Envoyé spécial à Libreville 


 

 

«Bienvenu au premier forum citoyen du Gabon», lance Laurent Joffrin, le 9 octobre 2015, à l’ouverture d’une conférence qui a réuni plusieurs leaders de la scène politique et de la société civile gabonaises ainsi que des participants venus des quatre coins d’Afrique et de France.

Le premier panel portait sur la démocratie. Il aura fallu toute la détermination de Laurent Joffrin et de son confrère Eric Ndiyu de Vox Africa pour éviter que le débat, chaud par moment, ne se transforme en meeting électoral.

Premier à prendre la parole, Alain Claude Billy Bi Nzé, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, campe le décor. Pour le haut émissaire du gouvernement, l’enjeu de la démocratie suppose «un égal accès à l’éducation, à la santé, à l’information, à l’emploi et à la dignité».

L’un de ses vis-à-vis et contradicteurs, Marc Ona Essangui, mondialement célèbre pour ses joutes contre le pouvoir dans son pays, réplique: «On ne peut pas parler de démocratie si le citoyen n’a pas son mot à dire». Ses supporters, nombreux dans la salle, exultent. Le prix Goldman 2009, également secrétaire exécutif de l’ONG Brainforest, poursuit sur sa lancée, estimant que tant que le citoyen n’est pas au centre du débat, il n’y aura pas de démocratie. «Il faut que nous ayons dans ce pays le sens de la démocratie qui veut dire alternance».
Laurent Joffrin intervient et rappelle que la conférence ne doit pas, selon ses termes, se transformer en meeting.

Un autre intervenant, lui aussi membre de la société civile, abonde dans le sens de Marc Ona Essangui.«La priorité des priorités au Gabon et en Afrique de façon générale consiste à restaurer la souveraineté. C’est le citoyen qui doit exercer cette souveraineté», martèle Georges M’Paga, Président du réseau des organisations libres de la société civile pour la bonne gouvernance au Gabon. Même réaction enthousiaste de la salle.

A la suite de ces deux intervenants, le ministre de la communication reprend la parole et s’étonne de la «drôle de dictature» dans un pays comme le Gabon où un ministre de la république vient débattre avec deux contradicteurs, opposants déguisés en société civile. «Le processus électoral au Gabon a évolué. Nous avons une loi électorale qui permet à tous les partis d’être représentés dans les bureaux de vote», poursuit le ministre usant de son habileté dans la répartie pour, à plusieurs reprises, emporter l’adhésion du public.

Pour M. M’Paga, l’élection présidentielle de 2016 est cruciale. «Il ne peut avoir de démocratie sans alternance». Les institutions qui concourent à l’organisation de ces élections ne sont pas crédibles aux yeux de l’activiste de la société civile. S’ensuit plusieurs passes d’armes entre le ministre et Marc Ona Essangui: «Je suis société civile, oui. Mais je suis opposant. La différence entre vous et moi c’est que moi, je n’ai pas changé de veste».
En définitive, la vigueur de ces échanges, entièrement libres, donnent le reflet du niveau de liberté d’expression dans un pays qui, argue le ministre, ne compte aucun journaliste emprisonné pour ses écrits et aucun prisonnier politique. Reste à vaincre cette méfiance réciproque entre l’opposition et le pouvoir. «Il n’y a pas de démocratie sans confiance, sans respect des institutions» dira le ministre en réponse aux deux membres de la société civile, restés arc-boutés sur leur position de principe, à savoir qu’ il ne saurait avoir de démocratie sans alternance.

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