Par Siré Sy*|

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Sur invitation des cabinets Neologik et Isys Evolution, j’ai été en Ile Maurice pour animer,  le 10 Novembre 2015, un MasterClass sur le thème: ‘’IDE mauriciens en Afrique de l’Ouest et du Centre: créer des Biens, tisser des Liens’’, devant un public de Décideurs et de Dirigeants mauriciens.
J’ai dit aux Mauriciens que si leur premier ‘’miracle économique’’ s’est réalisé davantage en partenariat avec les pays de l’Asie du Sud-est, leur ‘’second miracle économique’’ se fera avec les économies d’Afrique de l’Ouest et du Centre qui seront de véritables relais de croissance d’une économie mauricienne à bout de souffle et dont le cap stratégique et le business model sont à réinventés.
J’ai informé les investisseurs et dirigeants mauriciens que si par le passé, il y a dix ans (en 2000), des initiatives des sociétés mauriciennes, comme celles du Groupe Rogers et de zla Compagnie Mauricienne de Textile, n’ont pas connu les résultats escomptés en Afrique de l’Ouest et du Centre, la situation globale actuellement (en 2015) dans ces deux zones économiques a complètement changé en termes d’environnement attractif des affaires, de sécurité juridique, de souplesse des lois du travail et de cadre fiscal très incitatif.

Et, cerise sur le gâteau, la CEDEAO (Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest) avec ses  15 pays  est la zone la plus intégrée du continent (libre circulation des biens et des personnes, harmonisation fiscale, douanière et tarifaire, infrastructures régionales structurantes), et la CEMAC la zone la plus riche en termes de dotations factorielles (ressources minéralières).
J’étais à Maurice pour annoncer à ce pays  qu’il a l’opportunité de  jouer sur deux registres en Afrique de l’Ouest et du Centre. D’abord en y investissant directement dans une optique de complémentarité d’une chaine de valeurs en apportant aux entreprises et économies d’Afrique de l’Ouest et du Centre, ce qu’elles n’ont pas; notamment cette expertise de pointe et le transfert de technologie dans trois secteurs qui rentrent parfaitement dans les chaines de métiers mondiaux dont Maurice est particulièrement réputé: services financiers, technologie et démarche Qualité (la labelisation).
Ensuite, pour des raisons évidentes, de ne pas aller dans ces Afriques de l’autre côté (surtout francophone) sur le même business model que la Chine ou le Maroc, en ne privilégiant que la conquête des territoires et des parts de marché. En plus de créer des Biens, pensez aussi à tisser des Liens. Surtout que l’Ile Maurice qui parle à la fois créole, anglais et français, trouvera du répondant dans cette Afrique de l’Ouest à la fois francophone, anglophone et créole.
J’ai aussi invité les  mauriciens de descendre un peu de leur piédestal en termes de perception et d’imaginaire s’ils veulent faire du business dans cette ‘’autre partie des Afriques’’, quand d’autres sont encore à ne considérer que les images des reportages misérabilistes des médias occidentaux sur les Afriques.
Je les  ai également eexhorté d’avoir  une vision ciblée en termes de zones géographiques dans leur stratégie de pénétration des marchés et, ensuite, de se focaliser sur des secteurs très précis dont ils seront imbattables ou du moins incontournables. Cela, au lieu de vouloir être partout, donc nulle part, ou de jouer les seconds rôles.
Au niveau du Management de la Très Haute Performance, j’ai chuchoté à l’oreille du ministre des Affaires et des Entreprises,  Sunil Bholah, que l’Ile Maurice qui a une forte population d’origine indienne gagnerait à travailler pour devenir le «passage obligé», une sorte d’intermédiaire, de bassin et de prestataire, pour les capitaux indiens vers l’Afrique de l’Ouest et du Centre, surtout dans un contexte où la Chine l’a enjambé en allant directement d’elle-même vers les Afriques.

J’ai notamment dit aux mauriciens qu’investir en Afrique de l’Ouest et du Centre requiert des préalables et qu’on n y entre pas en ordre dispersé. Car, ce que le FMI et la BM qualifient de «miracle économique pour Maurice» n’est rien d’autre que le résultat d’un travail de réflexion que l’Ile  a su mener en considérant ses corps de métier dans une double perspective de chaine de valeurs et de division mondiale du travail.

L’île Maurice est déjà trop étroite par rapport aux moyens qu’il s’est donné pour grandir et il ne convient pas de limiter les ambitions mauriciennes à certains secteurs en particulier. Mais  il ne faut pas non plus que les entreprises ignorent la nécessité de faire un saut qualitatif lorsqu’elles engagent leurs réflexions sur l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Sur un autre registre, une mission sénégalaise a séjourné il y a quelques mois à Maurice pour justement relancer le Traité Dakar-Port-Louis signé depuis 2002, du fait que le potentiel de ce traité n’a pas encore été décliné en actes d’investissements conséquents depuis.

Toutefois, à la lumière des informations que j’ai recueillies là-bas, l’offre d’investissements sénégalais n’a pas véritablement convaincu la partie mauricienne qui s’est retrouvée avec des propositions bien plus élaborées d’autres prétendants comme le Ghana, Madagascar, la Zambie. Il va falloir pour le Sénégal, revoir son offre tout en apprenant à parler à la partie mauricienne, pour présenter ses atouts qui sont pourtant très intéressants.


 

*Siré Sy est CEO Africa WorldWide Group