Par Jacques Leroueil, Kigali


 

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Dans le sillage d’un millésime boursier 2015 particulièrement volatil- marqué par l’instabilité des marchés émergents, la dégradation des perspectives économiques mondiales et le recul sensible du nombre des grandes devises du continent- , les places financières africaines connaissent un début d’année 2016 difficile : – 3% pour l’indice BRVM-Composite d’Abidjan depuis le début de l’année, -4% pour l’indice élargi JALSH de la bourse de Johannesburg et des baisses allant jusqu’à deux chiffres pour les indices boursiers des places nigérianne (-14 % pour l’indice All Share) et égyptienne (-17 % pour l’EGX 30). Pas étonnant dans ces conditions, que la plupart des grandes sociétés de la cote africaine aient vu leur valorisation en dollars fondre au cours des douze derniers mois. A commencer par les grosses capitalisations boursières du continent. Passage en revue de la performance boursière de chaque première capitalisation régionale au cours de l’année écoulée.

Afrique du Nord

Itissalat Al-Maghrib (Maroc Telecom), Maroc- Capitalisation boursière : 10,55 milliards de $

Performance boursière du titre sur 12 mois, en dollars : -11,41 %

Pour les actionnaires d’Itissalat Al-Maghrib, 2015 est une année à oublier : l’entreprise a lâché près de dix milliards de dirhams (1,03 milliard de dollars) de valorisation boursière depuis février 2015. Elle n’est cependant pas la seule à avoir souffert puisque seules 24 sociétés sur 74 inscrites à la cote boursière de Casablanca ont fini l’année 2015 en territoire positif. En cause, le ralentissement de la croissance et la détérioration de l’environnement sécuritaire régional. Mais l’essentiel est préservé : l’opérateur télécom du royaume chérifien reste la première capitalisation boursière d’Afrique du Nord, loin devant l’égyptien Orascom Construction Industries (6,7 milliards de dollars de valorisation).

 

Afrique de l’Ouest

Dangote Cement, Nigeria – Capitalisation boursière : 11,89 milliards de $

Performance boursière du titre sur 12 mois, en dollars : – 3,52 %

Sale temps pour la place financière de Lagos qui, touchée de plein fouet par la contraction des revenus pétroliers (80 % des recettes d’exportation du pays) et par la dégradation de la conjoncture dans la première puissance économique du continent, a vu son indice All Share Index se contracter de 14 % sur une année. Dans un contexte boursier aussi tendu, l’action Dangote Cement, plus grosse capitalisation boursière d’Afrique de l’Ouest (12 milliards de $), a plutôt bien résisté (-3). Avec une profitabilité record (40 % de marge nette après impôts) et des projets d’expansion tous azimuts, l’entreprise phare de l’empire d’Aliko Dangote a, il est vrai, quelques solides atouts à faire valoir.

1- données boursières calculées 13 février 2015 et le 12 février 2016 (cours de clôture). Taux de change appliqué au 12 février 2016.

 

Afrique centrale

Siat Gabon, Gabon – Capitalisation boursière : 194 millions de $ 

Performance boursière du titre sur 12 mois, en dollars : -1,89 %

Deux ans et demi après son arrivée à la BVMAC de Libreville, Siat Gabon peine toujours à décoller : à 28’500 francs CFA, le cours de l’action demeure inchangé par rapport au prix d’introduction de septembre 2013 et les volumes échangés restent insignifiants. Un exercice 2014 difficile (chiffre d’affaires en retrait et résultat dans le rouge), suivi d’une conjoncture défavorable en 2015 (chute des cours du caoutchouc et de l’huile de palme) n’ont assurément pas aidé. En comparaison, sa rivale camerounaise, Socapalm, du Douala Stock Exchange, fait nettement mieux sur l’année (+ 14 %) et voit désormais sa capitalisation (100 milliards de francs CFA) se rapprocher de celle du groupe agro-industriel gabonais (110 milliards de francs CFA).

 

Afrique de l’Est

Safaricom, Kenya – Capitalisation boursière : 6,24 milliards de $

Performance boursière du titre sur 12 mois, en dollars : -4,73 %

Après avoir vu le cours de son indice élargi NSE All Share Index tripler en l’espace de quatre ans, la bourse de Nairobi a connu un brutal retour à la réalité en 2015 : – 19 %. Dans ces conditions, la légère progression (+ 3 %) de l’opérateur télécom fait figure de tour de force, l’entreprise continuant d’accumuler les profits (rentabilité nette de 20 %) et de dominer le secteur de la téléphonie mobile au Kenya. Seule la faiblesse du shilling kényan par rapport au dollar (-8 %) est venue peser sur la valorisation de la société, une fois retraitée dans la devise de l’Oncle Sam.

 

Afrique australe

Naspers, Afrique du Sud – Capitalisation boursière : 52,02 milliards de $

Performance boursière du titre sur 12 mois, en dollars : -20,56 % 

Premier groupe de médias d’Afrique, Naspers est désormais la première capitalisation boursière d’Afrique… grâce à son portefeuille de participations internet. Au premier rang de ces pépites, dénichées dans les grands pays émergents (Russie, Chine, Inde Brésil..) l’investissement dans le géant chinois du web Tencent, qui compte aujourd’hui pour plus de 90 % de la valorisation globale du sud-africain. Sur une année, le cours de l’action a encore progressé de 8 %. Reste qu’avec un rand en chute libre (-29 %), la bonne performance initiale s’est vite transformée en cauchemar pour les investisseurs internationaux exposés aux risques de change. L’investissement en Bourse, un art décidément complexe.

 

Par Jacques Leroueil