imageCréé le 26 décembre 1945, le Franc CFA est une monnaie en usage dans 14 pays. Ses détracteurs lui reprochent son lien fixe avec l’euro quand ses partisans louent l’outil de convergence qu’il représente.

70 ans après sa création, l’ex Franc des Colonies d’Afrique suscite toujours autant de passions. Pour résumer, nous dirons que deux visions se combattent: celle de Kako Nabukpo, ex-ministre togolais de la Prospective et celle de Zionel Zinsou, actuel premier ministre du Bénin.

 

Au delà du mur des lamentations

 

Sur le Franc CFA, il y a eu lors du Forum Civil de Libreville, du 9 au 11 octobre 2015, une revue générale des griefs portés contre une monnaie pour le moins impopulaire. Certains y voient la françafrique. D’autres estiment qu’il s’agit d’une garantie infaillible contre le risque de change qui permet aux entreprises françaises de transférer facilement l’argent gagné sur le continent.

 

13 000 milliards de FCFA de réserves

 

Mais, au delà de l’habituel mur des lamentations, peu de propositions concrètes ont été formulées. La plus saillante est à mettre dans le compte de l’ancien ministre togolais, Koko Nabupko, devenu de fait le porte- voix de tous ceux qui estiment qu’un débat est nécessaire sur l’ex Franc des colonies. «Nos réserves détenues dans le compte du Trésor français s’élèvent à 13 000 milliards FCFA. Rien ne nous empêche d’en rapatrier une bonne partie pour l’investissement», explique le professeur s’appuyant sur une déclaration de François Hollande lors du sommet de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) tenu début 2015 à Dakar.

 

Pour rappel, les mécanismes de la parité ffixe entre le FCFA et l’euro stipulent que les pays africains doivent couvrir leurs engagements à 20%. Or, ces engagements dépassent désormais 90%!

 

L’actuel locataire de l’Elysée avait alors soutenu que les chefs d’Etat africains pouvaient utiliser les rèserves excédentaires pour financer le développement de leurs pays. D’où, poursuit M. Nabupko, la servitude volontaire des dirigeants africains vis-à-vis d’une monnaie qui trouverait tout son sens si au moins elle servait de stimulant pour des échanges entre pays membres qui ne dépassent pas 15% là où les pays de l’Union Européenne culminent à plus  de 70%.

Pour rappel, les mécanismes de la parité fixe entre le FCFA et l’euro stipulent que les pays africains doivent couvrir leurs engagements à 20%. Or, ces engagements dépassent désormais 90%!

 

 

L’exception Lionel Zinsou

 

 

Le débat sur le Franc CFA est un sujet permanent en Afrique. Rare sont ceux comme Lionel Zinsou, économiste et premier ministre du Bénin, qui prennent à contrepied l’idée selon laquelle la monnaie que le Général De Gaulle a imposé aux colonies françaises est un frein au développement. «C’est un débat que j’ai souvent, notamment avec les jeunes, avec les intellectuels aussi qui pensent que nous n’avons pas d’indépendance monétaire. Moi, je pense que nous avons une indépendance monétaire. Nous avons une devise, le franc CFA qui est un vecteur de stabilité et en plus c’est une devise forte. On a besoin de devise forte pour nos importations. Cette devise n’a jamais empêché la croissance de la zone franc qui est la même que celle du reste de l’Afrique», déclarait-il à Gabon Review en août 2015 lors du New York Forum Africa.

 

De la responsabilité historique des leaders africains

 

En dépit de leurs positions à priori divergentes, Lionel Zinsou et Kako Nabupko se rejoignent quand ils parlent de la responsabilité historique des leaders africains. «En longue période, il n’y a jamais eu de différends  parce qu’elle (la monnaie FCFA) n’a jamais été un handicap de croissance, un handicap de compétitivité et par ailleurs, c’est bien les chefs d’Etat et de gouvernements qui, avec les gouverneurs de banques centrales, fixent ce qui compte dans les politiques monétaires, c’est-à-dire, les politiques réglementaires, tout ce qui concerne la réglementation, la surveillance des intermédiaires ffinanciers, des banques, qui fixent  les taux d’intérêts et tous les attributs de la politique monétaire».

 

Banques Centrales, le paramètre muet ?

Or, l’un des constats qui revient souvent dans le débat est la question du rôle des banques centrales dont les taux directeurs, visiblement déconnectés des taux pratiqués par le système bancaire, n’ont en définitive aucune incidence sur l’économie réelle. Réduire le débat du CFA à la seule parité fixe  élude des questions fondamentales comme la mission de la banque centrale, centralisée sur la lutte contre l’inflation, l’incidence des politiques économiques sur l’économie et les nombreuses barrières non tarifaires qui faussent la réalité des unions économique, monétaire et douanière qui régissent les pays de l’UEMOA entre eux.

Pour Zinsou, la parité fixe n’est pas un abandon de souveraineté: «La parité ffixe n’est en rien un abandon de souveraineté monétaire. Dès qu’on deviendrait complètement une monnaie déliée d’un accord avec la France ou l’Europe, on aurait plus qu’un souci, c’est de mobiliser des moyens considérables pour rester à un taux ffixe  de façon à créer le moins de volatilité possible».

 

Lionel Zinsou: «Demandez au gouverneur de la Banques des Etats de l’Afrique centrale, au gouverneur de la Banque centrales des Etats de l’Afrique de l’ouest. C’est eux qui gèrent les devises de notre pays. Le compte des opérations de trésor est un fantasme. Il y a 50 ans, il y a eu de grandes réformes, le trésor français gérait les avoirs en devises des pays de la zone franc. Ce n’est plus le cas. Le Gabon comme mon pays le Bénin sont libres de gérer leurs devises.»

 

 

Et M. Zinsou d’attaquer de front la question, délicate, du compte d’opérations. «Ce n’est pas parce qu’il y a un compte d’opération au trésor français que ce n’est pas la banque centrale, aussi bien en zone BCEAO que BEAC, qui gérerait ces avoirs. C’est bien les banques centrales. Tout d’un coup, on se réveille quand il y a scandale : la BEAC a passé des contrats dans un scandale majeur avec la Société générale qui lui a vendu des produits toxiques. Ça veut dire que c’est bien la BEAC qui décide de ces allocations d’actifs. Mais notre jeunesse continue à croire que c’est l’un des derniers chainons du colonialisme comme si nous n’avions pas la gestion de nos avoirs, la gestion de nos taux d’intérêts, de nos lois et réglementations en matière monétaires. L’intérêt ce n’est pas cela du tout. L’intérêt c’est de rapprocher le franc CFA des zones de relativité moindres, des monnaies indépendantes du Nigéria, du Ghana, de la République démocratique du Congo. C’est ça l’important.»

Un jour, poursuit l’ancien patron de PAI Partenrs, on va faire un serpent monétaire et ce sera la première étape de la monnaie africaine avec laquelle on essaiera de limiter les marges de manœuvre des autres monnaies autour du franc CFA qui est une monnaie de plus grande stabilité, en essayant de faire qu’on ne monte pas ou ne descende pas de plus 10% autour de ces monnaies centrales. «Faire un serpent monétaire africain, oui. On aura les bénéfices du francs CFA tout en gardant des monnaies différentes parce que nous avons quand même des économies différentes. Nous n’avons aucun problème de souveraineté monétaire. Elle est complètement exercée. En revanche, ce n’est pas la perception des opinions publiques. Donc, il y a un grand problème politique, un grand problème de communication sur ces questions monétaires. En général, quand je dis ça, les étudiants qui avaient commencé à m’écouter avec pondération sont debout sur les tables, très fâchés parce que c’est un sujet, en réalité, très symbolique. Posez cette question à un magicien, il ne faut pas la poser à un économiste».

En définitive, M. Zinsou attribue la responsabilité de la gestion des avoirs logès dans le Trèsor français à la banque centrale.«Demandez au gouverneur de la Banques des Etats de l’Afrique centrale, au gouverneur de la Banque centrales des Etats de l’Afrique de l’ouest. C’est eux qui gèrent les devises de notre pays. Le compte des opérations de trésor est un fantasme. Il y a 50 ans, il y a eu de grandes réformes, le trésor français gérait les avoirs en devises des pays de la zone franc. Ce n’est plus le cas. Le Gabon comme mon pays le Bénin sont libres de gérer leurs devises.»

 

Bref, cette vision économiste du FCFA, monnaie convertible et jouissant d’une forte stabilité, est à opposer à la monnaie de la RDC qui peut évaluer de plus ou de moins de 25% dans les deux prochaines années. «Quant vous savez que votre monnaie sera stable, vous avez un facteur qui facilite la croissance, l’investissement et les échanges».

Reste à savoir si la zone CFA profite réellement de la stabilité de sa monnaie (somme toute relative quand on se rappelle de la dévaluation soudaine de 1994). Avec moins de 15% des échanges et une forte restriction des ffou monétaires entre les deux sous-zones (à opposer au caractère illimité des fflux de l’UEMOA et de la CEMAC avec la France), il y a encore beaucoup de changements à apporter à une monnaie dont l’appellation, à elle seule, revêt une charge symbolique à connotation négative, qui semble blesser l’orgueil et la fierté des émotifs africains que nous sommes.