image«Faire du commerce un allié dans la campagne contre les changements climatiques »

Dans quelques semaines, les dirigeants politiques du monde entier auront la possibilité d’ouvrir une ère nouvelle dans la coopération multilatérale sur les changements climatiques. La Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques qui a lieu à Paris marque le début de cette nouvelle ère, mais ce n’est que le début. Créer un élan pour combattre les changements climatiques est un défi commun pour nous tous – aux niveaux individuel et institutionnel. La communauté internationale au sens large, y compris l’OMC, a un rôle à jouer.

Bien entendu, les difficultés ne manqueront pas. Comme la plupart des activités économiques, le commerce est souvent lié aux émissions de carbone, mais le monde ne peut pas arrêter de faire du commerce – en particulier parce que le commerce est essentiel pour atteindre de nombreux autres objectifs communs. Le commerce peut contribuer à rendre la production plus efficiente, il peut permettre d’améliorer la sécurité alimentaire et, surtout, il s’est avéré être l’un des meilleurs instruments de lutte contre la pauvreté. Le commerce a joué un rôle clé en nous aidant à atteindre l’Objectif du Millénaire pour le développement qui consiste à réduire de moitié l’extrême pauvreté – et c’est un élément présent dans bon nombre des nouveaux Objectifs de Développement Durable convenus à l’ONU en septembre. Ces travaux vont donc se poursuivre.

Le défi n’est donc pas de cesser de commercer, mais de faire en sorte que le commerce soit un allié dans la lutte contre les changements climatiques. Nous devons créer un cercle vertueux des politiques commerciales et environnementales, qui permette de promouvoir la production et la consommation durables tout en favorisant la croissance et le développement. L’histoire récente montre que cela est possible.

Il y a à peine plus de 20 ans que la Conventioncadre des Nations Unies sur les changements climatiques a été signée, en 1992 – et cela fait exactement 20 ans que l’OMC a été créée. Depuis, le monde a assisté à une profonde transformation du débat sur le thème commerce et environnement – et à une certaine convergence entre les deux. Les courants d’échanges internationaux ont enregistré une augmentation spectaculaire au cours de cette période, l’économie verte a été intégrée dans les modèles économiques et l’investissement dans les énergies renouvelables a été placé au centre des préoccupations. Les normes et les règlements techniques, qui sont vitaux pour le fonctionnement des marchés et du commerce, ont suivi la même évolution avec des prescriptions environnementales plus strictes.

Donc, comment faire en sorte que la politique commerciale joue pleinement son rôle dans le futur? La question s’inscrit dans un débat plus vaste – mais deux éléments de départ viennent spontanément à l’esprit. Premièrement, nous devons améliorer la diffusion des technologies, des marchandises et des services respectueux de l’environnement qui favorisent la transition vers une économie sobre en carbone ainsi que l’accès à ceuxci. Dans certains pays, les droits d’importation visant des produits comme les chauffeeau solaires s’élèvent à plus de 20%, et ceux qui visent les éoliennes à plus de 15%, soit beaucoup plus que le droit moyen qui est de 9%. Rendre les biens et les services environnementaux moins chers et plus accessibles aiderait les pays à abandonner des technologies dépassées et à se tourner rapidement vers l’application de solutions de rechange respectueuses de l’environnement. Un groupe de Membres de l’OMC, qui représente la majorité des échanges mondiaux de biens environnementaux, négocie actuellement un accord sur les biens environnementaux pour régler précisément cette question. Ces Membres s’efforcent de réduire leurs obstacles au commerce pour un certain nombre de produits environnementaux importants. Un succès à cet égard contribuerait à la diffusion de technologies de pointe, comme celles qui ont été identifiées par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, à un coût beaucoup plus bas, tout en stimulant également l’innovation et en renforçant l’économie verte dans le monde entier. De plus, même si ces réductions tarifaires sont mises en avant par un groupe de Membres de l’OMC, ce sont tous les Membres de l’Organisation qui en bénéficieraient.

Deuxièmement, nous pouvons renforcer l’efficacité du commerce en général. Comme je l’ai indiqué précédemment, le commerce est souvent lié aux émissions de carbone – en particulier en raison du transport international. Ainsi, même s’il est important de garder à l’esprit que 80% des volumes d’échanges utilisent le transport maritime qui est le mode de transport dont le niveau d’émissions est le plus bas, une amélioration est clairement possible. L’Organisation maritime internationale et l’Organisation de l’aviation civile internationale cherchent à trouver une solution mondiale aux émissions des secteurs maritime et aérien – et nous devrions appuyer ces efforts. Nous pouvons également modifier le cours des choses en rendant plus efficaces les procédures et les processus commerciaux. En simplifiant les formalités douanières, par exemple, nous pouvons réduire certaines émissions imputables aux transports et réduire l’énergie nécessaire pour garder au frais les produits périssables lorsqu’ils sont en attente à la frontière. C’est justement ce que l’Accord de l’OMC sur la facilitation des échanges permettra de faire. Il contribuera également à la croissance des entreprises – y compris les entreprises vertes – en réduisant les coûts du commerce de plus de 14% en moyenne, et plus pour les pays les plus pauvres. Chaque bien environnemental est associé à une chaîne de valeur dense englobant d’autres fournisseurs de biens et de services. Une éolienne, par exemple, est constituée de plus de 8 000 pièces. Réduire le temps nécessaire pour le transport transfrontières de ces pièces diminuerait les coûts et contribuerait à rendre plus accessibles les technologies respectueuses de l’environnement. J’espère que les entreprises vertes saisiront cette occasion.

Il ne fait aucun doute que le commerce pourrait jouer un rôle dans de nombreux autres domaines, notamment soutenir les nouvelles initiatives et idées promues dans la communauté internationale. L’appel lancé par la Banque mondiale et le FMI pour la fixation du prix du carbone est un exemple des questions complexes qui méritent un examen plus approfondi.

La communauté internationale est confrontée à un défi historique. Nous devons faire en sorte que les programmes d’action dans les domaines du commerce, du développement et de l’environnement se complètent. J’ai bon espoir que nous relèverons ce défi.