Dans quatre ans, le port d’Abidjan va présenter de nouveaux atouts pour revigorer sa compétitivité et pourra accueillir les plus gros navires qui bordent les côtes africaines grâce aux travaux d’élargissement et d’approfondissement du canal de Vridi, sa porte d’entrée, et surtout la construction de son deuxième terminal à conteneurs.

La firme chinoise CHEC (China Harbour and Engineering Company) a lancé ce mardi les travaux d’un coût global de 560 milliards de francs CFA obtenus grâce à un prêt de l’Eximbank of China. La plateforme portuaire d’Abidjan va ainsi combler le gap d’investissement cumulé ces dernières années et relever ses capacités de traitement des marchandises.

Limites

Achevé à l’époque coloniale, en 1950 après sept ans de travaux, le canal de Vridi a permis de relier la lagune Ebrié, qui ceint la capitale économique ivoirienne, à la mer permettant ainsi de bâtir l’infrastructure portuaire dans l’optique d’acheminer les importantes productions agricoles du pays vers la métropole.

Avec aujourd’hui 90% des échanges commerciaux de la Côte d‘Ivoire et 85% de ses recettes douanières, le port d’Abidjan, considéré à juste titre comme « le poumon économique » du pays, est un acteur majeur des activités maritimes sur le continent avec 11,2 millions de tonnes de marchandises échangées en 2014. Revers de ce dynamisme, associé à une quasi absence d’investissements entre 2002 et 2010 (en raison de la crise qu’a traversée le pays), les infrastructures ne répondent plus aux exigences de célérité et d’efficacité des armateurs.

La passe d’entrée du canal, porte d’entrée du port, avec ses 150 m de large, relativement peu profonde et menacée d’ensablement, ne permet pas en effet d’accueillir les grands navires de plus de 260 mètres de long et 11,50 m de tirant d’eau (partie immergée des navires). Et le rythme des activités impose quotidiennement 10 heures d’attente en moyenne aux navires avant d’accéder au port. Un désavantage dans la course au trafic, notamment du transbordement, alors qu’Abidjan se veut être le principalement port d’éclatement de marchandises de la côte africaine.

En outre, soutient Hien Sié, le directeur, le port d’Abidjan s’achemine inexorablement vers la saturation de l’unique Terminal à conteneurs construit en 2004. Opéré par le français Bolloré, l’infrastructure traite 650 000 TEU annuellement et, selon les projections, devrait atteindre sa limite dans cinq ans avec 1,2 millions de TEU*. A cela s’ajoute un coût de manutention jugé peu compétitif par les opérateurs.

Compétitivité

L’enjeu est de faire d’Abidjan la plateforme portuaire la plus compétitive de la côte africaine de l’Atlantique. La firme chinoise va engager simultanément les deux chantiers.

Le chantier de l’élargissement et d’approfondissement du canal de Vridi va coûter 151 milliards de francs CFA et durer 36 mois. La passe d’entrée du canal devra alors être élargie de 80%, de 150 à 270 mètres, et subir entre -20,5 et -18 mètres de dragage.

Le second terminal à conteneur va enregistrer quant à lui le gros des investissements. Les 409 milliards de francs CFA de travaux vont permettre la construction de 1 250 m de linéaire de quai avec une profondeur de 18 m et la création de 37,5 hectares de terrain par remblaiement, le tout pour une durée de quatre ans, soit une année avant la saturation annoncée de l’actuel terminal.

A terme, Abidjan va présenter de nouveaux atouts pour attirer les grands opérateurs maritimes intervenant sur le continent. Premiers résultats attendus, l’accès libre, sans délai d’attente, de l’espace portuaire qui sera alors ouverts aux plus grands navires et porte-conteneurs, allant jusqu’à 350 m de long et 16 m de tirant de d’eau, le pays étant devenu entre-temps le port le plus profond de la sous-région ouest africaine. Avec en prime le triplement des capacités de manutention de conteneurs (de 1,2 million à 3,7 millions de TEU) et de transbordement (de 700 mille à 2 millions de TEU). Par ailleurs, la mise en concurrence des concessionnaires devraient tirer à la baisse les coûts de prestation, la plus grande des attentes.

Ambition chinoise ?

L’activisme chinois au port d’Abidjan va-t-il se limiter à la construction des ouvrages ? Le groupe chinoise CHEC, dont le président Lin Chong a fait le déplacement d’Abidjan, fait partie du consortium constitué des groupes français CMA CGM et Bolloré qui a remporté le mois dernier la concession du nouveau port en eau profonde de Kribi, au Cameroun. Et l’ambassadeur de Chine en Côte d’Ivoire Tang Weibin a bien concédé que des « discussions » sont cours avec les autorités portuaires, sans autre précision.

Les négociations sur la concession du second terminal de l’une des économies les plus dynamiques du continent pourraient donc enregistrer un acteur peu habituel des eaux ivoiriennes venu … d’Orient.

* TEU ou EVP, équivalent vingt pieds, unité permettant de mesurer la quantité de conteneurs : 1 conteneur de 20 pieds vaut 1 TEU et un conteneur de 40 pieds en vaut 2.

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