Par Nephthali Messanh Ledy, Lomé/

 

En novembre 2015, Orabank Bénin a fusionné avec la succursale BRS Bénin, par apport partiel d’actifs. Même opération entre Orabank Togo et la succursale BRS Togo, où les agences devront changer de dénomination ce mois, selon une source interne

 

imagePeu d’observateurs avaient  cru à l’essor de ce groupe bancaire panafricain atypique. Aujourd’hui, les chiffres, ces inflexibles oracles de la grande finance, disent le contraire.

En effet, aux côtés des géants bancaires africains de la banque, vient s’affirmer un autre groupe dont le passé, fait surtout d’acquisitions, dit long sur le futur. Il s’agit d’Orabank, enseigne issue de créations et d’acquisitions de banques.
De la modeste  Financial Bank Bénin en 1988 à la  holding d’aujourd’hui, bien implantée en Afrique occidentale et centrale, Orabank aura parcouru du chemin sous la houlette d’ un certain Patrick Mestrallet, l’un des derniers «spécialistes d’Afrique», cette catégorie de banquiers en voie de disparition qui savent que seul un bon flair peut compenser l’absence des bureaux de crèdit.

Quatre ans plus tard, avec le lancement de Financial Bank Tchad, l’Afrique centrale est à la portée d’Orabank.

 

Acquisitions…puis digestion 

Mais Orabank, cette machine, c’est surtout des rachats tous azimuts. En effet, la banque va mener, dans les années 2000, une série d’acquisitions sur tous les fronts : IBC Gabon en 2002, SNI Togo en 2003, UIBG (Guinée) en 2005. Même en Mauritanie (zone hors Uemoa), l’ex-Financial Bank avait acquis une part minoritaire de la BACIM, en 2009. « Cette étape marqua notre envie de faire de la banque, une institution panafricaine », se réjouit un administrateur du groupe.
Tout changera en 2009 lorsque Financial BC SA sera repris à 100% par le capital-investisseur panafricain ECP (Emerging Capital Partners). Un rachat après lequel, Financial Bank va officiellement changer de dénomination, en juin 2011, choisissant Orabank (définitivement retenue à la mi-mai 2011 lors d’un Conseil d’administration) comme nouvelle dénomination sociale.

 

... ECP apporte un second souffle 

La banque va ainsi ouvrir une nouvelle page de son histoire, avec une nouvelle série d’acquisitions. En 2012, Orabank remporte l’appel d’offres de l’État togolais pour la privatisation de la Banque togolaise pour le développement (BTD), un des quatre établissements publics (avec l’UTB, la BTCI et BIA-Togo) mis sur le marché de la privatisation.
Contrôlé donc par ECP, Oragroup dont le siège est à Lomé, va miser 20 milliards de F CFA sans aucune garantie de passif, devançant notamment ses concurrents, les géants Ecobank Attijariwafa.
Après l’acquisition de la BTD, Oragroup Holding rachète un an plus tard, la Banque régionale de solidarité (BRS), suite à un appel à concurrence lancé en 2012 consécutivement aux difficultés financières traversées par l’institution ouest-africaine, lesquelles difficultés ont amené la Commission bancaire de l’Union économique et monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), à demander sa recapitalisation.
Conséquence, les agences BRS – Côte d’Ivoire, Sénégal, Burkina, Mali, Guinée Bissau et Niger – rejoignent la famille Orabank.
En novembre 2015, Orabank Bénin a fusionné avec la succursale BRS Bénin, par apport partiel d’actifs. Même opération entre Orabank Togo et la succursale BRS Togo, où les agences devront changer de dénomination ce mois, selon une source interne.
Une acquisition qui a propulsé le groupe, au rang de principal établissement d’Afrique de l’Ouest francophone en termes d’implantations, aux côtés d’Ecobank Transnational Incorporated, doublant ainsi le nombre de ses filiales en Afrique, et sCôte d’Ivoire et au Sénégal, deux principaux marchés de l’UEMOA.
Résultat : Orabank a été élu meilleure banque régionale d’Afrique de l’Ouest en 2015, à la 9ème édition des trophées du magazine African Banker, en marge des assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) .

 

 

Vision et stratégie

Notons que la banque a fini par atteindre son objectif de recapitalisation: en deux ans, plusieurs levées de fonds ont été nécessaires pour que toutes les succursales respectent les réglementations locales. Un premier emprunt obligataire du groupe de 15 Mds sur 6 ans, sursouscrit à hauteur de 143%, aura été d’une grande utilité.
Toutefois, outre l’investiusseur ECP (qui détient aujourd’hui plus de 60 % du capital), plusieurs acteurs privés se sont joints au tour de table. On cite, entre autres, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), Proparco, la Société belge d’investissement pour les pays en développement (BIO), le Fonds d’Investissements allemand DEG et le Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques (FGIS).
Bien que de taille modeste, le groupe continue tout de même à croître, avec un total bilan de 1.239.047 millions de FCFA, soit près de 2 milliards d’euros, et un PNB de 81 484 millions de FCFA, soit 124,2 Millions d’Euros, au 31 décembre 2014.
A la même période, son résultat net s’est établi à 7 193 millions de FCFA, soit près de 11 millions d’euros.

 

«Nous sommes aujourd’hui déjà présents dans quatre zones monétaires (…). Je ne souhaite pas que nous allions dans une nouvelle zone monétaire, parce que, si nous voulons développer notre groupe bancaire, il faut que nous puissions multiplier les synergies entre nos filiales »

« Nous sommes aujourd’hui déjà présents dans quatre zones monétaires (…). Je ne souhaite pas que nous allions dans une nouvelle zone monétaire, parce que, si nous voulons développer notre groupe bancaire, il faut que nous puissions multiplier les synergies entre nos filiales », a rappelé son Directeur Général, dont l’équipe a été rejointe en Août dernier par Binta Touré Ndoye, jusque là une des pièces motrices d’Ecobank, en qualité de Directeur général adjoint. «Notre ambition, c’est de bâtir un groupe bancaire de premier plan qui participe au financement durable d’une Afrique émergente : assurer le développement d’opportunités d’affaires dans nos marchés existants, continuer d’optimiser les synergies entre nos filiales, consolider notre orientation vers un service à la clientèle d’excellence, poursuivre le modèle stratégique de diversification géographique du groupe et étudier les opportunités de croissance externe en zone CEMAC ».
Et le directeur général d’ajouter : « (…) Si nous devons nous étendre géographiquement, ce sera dans une zone où nous sommes déjà présents. Nous regardons attentivement les opportunités au Cameroun et au Congo ».

 

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