A l’initiative du CIAN, (organisation patronale qui représente 80% de l’activité économique française en Afrique avec 7 000 établissements et 60 milliards d’euros de revenus), le programme RH-Excellence Afrique ambitionne de mobiliser les entreprises du continent autour de la question cruciale de la formation professionnelle et de l’employabilité des jeunes « la première matière première du continent » soutient Etienne Giros.

 

Par ailleurs le président délégué du CIAN (Conseil français des investisseurs en Afrique), dans cet entretien accordé à Financial Afrik, jette un regard critique sur l’Afrique pour lequel il appelle à ne pas tomber «dans un afro-optimisme béat» au regard des défis à relever.


Financial Afrik: L’Afrique dispose de ressources naturelles abondantes et arrive progressivement à attirer davantage de capitaux pour les mettre en valeur. Finalement, le principal défis à relever pour le continent reste bien celui des ressources humaines


Mais si,  vous avez raison. La première matière première, si je puis parler ainsi, c’est la valeur humaine et l’homme en Afrique. C’est pour cela que le CIAN avec son programme « RH-Excellence Afrique » s’intéresse à la formation professionnelle pour améliorer et renforcer la qualité de la formation des jeunes et leur assurer l’employabilité et un travail à la sortie de des écoles. On ne peut pas continuer à avoir des jeunes non formés qui ont pour seul espoir de basculer soit dans l’informel soit dans la délinquance ou le désespoir. Et nous même,  entreprise, on ne peut pas non plus avoir en permanence à résoudre le problème de compétence de certains jeunes qui sortent du système éducatif, voilà pourquoi on s’y intéresse.

Et vous avez raison, c’est évidemment l’homme qu’il faut privilégier avant les matières premières parce que l’homme, lui, il peut s’enrichir, améliorer sa culture, créer une classe moyenne, ce qui est important, et il peut surtout créer des entreprises et de la richesse.


La difficulté de trouver des compétences se pose-t-elle de plus en plus pour les entreprises qui s’installent sur le continent ?  


 

 

Cela se ressent un peu comme avant, en nature. Mais en taille, de plus en plus, parce que comme il y a de la croissance en Afrique, les besoins deviennent de plus en plus importants et on a de plus en plus de mal à les remplir. Et être obligé de faire appel à des compétences extérieures dès qu’on a un problème technique à résoudre n’est pas une bonne solution. Il arrive même que dans l’entreprise l’on soit obligé de créer des centres de formation internes pour résoudre les problèmes de niveau de qualification (ce qui a un coût).


Et selon vous, quelles sont les faiblesses du système de formation en Afrique ?


 

Je crois que le système de formation en Afrique est trop marqué par une formation académique et théorique ; il n’est pas assez pratique. C’est peut-être un héritage de décennies d’intellectuels (je ne dis pas que c’est mal de faire de la formation théorique) mais il faut faire aussi de la formation pratique car au fond, dans une entreprise, qu’elle soit publique ou privée, ce qu’on demande aux personnes c’est de bien remplir leurs fonctions, de savoir faire marcher les machines et de raisonner correctement et pas uniquement de citer des philosophes ou faire des analyses historiques sur des siècles.

Je ne dis pas que tout cela est négligeable, au contraire, cela permet d’avoir une approche des problèmes qui est convenable mais il faut avoir une formation qui soit pratique et c’est peut-être l’aspect qui manque un tout petit peu (…) notamment pour des raisons financières parce que pour cela il faut des machines, il faut des bancs d’essai, il faut des ateliers de test etc.

 


D’où la question essentielle du dialogue entre acteurs de la formation et le monde de l’entreprise comme le préconise le programme RH-Excellence Afrique…


 

 

Il nous semble que la meilleure manière de résoudre ces questions est de mettre en dialogue les entreprises qui sont les employeurs potentiels des jeunes en formation et les centres de formation qui en sont les fournisseurs. C’est quand même incroyable de penser que ces deux mondes, celui de l’éducation et celui de l’entreprise, donc de l’économie, ne se parlent pas alors que cela devrait être le cas tout le temps. 

Les centres de formation auront à dire voilà ce que nous sommes capables de donner comme formation et nous, les entreprises, voilà ce dont nous avons besoin pour fonctionner et créer des emplois. Evidemment comme la volonté est des deux côtés, cela devrait marcher et ce qu’il faut c’est de créer les conditions pour que ce dialogue ait lieu et c’est que nous voulons faire avec RH-Excellence Afrique.

 


En votre qualité de premier responsable du CIAN, vous êtes un acteur majeur dans le milieu des affaires en Afrique, une région est en pleine effervescence avec une classe moyenne qui grandit et des taux de croissance en hausse. Quel est votre regard sur l’avenir de ce continent ?


 

Mon regard est totalement positif. Mais il ne faut pas tomber dans l’afro-optimisme béat, il faut être réaliste. Il est positif et il y a beaucoup de raisons à cela. D’abord, ce continent est porté par une démographie extraordinaire qui explose mais qui peut être un danger. Quand il y aura deux milliards d’Africains, il va bien falloir les nourrir, les vêtir, les loger, les soigner, les éduquer. Donc même si on ne fait rien il y aura de la croissance.

Il y a un autre aspect positif qui est que l’Afrique a retrouvé une certaine fierté d’elle-même. Cela fait trente-cinq ans que je parcours ce continent et je peux vous le dire par rapport aux années quatre-vingt-dix où l’Afrique était le continent perdu… maintenant c’est exactement l’inverse. L’Afrique est le continent de demain, le relais de croissance du monde et il va porter la planète (…).

En revanche, il ne suffit pas de dire cela. Il faut aussi dire qu’il y a des défis à relever, des défis de gouvernance, d’infrastructures ; si on ne recoud pas les questions d’infrastructures, l’électricité, les routes, les ports, l’adduction d’eau, le traitement des déchets, ce sera de la blague de parler de croissance et de développement inclusif ; il n’y en aura pas. Il y a enfin l’éducation, d’où nos efforts à travers « RH-Excellence Afrique ».

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