Par Nephthali Messanh LEDY, Lomé

Le FMI recommande la vente des actifs et le transfert des passifs. L’institution pointe du doigt la direction de la banque.

Engagé dans un processus de désengagement de l’Etat des banques publiques depuis 2010, le gouvernement togolais a du mal aujourd’hui à boucler le processus de privatisation.

En effet, si la Banque Togolaise de Développement (BTD) et la BIA-Togo ont pu trouver preneurs, il n’en est pas de même pour l’Union Togolaise de Banques (UTB) et la Banque Togolaise du Commerce et de l’Industrie (BTCI). En cause, la situation des deux banques, et les offres financières en deçà des attentes du gouvernement. D’où l’idée de fusionner les deux institutions bancaires après leur recapitalisation, avant de les remettre sur le marché. Une idée que ne partage pas le Fonds Monétaire International, parce que jugée coûteuse pour le pays. Et de proposer une vente des actifs, et un transfert des passifs de la BTCI.

Au commencement était la privatisation…

« (…) Le gouvernement togolais a décidé de se désengager des quatre banques publiques que sont la BIA-TOGO, la BTD, la BTCI et l’UTB, conformément à la loi 2010-012 du 07 octobre 2010, et dans le cadre de sa politique de libéralisation de l’économie. Les objectifs de cette privatisation sont de poursuivre l’assainissement du secteur bancaire, de renforcer la capacité d’action de ces banques par la consolidation et la diversification de leur actionnariat, d’améliorer leurs performances en matière de gouvernance par une gestion purement privée et de créer les conditions pour une meilleure participation de ces banques au financement de l’économie », indiquait le communiqué ayant sanctionné le Conseil des Ministre du mercredi 2 novembre 2011.
Et de poursuivre : « Toutes les mesures seront prises pour la réussite sur tous les plans de ce processus, dont la réalisation passera par la plus grande transparence dans toutes les opérations grâce à une bonne politique de communication … A terme, le gouvernement entend récupérer au minimum 90 milliards de FCFA de cette opération, par laquelle l’Etat conservera entre 15 et 26% des actions, avec un opérateur stratégique de qualité et un actionnariat local maintenu ».
Mais des quatre banques qui sont mises sur le marché de la privatisation, sur recommandations du FMI et de la Banque Mondiale, seules deux ont trouvé preneurs. La BTD, reprise en 2012 par Oragroup, pour un montant d’environ 20 milliards de FCFA, sans aucune garantie de passif, et la BIA-Togo, reprise par le groupe marocain Attijariwafa Bank, pour un montant de 15 milliards de F CFA, toujours sans garantie de passif pour l’acquéreur.
Pour l’UTB, «ce que les gens offraient, ne nous convenaient pas», expliquait encore Okoulou Kantchati, le Président du Comité de privatisation des banques. «Dans cette procédure en deux étapes, nous avions retenu deux candidats qui devaient soumettre leur offre finale. Suite au désistement de l’un, nous avons noté avec regret, que l’offre du second était largement inférieure à nos premières bases de discussions. Il n’était pas question de vendre à perte. Nous avions donc dit non».

Pour ce qui est de la BTCI, le problème serait tout autre. La situation financière de cette dernière étant plus préoccupante, dissuadant au passage plusieurs potentiels acquéreurs, emmenant les quelques rares intéressés à faire souvent des offres inacceptables pour les autorités togolaises.

Alternative

D’où l’idée de sa recapitalisation, avant fusion avec l’UTB, mieux en forme, pour les remettre ensuite sur le marché, dans l’espoir d’en obtenir enfin, meilleur prix.
Lassées de ne trouver preneurs à ces deux structures, les autorités togolaises auraient envisagé, selon le dernier Rapport du FMI, de fusionner la BTCI avec l’UTB, après la recapitalisation de la BTCI.
Une opération qui selon les services du FMI, serait beaucoup plus coûteuse. Aussi recommandent-ils, «… que soit mis en œuvre un plan de vente des actifs et de transfert des passifs, qui est l’option de résolution la moins coûteuse, à environ 1 pour cent du PIB. La recapitalisation d’une banque longtemps insolvable, qui continue d’avoir pour l’essentiel la même direction, n’est pas une solution viable à long terme».

Opacité

En effet, au milieu des années 2000, la plupart des banques togolaises étaient en situation difficile, pour cause de mauvaise gestion et de créances douteuses, plombant les résultats d’activités, année après année, créant ainsi une situation désastreuse. Aussi, pour les sauver d’un naufrage certain, après plusieurs renflouements sans succès, le FMI et la Banque Mondiale, ont-elles recommandé au Togo, son désengagement des banques publiques, en vue de leur privatisation.
Ainsi, trois banques publiques majeures (BTCI, UTB et BIA-T) ont dû être recapitalisées. Les créances improductives ont été éliminées de leurs bilans, en échange d’obligations qui sont admissibles au refinancement auprès de la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest). Un processus qui n’aura pas satisfait les attentes.
De même, il y a quelques mois, le Togo, dans le but de se conformer aux textes de l’UMOA, qui fixent depuis le 17 décembre 2007, le niveau minimal pour le capital social des banques et des établissements financiers à caractère bancaire à 10 milliards de FCFA pour les banques a procédé à la recapitalisation de la banque, portant son capital à banque à 10 milliards.

Pour la BTCI, qui avait un capital négatif de 23 milliards de francs CFA à fin 2013, «l’administrateur provisoire a déployé des efforts considérables pour pallier les faiblesses financières, s’attaquer aux problèmes de gouvernance et a proposé une option pour recapitaliser la banque», notent les services du FMI. «Cependant, la Direction de la banque reste en grande partie la même, à l’exception du directeur chargé de la gestion des risques et il faudrait au moins une année pour mettre en œuvre la proposition de redressement, qui semble optimiste à certains égards».

Si le gouvernement togolais, jusque là, n’a pris aucune décision définitive, l’on s’attend quand même, surtout après le passage de la Mission du FMI, à ce qu’il se prononce définitivement d’ici la fin de l’année.

Par Nephthali Messanh LEDY

Share Button