« L’Afrique n’a pas d’électricité et cela n’est pas acceptable » a martelé Akinwumi Adesina, qui s’est donné pour mission d’être le chantre de l’électrification du continent depuis son investiture à la tête de la Banque africaine de développement le 1er septembre dernier.

Au cours d’une conférence de presse tenue ce jeudi en marge d’une réunion consultative sur l’énergie (organisée dans le cadre de la semaine de l’énergie de l’institution ouverte depuis lundi à Abidjan), le président de la BAD a insisté sur l’effet inhibiteur du déficit d’électricité en Afrique ; « l’électricité, c’est comme le sang dans l’organisme (…) sans elle, pas de formation, pas de centres de santé, pas d’industrie, … ».

La BAD a donc sonné la mobilisation de l’ensemble des partenaires et bailleurs de fonds afin de relayer son plaidoyer en faveur d’« une énergie renouvelable, abondante et bon marché » et explorer de nouvelles approches pour changer la donne dans la région qui est bien le point noir de la planète. L’Afrique en effet, comme l’a souligné Adesina, bien que représentant 15% de la population mondiale, ne génère que 3% de l’électricité produite sur la planète, soit l’équivalent de « la production de la Belgique et de l’Espagne ». Ce qui maintient « plus de 645 millions d’Africains », plus de la moitié des africains, dans l’obscurité. 

Un tableau bien terne qui impose de changer de cap. « Nous allons lancer le New Energy Deal pour l’Afrique » afin « d’accélérer les efforts pour l’électrification universelle en Afrique d’ici 2025 (…) et nous pensons que cela est réalisable. » Aussi entend-t-il mobiliser autour de l’institution les partenaires au développement, en plus de la volonté politique des Etats africains, afin de multiplier les investissements dans la production d’énergie électrique. Ce qui nécessitera « des réformes importantes afin de rendre le secteur suffisamment compétitif et rentable pour les investisseurs ».

Financement

« Il est plus coûteux de ne pas se mettre en action » a déclaré le président de la BAD, loin d’appréhender la problématique de la mobilisation des ressources financières comme insurmontable, ouvrant par la suite des pistes : « nous pouvons trouver des moyens en Afrique. 500 milliards de dollars d’impôts y sont prélevés chaque année. Si nous prenons ne serait-ce que 10% de ces ressources, nous aurons tout de même 50 milliards (…). Il y a aussi la fuite des capitaux pour 60 milliards de dollars. Enfin l’appui des partenaires au développement qui se sont engagés à mobiliser 0,7% de leur PIB au profit des pays en développement, ce qui représente tout de même 178 milliards de dollars par an »

Volonté politique

Adesina a pu être rassuré, si besoin en était, sur les ambitions des politiques sur le continent. Le vice-Premier ministre de la République Démocratique du Congo, Thomas Luhaka, intervenant au cours de la réunion, a indiqué que l’énergie électrique, définie comme priorité dans son pays, représente bien le maillon faible du Congo alors que les ressources humaines et naturelles sont abondantes. Evoquant par la même occasion le projet du barrage d’Inga III sur lequel la Bad entend s’investir davantage.

Le premier ministre ivoirien, Daniel Kablan Duncan, a présenté la situation de son pays qui compte électrifier toutes les localités de plus de 500 habitants avant 2020 et doubler sa production électrique à 4 000 MW à la même échéance. Avant de mettre en avant les avancées de l’interconnexion des réseaux électriques en Afrique de l’ouest qui permettent au pays d’exporter en partie sa production et surtout les partenariats public-privé qui doivent être encouragés selon lui.

Répondant à une question de Financial Afrik sur la multiplication des initiatives connexes sur le continent*, le président de la BAD a indiqué que « comme dans un match de football où il y a 11 joueurs, le plus important est de marquer des buts et le plus rapidement possible ; c’est un partenariat pour l’Afrique. J’aime le football et il faut marquer (ensemble) des buts pour l’énergie ». Le chrono est donc lancé. L’Afrique ne dispose que de 10 ans pour réaliser l’exploit.

* Parmi ces initiatives, l’on peut noter celles du président américain Barack Obama, « Power Africa », de Koffi Annan, « Sustainable Energy for All », et de l’artiste Akon, « Akon ligthing Africa ».