imageL’année 2016 arrive dans une certaine confusion géopolitique. Le pétrole à 40 dollars résume une tragédie qui échappe à l’OPEP.

Plus que les 31 millions de barils par jour que le cartel produit, c’est surtout les plateformes de trading qui font et défont les tendances. Aidées il est vrai par ceux-là qui ont entrepris de redessiner la carte du Moyen-Orient à coup de MIG 21, de F16 et de sabre.

 

L’Afrique devrait donc se préparer à traiter avec ces nouveaux interlocuteurs populistes et nationalistes qui, comme Marine Le Pen, rappellent que le rôle d’une région française n’est pas de financer l’achat de moustiquaires dans une prison au Sénégal.

 

 

 

Jamais le monde n’a été aussi peu sûr et imprévisible. Les attentats de Paris, la prise d’otage au Radisson de Bamako et les tueries de San Bernadino ont brusquement replongé l’Occident dans l’ambiance de l’après 11 septembre 2001. N’est-ce pas la qu’il faut situer la percée  de l’extrême droite aux régionales françaises et, outre-Atlantique, l’ascension du néo-conservateur Donald Trump qui préconise d’interdire les Etats-Unis aux musulmans? Le repli populiste et nationaliste, de la Hongrie à la Grèce,  gagne du terrain.

L’Afrique devrait donc se préparer à traiter avec ces nouveaux interlocuteurs populistes et nationalistes qui, comme Marine Le Pen, rappellent que le rôle d’une région française n’est pas de financer  l’achat de moustiquaires dans une prison au Sénégal.

Nous aussi, nous estimons qu’il est temps de s’affranchir  d’une aide internationale conditionnelle et souvent destructrice du tissu entrepreneurial local. A l’instar de l’économiste zambienne Dambisa Moyo, nous avons la naïveté de croire qu’au lieu d’importer des millions de moustiquaires imprégnés en Afrique, il faudra, en 2016, encourager les PME du continent à en fabriquer.

Qu’au lieu de donner tous les marchés de construction des routes et des ponts aux multinationales, il est peut-être temps d’ouvrir la commande publique africaine aux entreprises et hommes d’affaires africains? En avons-nous vraiment le choix, nous africains, dans un contexte de forte chute des cours du pétrole et de matières premières?

Une chose est sûre, le développement de la demande intérieure consécutif à la montée des classes moyennes ne pourrait se faire sans le développement d’un secteur privé africain compétitif. C’est là peut-être que la Banque Mondiale, chef de fil de nos bailleurs de fonds, devrait changer de fusil d’épaule en ouvrant davantage sa liste de fournisseurs à l’ingénierie et à l’expertise africaines.

Mais le grand changement des mentalités devrait d’abord prendre racine dans les palais présidentiels africains, là où quelques occupants ont cédé à la tentation des changements constitutionnels (Burundi, Rwanda, RDC, Congo) à la confiscatin  du pouvoir (Algérie) ou au musellement de l’opposition (Egypte) quand ce n’est, tout simplement, à la recherche, démocratique, d’un nouveau mandat.

C’est dire qu’au sommet des Etats africains, la logique de la conservation du pouvoir l’emporte encore sur la logique du développement. Le Burkina Faso sera-t-il l’hirondelle annonciatrice d’un nouveau printemps ? Encore trop tôt pour le dire. Mais, c’est certain, 2016 devrait voir encore plus de pression de la part d’une jeunesse africaine déboussolée, en proie au chômage, aspirant à plus de démocratie et à plus d’équité dans la distribution des privilèges. L’Afrique nouvelle, démocratique et intégrée, est en marche.