Par Sambou Coly, Program Manager, The MasterCard Foundation


Pourquoi une institution rentable comme Microcred SAS ayant une part de marché enviable déciderait elle de s’intéresser à un segment de clientèle trop souvent oublié ou catégorisé à tort ou à raison comme non rentable?

image
Jeanine Albertine Sagna, cliente de Microcred Sénégal.

 

 

Les maux de l’exclusion financière sont un secret de polichinelle, bien que nous en sachions déjà beaucoup, très peu d’initiatives innovantes ont été expérimentées à grande échelle sur le continent Africain.

Par exemple, nos programmes à The Mastercard Foundation, nous enseignent que la distance combinée aux coûts transactionnels exorbitants demeure des obstacles non négligeables pour le client mais aussi pour les institutions financières. The Mastercard Foundation fête cette année ses 10 ans au service des plus démunis en Afrique Sub-Saharienne. Cet engagement se consolide dans sa stratégie 2015-2017 où le client est mis plus que jamais au centre de ses préoccupations.

Cela n’a rien de très surprenant puisque nous savons que l’accès mais surtout l’usage des produits et services financier en est tributaire. Pour ceux qui ont assisté à notre Symposium sur la Finance Inclusive (SoFi) en Novembre 2015 au Cap en Afrique du sud, vous vous souviendrez très certainement des nombreux témoignages sur l’importance pour une institution de mettre le client au centre de ses préoccupations.

Parmi ces témoignages, nous avons celui de Microcred SAS, une institution financière qui a décidé d’opérer un changement radical et de servir le marché de masse au Sénégal, Côte d’Ivoire et Madagascar.

Pourquoi une institution rentable comme Microcred SAS ayant une part de marché enviable déciderait elle de s’intéresser à un segment de clientèle trop souvent oublié ou catégorisé à tort ou à raison comme non rentable?

Nous trouvons une partie de la réponse dans les limites d’un modèle financier traditionnel qui est en décalage avec les besoins des personnes exclus du système financier conventionnel. Le modèle financier que Microcred SAS propose dans le cadre de ce projet consiste à démystifier la perception de la relation entre l’institution financière et le client qui manque trop souvent d’humanisme, d’humilité et de respect.

Prenez soin d’observer cette photo ci-dessus, Mme Jeanine Albertine Sagna est une cliente de Microcred Sénégal. Elle va devenir grâce à l’appui de The Mastercard Foundation un correspondant que Microcred Sénégal compte utiliser pour servir les clients du marché de masse ainsi que sa clientèle existante. Son sourire radieux en dit long sur sa fierté de faire partie de ce réseau de correspondants mis en place par Microcred Sénégal. Elle connait bien le sens du refrain “ le client est roi” puisque c’est ce même client qui lui permet de tenir sa petite  papeterie. Elle est connue et respectée de sa communauté et, de plus, elle est contente de pouvoir diversifier ses sources de revenus. N’est- ce pas là ce qu’on pourrait qualifier de partenariat “gagnant gagnant” ?

The Mastercard Foundation a approuvé $12 millions de dollars pour permettre à Microcred SAS de dérouler cet ambitieux programme qui vise à servir 1,125,000 clients à partir d’un réseau de correspondants au Sénégal, Cote d’Ivoire et Madagascar. Ce projet aspire à transformer radicalement le modèle connu de Microcred SAS en un modèle de marché de masse capable de délivrer des services financiers adaptés aux besoins des populations exclus à grande échelle. Ce modèle baptisé « Baobab » permettrai à des milliers de clients d’effectuer leurs opérations financières dans leur communauté et à moindre coût. Ce modèle répond à l’un des obstacles mentionné plus tôt en introduction que l’on rencontre souvent avec les modèles dit de «brique et mortier». Mais cet appui fourni par The Mastercard Foundation va permettre de pousser les frontières et de mieux comprendre les habitudes d’utilisation des produits financiers par les clients. Nous nous attendons aussi à ce que le client puisse reconnaitre la valeur ajoutée de ce modèle en termes d’économie et de sécurité. Il ne s’agit pas seulement de mettre sur le marché des produits sur mesure, le projet va également accompagner tout le volet transformation organisationnel dont Microcred SAS a besoin pour réussir cette transformation. Il s’agira de former les correspondants comme Mme Sagna pour assurer la sécurité des transactions et garantir le respect des principes de protection du client. De plus, l’organisation tout entière devra se mettre à niveau pour amorcer cette transformation, que ce soit par la formation des employés mais aussi pour une meilleure appropriation du projet par le «top management».

The Mastercard Foundation compte documenter les leçons apprises durant ce projet et les partager avec l’ensemble des acteurs de l’industrie afin d’en démontrer la rentabilité et surtout d’encourager sa prolifération. Nous devrions observer au cours des quatre prochaines années une baisse des charges opérationnelles combinée à une augmentation des petits dépôts. Une plateforme de collecte de données autant quantitative que qualitative sera mise en place aidant à mieux documenter la compréhension des défis et des succès de ces canaux de distribution alternatifs. Restez branchés, si vous voulez en savoir plus !

 

 

Ce contenu pourrait également vous intéresser