rp_Dov-Zerah-200x1601.jpgCHIISME ET SUNNISME, LES DEUX FRERES ENNEMIS

 

Depuis la révolution iranienne et la prise du pouvoir à Téhéran en 1979 par l’ayatollah Khomeiny, les oppositions entre chiites et sunnites n’ont cessé de s’exacerber.

Avant d’expliciter les manifestations de l’opposition entre l’Arabie saoudite et l’Iran, rappelons les raisons de l’antagonisme entre Chiisme et Sunnisme. Au départ, c’est une guerre de succession. Les chiites reconnaissent Ali, puis ses fils Hassan et Hussein, et la lignée des imams qui leur succèdent. Les sunnites, eux, ont reconnu comme successeur du prophète les quatre califes, puis les Omeyades, et les Abbassides.

Par ailleurs, le Sunnisme qui concerne 90 % des musulmans se caractérise par le respect du Coran, mais également de la sunna, la parole du prophète, ainsi que de la tradition de tout l’enseignement, faits et gestes du prophète. Les chiites reconnaissent également la sunna, mais rejettent la législation des premiers califes et de certains compagnons. Depuis, les divergences n’ont cessé de s’accentuer.

Les lieux de confrontation ont été nombreux et plus ou moins violents. Depuis quatre ans, l’affrontement est sévère :

En Syrie. L’Iran aide le régime en place financièrement et par des conseillers militaires, ainsi que par la milice chiite libanaise, le Hezbollah. De son côté, l’Arabie saoudite soutient un des nombreux opposants au régime, le Front islamique comprenant notamment la brigade l’Armée de l’Islam de Zahran Alloush.

Au Yemen. Depuis plusieurs années, le pays est aux prises avec une guerre civile opposant le gouvernement du Président Abdel Rabo Mansour Hadi soutenu par les Saoudiens et la coalition arabe et les rebelles houthistes pro-iraniens. Constituée par l’Arabie saoudite, la coalition arabe, qui se veut une réplique de l’OTAN pour le monde arabe, comprend notamment le Bahreïn, les Emirats arabes unis, le Koweït…Le conflit a déjà occasionné plus de 6 000 morts dont 2 800 civils et a entrainé une grave crise humanitaire.

Au Liban. Régulièrement, ce pays et plus particulièrement sa capitale Beyrouth sont secoués par des attentats suicides.

Sur le front pétrolier. En refusant de réduire la production de l’OPEP malgré l’atonie de la demande mondiale, l’Arabie saoudite a fait baisser les prix pour affaiblir financièrement l’Iran mais également la Russie.

La situation s’est envenimée lorsqu’il y a quelques jours Riyad a exécuté le prédicateur chiite Nimr Al Nimr et de nombreux ressortissants iraniens. L’engrenage a été enclenché avec le rappel des ambassadeurs, la rupture des relations diplomatiques et aériennes, les appels à la vengeance…La tension est tombée depuis, mais pour combien de temps ?

Au-delà des fronts aujourd’hui en flamme, plusieurs éléments doivent être pris en considération pour apprécier la perspective d’un affrontement direct :

L’absence de frontière terrestre commune complique les opérations militaires. Toute confrontation armée peut certes se limiter à des attaques aériennes, des batailles navales, mais doit forcément, à un moment ou un autre, passer par un débarquement de troupes, opération toujours très difficile à conduire.

Le précédent de la guerre irako-iranienne des années quatre-vingts devrait conduire à la retenue. Cette guerre s’est terminée sur un match nul ayant affaibli les deux pays, avec surtout 500 000 morts et des centaines de milliers de blessés. Ce parallèle peut être contesté, car si l’Irak et l’Iran ont des poids équivalents, la situation est plus déséquilibrée entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Alors que la population iranienne avec 80 millions d’habitants est deux fois et demi plus importante que celle saoudienne le PIB iranien est en 2014 légèrement supérieur à 400 Md$, celui saoudien dépasse les 750 Md$.

L’accord sur le nucléaire iranien. Il a eu au moins deux effets collatéraux :

Les imperfections de cet accord vont créer des inquiétudes chez tous les voisins de l’Iran, par la perspective d’un Iran nucléaire, mais également par le renforcement de l’Iran prévisible avec la récupération des avoirs gelés et la levée des sanctions. La fin de l’isolement de l’Iran ne peut que le renforcer.
Cet accord est perçu par tous les pays proche orientaux comme la marque du désengagement américain. Après l’interventionnisme de George Bush essayant de redessiner tout le Proche Orient et d’introduire la démocratie dans les pays arabes, l’Administration Obama évite de s’impliquer dans les sujets de la région. Les Etats-Unis sont très, trop vite sortis d’Irak, et ont fini par y revenir et à s’impliquer en Syrie.
Cette situation a conduit l’Arabie saoudite à se rapprocher d’Israël, au point qu’un axe Amman-Le Caire-Riyad-Tel Aviv est en train de se dessiner pour combattre l’Iran, le Hezbollah et l’Etat islamique.

Il est difficile de dire si l’opposition entre le Chiisme et le Sunnisme va conduire à un affrontement direct entre l’Iran et l’Arabie saoudite, en revanche les lignes sont en train de bouger entre les pays du Proche-Orient.


Dov ZERAH est notamment ancien directeur général de l’Agence française de Développement (AFD), très présente en Afrique. Cette Chronique financière est diffusée tous les mardis  à 7h05 sur Radio J 94.8 FM.

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