image«Nous sommes leader en Côte d’Ivoire et dans toute la zone CIMA»

 

Le groupe SUNU, présent dans 11 pays africains, change de dimension en Côte d’Ivoire. Premier assureur-vie du pays (avec environ 35% du marché) et de la zone CIMA, le groupe vientde naliser, début novembre 2015, la fusion de ses deux liales « Vie » ivoiriennes, UA-Vie et LMAI-Vie, sous l’enseigne SUNU Assurances Vie Côte d’Ivoire. Directeur général de LMAI-Vie depuis 2011, passé chez le réassureur CICA-Re (directeur des opérations Vie) et à NSIA-VieCôte d’Ivoire (directeur général adjoint), Saliou BAKAYOKO a pris les rênes de la nouvelle entité. Dans cette interview il renvient, pour Financial Afrik, sur les leviers qui fondent le succès du groupe, précurseur du mobile insurance et de la bancassurance dans la zone CIMA.

 


 

La Côte d’Ivoire est le principal marché du groupe SUNU qui en est le leader sur le segment assurance-vie. Quels sont les principaux leviers de votre succès dans ce pays ?


 

Effectivement, la Côte d’Ivoire est le principal marché du Groupe SUNU où il vient de fusionner de deux de ses filiales d’assurance vie à savoir UA-Vie et LMAI- Vie, donnant naissance désormais à un géant de l’assurance vie du nom de SUNU Assurances VIE Côte d’Ivoire, qui est le leader de ce segment en Côte d’Ivoire et dans toute la zone CIMA dans la branche assurance vie avec un peu plus de 38,763 milliards FCFA de chi re d’a aires. Notre position de leader en assurance vie résulte essentiellement de trois facteurs. Le premier est notre capacité d’anticipation et d’innovation en matière de réseau distribution. Nous avons été les premiers à innover en matière de bancassurance où nous sommes leader. A côté de la bancassurance, nous avons l’un des réseaux de particuliers les plus structurés et les plus efficaces de la zone; nous avons institué un réseau de distribution via les IMF (Institution de micro-finance) et autres formes de groupements dédiés à la micro- assurance et nous venons d’innover avec la distribution de l’assurance vie via le téléphone portable, le « Mobile Insurance». Ensuite, il y a notre image de marque soutenue par notre professionnalisme et la solidité financière du Groupe. Et enfin, autre argument de choix, l’attachement à nos valeurs à savoir l’innovation dans les offres produits et services proposés, la proximité vis-à-vis de nos clients et la qualité de service, notamment avec le paiement rapide des sinistres pour une confiance réciproque.

 


 

Le fait est que le taux de couverture en assurance reste extrêmement faible en Côte d’Ivoire et ailleurs en Afrique. Le taux de 1%, voire moins, est souvent avancé. Selon vous, cette distance envers l’assurance est-t-elle le fruit de l’ignorance ou de la méfiance des populations ? Les facteurs de blocages sont-ils réversibles ?


 

Effectivement, le taux de pénétration de l’assurance, qui d’une manière générale mesure la part des primes d’assurances dans le PIB du pays, reste extrêmement faible en Côte d’Ivoire (un peu plus d’1% en 2014 selon les statistiques de la FANAF) et ailleurs en Afrique au regard de celui des pays développés (environ 7%). Il est vrai qu’un début d’explication à ce faible niveau du taux de pénétration peut être l’ignorance ou la méfiance des populations vis-à-vis de l’assurance en général et de l’assurance vie en particulier. Mais ce n’est pas tout. D’autres facteurs sont à prendre en compte. Notamment le fort taux de personnes exerçant dans le secteur informel en Afrique qui sont hors de la cible des assureurs pour des questions d’accessibilité et de difficulté de recouvrement des primes d’assurance. Il y a également l’absence de produits adaptés et l’absence au niveau de la profession de véritables politiques de sensibilisation des populations par une communication adaptée. Heureusement ces facteurs ayant été clairement identifiés, des solutions existent. Il nous faut davantage mettre l’accent sur la sensibilisation de la population par une communication adaptée, prioriser l’innovation en matière de conception de produits adaptés et développer des canaux alternatifs de distribution à destination des populations à faibles revenus, comme le «mobile insurance» c’est-à-dire la distribution de l’assurancevie et la collecte des primes via le mobile. En effet, le taux d’équipement de la population en téléphone mobile étant non négligeable, cette forme de distribution de l’assurance vie devra nous permettre de toucher une plus grande partie de la population, notamment ceux du secteur informel et par ricochet un accroissement non négligeable du chiffre d’affaires de l’assurance et donc du taux de pénétration.

 


 

Au-delà de ces facteurs que vous avez relevés, le niveau minimum de primes (10 mille francs en Côte d’Ivoire) n’est-il pas le principal frein ?


 

A mon avis, non. Le niveau minimum va au-delà de 10 mille FCFA. Quand on regarde la cible des assureurs, ce sont des  salariés. Mais comme je l’ai dit, la cause fondamentale reste la taille du secteur informel qui représente le gros de la population et qui ne se sent pas encore concerné même si les primes étaient réduites.

 


 

Vous avez entrepris depuis quelques années déjà la souscription de contrat via le téléphone mobile.Quels en sont les résultats ?


Le groupe SUNU à travers ses ffiliales vie de Côte d’Ivoire, du Sénégal et du Niger a été le premier groupe d’assurance en zone CIMA à lancer l’assurance-vie via le téléphone mobile. Dans le cas de sa filiale vie en Côte d’Ivoire, un partenariat exclusif a été lancé en 2012 avec le 1er opérateur de téléphonie mobile en Côte d’Ivoire, la société Orange. Et nous sommes heureux d’affirmer que les résultants sont très encourageants au regard des premiers chiffres obtenus. En effet, nous sommes leader à ce jour en Côte d’Ivoire sur ce canal de distribution, avec plus de 55 000 contrats réalisés et un rythme de souscriptions d’un peu plus de 1000 contrats par mois depuis janvier 2014.

 


 

La micro-assurance pourrait-elle être une alternative viable pour étendre la couverture ?


 

Absolument,la micro-assurance, avec le développement de la souscription et de la collecte des primes via le mobile qui permet d’atteindre facilement toutes les couches de la population, est à tout point de vue une alternative viable pour étendre la couverture. Et je ne suis pas le seul à penser cela. Tous les acteurs du secteur de l’assurance en sont conscients à commencer par le régulateur dans notre zone, la CIMA, qui introduit dans le code des assurances une réglementation propre à la micro assurance avec notamment la possibilité de création de société de micro assurance comme ce que sont les sociétés de microfinance à la banque. C’est dire que le secteur dans son ensemble en est pleinement conscient.

 


 

Le groupe SUNU entend-t-il explorer cette voie ?


 

Oui, le groupe SUNU l’a déjà fait parce que nous avons créé un réseau dédié à ce secteur que nous appelons «Réseau canaux alternatifs» en direction de la micro assurance qui est couplé à la souscription via le téléphone mobile et les deux aller de paires. Deux choses : pendant longtemps la micro-assurance a eu du mal à émerger pour cause d’inaccessibilité des populations et lorsqu’on y avait accès, la collecte des primes était encore plus difficile. Et aujourd’hui avec le développement du Mobile money, la micro-assurance devient viable pour les acteurs du secteur.

 


 

Le dernier symposium de la FANAF en juin 2015  à Abidjan avait abordé la question de la couverture maladie universelle initiée par les Etats africains et c’est le cas en Côte d’Ivoire. Comment appréhendez-vous cette évolution et quelles sont selon vous les adaptions à faire pour quele secteur de l’assurance-vie puisse bien négocier ce virage ?


 

Il est important de noter qu’au regard de la législation en vigueur dans les pays de la zone CIMA, les assureurs vie ne sont pas concernés par le projet de couverture maladie universelle. C’est le cas de la Côte d’Ivoire. Ceci étant, c’est le lieu pour moi de saluer l’initiative du Bureau Exécutif de la FANAF d’organiser une telle conférence. Cela a été l’occasion pour les assureurs d’échanger avec les autorités sur cet important projet. Ce qui a permis de dissiper un certain nombre d’incompréhension dans la mise en œuvre du projet quant au rôle des assureurs. Les conclusions et recommandations issues des travaux de la conférence ont essentiellement porté sur la création d’un cadre de concertation entre les différents  acteurs (assureurs, autorité de régulation, organismes de sécurité sociale, etc…) en vue d’instaurer un dialogue inclusif pour concilier les di érentes positions. Par ailleurs, il a été recommandé de donner un temps de deux à trois ans aux assureurs pour rentrer dans le processus de l’assurance maladie universelle et faire les adaptations nécessaires dont la plus importante à mon avis est l’articulation entre le système public et le système privés actuellement gérés par les assureurs.

 


 

Le secteur en Côte d’Ivoire a réalisé 110,5 milliards de revenu en 2014 (en hausse de 6,4% par rapport à 2013). Le secteur pro te-t-il su samment du dynamisme économique enregistré par le pays ces quatre dernières années ?


 

Au regard de la croissance régulière non négligeable du secteur de l’assurance vie en Côte d’Ivoire ces quatre dernières années, on peut affirmer que ce secteur a profité d’une manière directe ou indirecte du dynamisme économique du pays durant ces années. Déjà le paiement régulier des salaires des agents de l’Etat qui constituent une proportion importante des souscripteurs de contrats d’assurance vie a renforcé la collecte des primes d’assurance-vie. Et ensuite il y a le développement du crédit bancaire qui a profité aux assureurs vie par la collecte importante des primes des couvertures d’assurance décès emprunteurs. Et selon le FMI et des agences comme Moody’s, les perspectives sont plutôt bonnes pour le pays les années à venir.

 

Quelles sont les principaux dé s à relever pour le secteur ?

Pour le secteur de l’assurance vie, l’un des principaux défis est d’atteindre les personnes du secteur informel qui dans nos pays africains représentent une proportion importante de la population, cela en vue d’amélioration significative  du taux de pénétration de l’assurance. Nous pourrons ainsi collecter d’avantage d’épargne à long terme à mettre au profit de nos Etats pour le ffinancement de leurs économies. A côté de ce défi majeur, les assureurs doivent relever le défi du renforcement de la confiance des clients par le règlement rapide des sinistres, la simplification de leurs procédures de souscription et de règlement des prestations. Et nous devons également innover dans la conception des produits adaptés au contexte socioculturel des populations. Il est vrai qu’il y a encore un certain nombre de défis à relever, mais malgré cela je tiens à dire qu’aujourd’hui, toutes les études et données disponibles montre que la Côte d’Ivoire est à fort potentiel de croissance en assurance comme en témoigne l’arrivée sans cesse croissante de nouveaux acteurs. Il y a donc de quoi à voir l’avenir du secteur en rose, même si ces arrivées d’autres acteurs vont certainement accroitre la concurrence.

 

Propos recueillis par Jean-Mermoz KONANDI, Abidjan