Non seulement le changement climatique empêche déjà une partie de l’humanité d’échapper à la pauvreté, mais plus de 100 millions de personnes pourraient tomber sous le seuil de pauvreté à l’horizon 2030 en Afrique et en Asie du Sud, si rien n’est fait pour réduire l’empreinte de l’homme sur l’environnement. C’est la principale conclusion du rapport « Shock Waves : Managing the Impacts of Climate Change on Povert » rendu public ce 8 novembre par le Groupe de la Banque mondiale. Présenté à quelques semaines de la COP 21, le rapport vient démontrer la forte corrélation entre changement climatique et réduction de la pauvreté. 

L’Institution rappelle que l’incidence du changement climatique est perceptible à divers niveaux : mauvaises récoltes dues à la diminution de la pluviosité, flambées des prix alimentaires provoquées par des phénomènes météorologiques extrêmes, accroissement de l’incidence des maladies sous l’effet de vagues de chaleur et d’inondations avec un effet négatif sur la productivité des ressources humaines. Et, poursuit-t-elle, les populations les plus pauvres sont celles qui vont en payer le plus lourd tribut, ce qui risque de réduire à néant les progrès accomplis et aggraver le phénomène de pauvreté. Ces derniers, en effet, perdent une grande partie de leur patrimoine quand ils sont frappés par ces fléaux, explique le rapport. Dans 52 pays étudiés, 85 % de la population vit dans des pays où les défavorisés sont plus exposés que la moyenne aux sécheresses par exemple.

Menaces sur l’agriculture

Les études de modélisation effectuées par les auteurs montrent que le changement climatique pourrait réduire, à l’échelle mondiale, les rendements de culture dans une proportion pouvant aller jusqu’à 5 % en 2030 et 30 % en 2080. Et dans le cas particulier de l’Afrique, le changement climatique pourrait entraîner une hausse des prix des denrées alimentaires pouvant aller jusqu’à 12 % en 2030 et 70 % à l’horizon 2080 – un coup très dur pour les pays où la consommation alimentaire des ménages les plus pauvres représente plus de 60 % des dépenses totales, souligne le rapport.

Que faire ?

« Nous avons la possibilité d’atteindre nos objectifs de réduction de la pauvreté face au changement climatique, mais à condition de faire dès maintenant des choix judicieux en matière de politiques publiques » fait remarqué Stephane Hallegatte, économiste senior à la Banque mondiale, qui a dirigé l’équipe à l’origine du rapport.

Aussi y plaide-t-on en faveur d’actions – renforcement des systèmes de protection sociale, couverture santé universelle, etc. – capables d’accroître la résilience des populations pauvres, parallèlement à la mise en œuvre de mesures spécifiques comme le renforcement des dispositifs de protection contre les crues, systèmes d’alerte rapide, cultures résistantes aux aléas climatiques, etc.

Le Groupe de la Banque mondiale insiste sur le soutien de la communauté internationale, qui reste essentiel à la mise en œuvre d’un grand nombre de ces mesures, surtout en ce qui concerne les investissements présentant des coûts initiaux élevés – transports urbains ou infrastructures énergétiques résilientes, par exemple – auxquels il faut absolument procéder pour éviter de s’enfermer dans des scénarios à forte intensité en carbone.

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