couches de bureaucratie lourde à ralentir nos processus opérationnels. Nous pensons qu’il est stratégique de simplifier les procédures et rogner les processus qui ont ralenti le rythme de réalisation des projets d’infrastructure dans le passé.

Par exemple, la Banque visera à structurer, négocier, examiner et approuver les prêts dans un délai de six mois, ce qui est nettement plus rapide que la pratique actuelle. Quatrièmement, le développement durable est un aspect essentiel de notre ADN, tel que formulé dans nos articles de la Convention. Donc, la banque a un impératif juridique d’intégrer la durabilité dans nos projets depuis le début.


 

Quelles sont les grandes étapes franchies au cours de ces 6 premiers mois d’existence ?


 

Depuis le 21 Juillet 2015, lorsque nous avons ouvert le siège social à Shanghai, la Banque a fait des progrès significatifs dans sa constitution. Nous avons élaboré et adopté plusieurs politiques fondatrices y compris les politiques opérationnelles, ffinancières et de contrôle, aussi bien que celles de ressources humaines, ce qui nous a permis de concevoir la structure organisationnelle et de commencer le processus d’embauche pour le personnel à plein temps.

Sur les six derniers mois, nous avons été soutenus surtout par des professionnels détachés auprès de la NBD par diverses institutions, comme des ministères des Finances, des banques centrales, des institutions de financement du développement ainsi que des consultants à court terme. Le Conseil a également ratifié les responsabilités formelles pour chacun des vice-présidents des quatre pays. Nous avons un vice-président  pour les opérations; un pour le trésor et fonctions comptables ; un pour la politique, la stratégie et les partenariats ; et un vice-président pour les ressources humaines et l’administration. Maintenant, nous sommes prêts à recruter au niveau mondial, avec un fort à priori sur les pays membres du BRICS. A partir de Février 2016, nous commençons notre programme d’embauche formelle avec à peu près une centaine de professionnels à recruter en première phase.


 

Quelle est la place de la NBD dans l’architecture multilatérale mondiale au regard des institutions classiques telles que la Banque mondiale et le Fond monétaire international ou bien nouvelles comme la Banque Asiatique d’Investissement pour les Infrastruc- tures, lancée récemment?


 

Notre histoire est clairement ancrée dans le mécontentement des grands marchés émergents et leur manque de représentation auprès de la Banque mondiale et du FMI. Comme nous le savons, les institutions de Bretton Woods, notamment la Banque mondiale et le FMI, ont été établies et conçues à une époque où l’ordre économique et la politique mondiale étaient dominés par les États-Unis et l’Europe occidentale. En conséquence, ces pays sont généralement surreprésen- tés dans les banques multilatérales de développement.

 

 

Notre histoire est clairement ancrée dans le mécontentement des grands marchés émergents et leur manque de représentation auprès de la Banque mondiale et du FMI

 

Cependant, notre mandat légal, tel que formulé dans les articles de la convention, stipule que l’objectif de la NBD est de «mobiliser des ressources pour des projets d’infrastructure et de développement durable dans les pays des BRICS et d’autres marchés émergents, en complétant les efforts existants des banques multilatérales et régionales de développement». Ensuite, nous avons un mandat explicite de travailler dans un esprit de collaboration et de complémentarité par rapport aux banques multilatérales existantes. Beaucoup de ces institutions existent depuis cinq à sept décennies, accumulant des connaissances et expériences considérables pendant cette période. Comme nouvelle entité, nous voulons apprendre des meilleures pratiques et explorer le potentiel de développer des «nouvelles pratiques» (« next practices »). Enfin, globalement, le déficit pour le financement des infrastructures est bien au-delà de ce que les institutions existantes peuvent couvrir. Nous considérons donc les autres banques en tant que partenaires en développement.


Dans votre texte publié pour le World Economic Forum, vous insistez sur la nouveauté de la NBD, une «opportunité, dites-vous, pour explorer sans relâche de nouvelles pistes dans le cadre de certains paramètres de risques». Pourriez-vous partager avec nous quelques-unes de ces nouvelles pratiques et revenir sur les nouvelles approches de développement que vous comptez mettre en place?


 

La technologie et l’innovation transforment les industries chaque jour. Le financement  du développement n’en fait pas exception à notre avis. Avec cet engagement, la NBD indique sa volonté d’expérimenter de nouvelles idées et d’adopter de nouveaux modèles et instruments financiers sans idées préconçues. Comme je l’ai déjà mentionné plus tôt, nous espérons d’abord différencier la NBD par rapport à la vitesse d’exécution sans compromettre la qualité. Deuxièmement, nous allons adopter une approche fflexible de prêt en dollars USD par rapport aux devises locales. A ce jour, la pratique a été de faire avancer les prêts en dollars USD.

 

Nous allons adopter une approche fflexible de prêt en dollars USD par rapport aux devises locales. A ce jour, la pratique a été de faire avancer les prêts en dollars USD.

 

La NDB veut offrir à ses membres la possibilité d’emprunter dans leurs propres monnaies avec des lignes directrices et des procédures de gestion de risques réglées par la banque. En ce qui concerne les politiques d’approvisionnement et les normes environnementales et sociales, la Banque comptera sur les systèmes nationaux et la législation locale chaque fois que possible. Je tiens à souligner cependant que nous n’essayons pas de réinventer la roue. Puisque nous sommes nouveaux, nous avons l’avantage unique d’être en mesure de tirer parti et d’apprendre des meilleures pratiques cumulatives d’autres banques multilatérales de développement au cours des dernières décennies.


 

Un bureau régional sera mis en place à Johannesburg et on parle déjà des nominations. Un calendrier à annoncer?


 

 

Le NBD va créer un centre régional pour l’Afrique (ARC) à Johannesburg, son premier bureau régional. Le processus de création du bureau a commencé et sera fonction de la vitesse avec laquelle nous serons en mesure d’embaucher du personnel. L’ARC sera axé sur la préparation des projets et les études de préfaisabilité, ce qui est essentiel dans le développement de projets visant à atteindre des stades tangibles. Conformément à tous nos processus d’embauche, le recrutement de personnel pour l’ARC sera fait de manière transparente via un processus de demande sur notre site Internet qui sera en ligne du milieu à la fin février 2016. A ce stade, la NBD, et par voie de conséquence, l’ARC, se concentreront uniquement sur des prêts dans les cinq pays du BRICS. À un stade ultérieur, d’autres Etats membres, y compris ceux du continent africain, se joindront et seront en mesure d’accéder à des prêts de la Banque.


 

Quels sont vos contre-arguments vis-à- vis de ceux qui voient la NBD comme une extension de ce que Joshua Cooper Ramo appelait le «consensus de Pékin»?


 

Au cours des trois dernières décennies, la Chine a certainement émergé en tant que puissance économique et politique majeure. Toutefois, elle n’a pas un mot disproportionné à dire ou un rôle dominant dans la gouvernance et la gestion quotidienne de la NBD. Comme je l’ai souligné plus tôt, une caractéristique unique de la NBD est le pouvoir de vote égal de ses cinq membres et le fait qu’aucun membre n’a de droit de veto.

Donc, il est impossible pour la Chine ou tout autre Etat de capitaliser sur les prêts consentis aux pays afin d’obtenir l’accès aux ressources naturelles. Nous prêtons à nos Etats membres pour soutenir le développement de l’infrastructure, un ingrédient essentiel quant à la stimulation de la croissance économique qui a ralenti dans les marchés émergents à travers le monde, notamment dans les BRICS.


 

Où voyez-vous la Banque dans cinq ans?


 

Il est naturellement difficile de prédire l’avenir surtout dans un monde en évolution rapide. Toutefois, dans cinq ans la NDB est susceptible d’intégrer encore plus les pays du BRICS. Notre vision est de travailler aux côtés d’autres institutions homologues pour améliorer l’efficacité des banques multilatérales de développement.

Propos recueillis par Maria Nadolu


 

*Joshua Cooper Ramo est l’ancien rédacteur en chef de Time Magazine et Vice-président de Kissinger Associates, le cabinet de consultance de l’ancien secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger.

 

 

 

 

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