Par Brahim Fassi Fihri, président de la fondation Amadeus


 

La décision paradoxale que s’apprête à prendre la Suède est en totale contradiction avec sa position historique de principe, à savoir son soutien au processus onusien de négociation entre les différentes parties. La reconnaissance par la Suède de la pseudo «RASD», serait un parti pris grave venant d’un pays qui a toujours prétendu promouvoir une «démocratie universelle». La Suède risque de prendre, en effet, position en anticipant le résultat des négociations et en allant, bien au-delà, en préfigurant les consultations des populations locales à travers leur participation aux processus de régionalisation avancée et d’autonomie. Cette décision, si elle venait à être confirmée, serait d’autant plus grave, puisqu’elle découle d’une confusion inadmissible en Suède, instrumentalisée par les adversaires de notre intégrité territoriale, entre la cause palestinienne légitime et la reconnaissance d’une entité chimérique, qui ne possède aucun attribut d’un état et aucun statut aux Nations Unies.

Il me parait utile de rappeler, que dans le sillage de la reconnaissance par la Suède de la Palestine fin 2014, la Ministre suédoise des Affaires Etrangères Margot Wallström, avait affirmé que des «pressions importantes», d’ONGs suédoises et de la société civile, étaient exercées «quotidiennement» sur le gouvernement en vue de reconnaitre la pseudo «RASD». En effet, en Suède, de nombreuses ONGs  dénoncent l’«échec» de la communauté internationale à «faire pression» sur le Maroc pour mettre fin à sa prétendue «exploitation illégale des ressources naturelles du Sahara occidental», tout en incriminant le Royaume, qui est injustement qualifié de «puissance coloniale», d’infliger les « pires souffrances à la population sahraouie ». L’ «activisme» de ces ONGs, qui ont démultiplié leurs efforts depuis l’arrivée en 2014 de la nouvelle coalition gouvernementale en Suède, a pesé lourd dans la balance, d’une diplomatie suédoise qui ne connait rien, ou presque, à l’affaire du Sahara et à la réalité sur le terrain.

Des sources diplomatiques autorisées affirment que la Ministre des Affaires Etrangères suédoise avait missionné, au printemps 2015, un Ambassadeur, pour qu’il entame des consultations et émette, à l’échéance de l’automne 2015, un avis sur la «pertinence et l’opportunité» d’une réévaluation de la position du pays vis-à-vis de la «RASD». Il semble évident que ces «consultations» ont été dictées par la volonté de certaines ONGs suédoises, plutôt que par des échanges objectifs, réalistes et inclusifs.

Il est également important de rappeler, qu’Hans Corell, ancien Ambassadeur suédois et ancien Conseiller juridique de l’ONU, qui avait émis un avis juridique onusien en 2002 en faveur de l’exploitation par le Maroc des ressources naturelles au Sahara avant de changer de position une fois à la retraite, jouit d’une importante réputation dans les cercles politiques et diplomatiques suédois. Il faut noter, de plus, que c’est sur la base des nouvelles positions et lectures de Corell, que la Suède avait justifié son vote de 2013 contre la reconduction du Protocole de Pêche entre le Maroc et l’UE. La diplomatie suédoise avait, à l’époque, prétendu que le Royaume ne remplissait pas «ses obligations découlant du droit international qui l’obligent à prendre en compte la volonté de la population sahraouie».

Au-delà des mouvements lancés en vue de statuer sur la reconnaissance de la pseudo «RASD», les pressions de la société civile suédoise ont récemment conduit le gouvernement de Suède à retirer les fonds étatiques investis dans l’entreprise canadienne Agrium Inc, en raison de ses importations de phosphate en provenance du Sahara. Agrium Inc, premier client de la société PhosBoucraa, filiale de l’OCP, n’a pas été jugée, par le Conseil d’éthique du gouvernement suédois, en mesure de «prouver que l’exploitation minière de phosphate se fait conformément aux intérêts et aux souhaits des Sahraouis». Le gouvernement suédois et son fonds de pension AP ont donc suivi, début avril 2015, la recommandation du Conseil d’éthique, de «vendre les parts de la compagnie», compte tenu du fait qu’Agrium a été dans «l’incapacité de prouver» que la vente des phosphates au Sahara, bénéficiait «effectivement et efficacement» aux populations locales.

Le constat découlant de la situation suédoise est déconcertant et dangereux, puisque la nouvelle position de la Suède  risque de créer un effet domino dans toute la Scandinavie et l’Europe du Nord, où les ONGs s’activent de la même manière qu’en Suède pour stigmatiser le Maroc. Il est aujourd’hui indéniable que le Royaume a perdu la bataille de l’image dans ces pays, où l’instrumentalisation d’une prétendue «émotion» loin des réalités locales et la méconnaissance profonde par les opinions publiques scandinaves des multiples initiatives crédibles et sérieuses lancées par le Royaume en faveur de la résolution de ce conflit et du développement de nos Provinces du Sud, pénalisent fortement le Maroc, dont les efforts sont paradoxalement loués par la grande majorité de la Communauté Internationale.

Il semble malheureusement évident  que les leçons tirées de l’épisode d’avril 2013, où les Etats-Unis voulaient « imposer » le monitoring des Droits de l’Homme dans la Résolution du Conseil de Sécurité sur le Sahara, influencée par l’activisme d’ONGs (Robert Kennedy Center en tête), n’ont pas été retenues.

Le Royaume avait, à cette époque, réussi à convaincre les USA et les membres du CS, de la pertinence et de la crédibilité de son action au Sahara, pour annihiler cette tentative portée par nos adversaires, à travers un argumentaire politique. Or l’épisode suédois démontre clairement que l’évolution des positions sur la question du Sahara relève essentiellement de la communication, et donc de l’instrumentalisation par nos adversaire d’une prétendue «émotion» loin des réalités, plutôt que de la pédagogie.

L’activisme des ONGs scandinaves, le boycott des entreprises important des produits issus du Sahara dans ces pays, leur vote contre les Accords Maroc-UE, l’arrivée de la nouvelle coalition en Suède et le militantisme de la diplomatie suédoise en faveur des thèses de nos adversaires auraient dû alerter le Maroc. C’est, malheureusement, la guerre de l’image et non le discours politique, aussi crédible et sérieux qu’il puisse être, qui semble l’emporter. La Suède bafouille le processus onusien et la volonté de la majorité des populations sahraouies, y compris celles retenues contre leur gré à Tindouf, pour contenter des ONGs et une opinion publique qui se laisse bercer par la manipulation de l’image.


 

 

Brahim Fassi Fihri

Président Fondateur de l’Institut Amadeus

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