Francis Konan* reste serein. Pour l’économiste ivoirien, les économies frontières évolueront sans beaucoup de dommages si l’Amérique relevait les taux d’intérêt. Analyse.

La Banque centrale des Etats Unis est supposée relever ses taux d’intérêts directeurs si les fondamentaux de son économie remplissent les conditions suivantes:
1. Un taux d’inflation aux alentours des 2%
2. Une baisse considérable du taux de chômage.

Dans le passé, un telle politique monétaire créa un vaste mouvement de capitaux vers les marchés financiers avancés. En théorie une hausse des taux directeurs de la banque devrait attirer les investisseurs à la recherche de profits sur leurs investissements.

 

En Afrique au Sud du Sahara, des exemples d’économies frontières seraient le Kenya, le Botswana, la Zambie, le Nigeria, le Ghana, la Cote d’Ivoire le Sénégal.

 

L’expérience a montré que les pays en développement ont souffert des conséquences d’une telle pratique. Pourquoi ? La raison est simple : les fonds d’investissement qui devaient leur parvenir ont dû changer de direction. En deuxième lieu, la hausse des taux d’intérêts entraîne un hausse du taux de change du dollar, ce qui par induction augmenta la valeur de la dette Libellée en dollar des pays en développement.

Lorsque la Fed a annoncé une possible hausse des taux d’intérêts en 2013, les pays émergents ont connu une saignée de capitaux dans leurs économies. Le cas des économies frontières de l’Afrique au sud du Sahara est, cependant, un peu spécial. Dans cet article nous allons analyser les conséquences d’une hausse des taux directeurs sur ses dernières économies.

les pays frontières en question 

Avant de passer aux conséquences, il serait utile de donner une brève définition de la notion d’économies frontières.
Les économies frontières sont un sous-groupe de pays qui, à la différence des pays émergents, ont un marché financier peu volumineux. Ces marchés attirent cependant les investisseurs à cause des taux de rentabilité assez important dans le secteur minier, pétrolier et surtout dans les télécoms.
Une autre caractéristique, est le fait que ces pays ont un taux de croissance économique stable et élevé. Ce taux de croissance est soutenu par une classe moyenne émergeante. Sur le plan économique, les pays frontières, ont su implanter des politiques macroéconomiques prudentes.
En Afrique au Sud du Sahara, des exemples d’économies frontières seraient le Kenya, le Botswana, la Zambie, le Nigeria, le Ghana, la Cote d’Ivoire le Sénégal.
Revenons maintenant à notre analyse de savoir les conséquences d’une hausse des taux d’intérêt de la Fed sur la dynamique de ces pays. A cause de leurs structures particulières, une hausse du taux d’intérêts de la Fed ne pourra pas occasionner une fuite importante de capitaux pour quatre raisons :
Les économies frontières continuent d’avoir une croissance économique soutenue (faible taux d’inflation, déficit budgétaire dans les normes, taux de change  stables. Cela renforce la confiance des investisseurs étrangers. Les derniers appels de fonds internationaux de quelques économies frontières ont suscité un réel engouement malgré les menaces de la hausse des taux d’intérêts américains.

La Cote d’Ivoire, en février  2015, a émis un emprunt initial d’1milliard de  de dollars pour  en récolter finalement 4! Le Kenya a lui aussi connu un succès quasi-similaire. En tout, selon Standard Bank, les pays frontières (Ghana, Kenya, Zambie) ont récolté un total de 15 milliards  de dollars. C’est dire que les  investisseurs continuent de placer leur confiance dans ces  économies frontières.

Dans tous les cas, la hausse des taux d’intérêts de la Fed ne se fera pas d’une façon abrupte mais graduellement, ce qui donnera le temps aux économies frontières d’ajuster leur politique de taux de change à court terme. Cette option concerne le groupe d’économies frontières ayant une politique de taux de change flexible.

 

Le cas délicat de la zone CFA

 

Lors de la fausse alerte de Bernake en 2013, où la Fed avait fait croire qu’elle augmenterait ses taux, les Economies Frontière(EF) n’avaient pas connu une grande turbulence financière. Certains d’entre eux en  ont même profité pour augmenter leur taux de change. Approche pratiquement impossible dans un taux à régime fixe. Pour la part des pays avec un régime de taux de change fixe (Cote d’Ivoire, Sénégal), la Banque centrale devrait s’assurer de posséder un stock de devises assez important pour parer à une potentielle fuite de capitaux.
La plupart des EF ont une croissance économique soutenue par une forte demande intérieure. Cela les met à l’abri de chocs externes comme celui d’une hausse probable des taux de la Fed. L’avènement d’une classe moyenne est le moteur de cette demande bouillonnante demande interne. Des experts sont cependant inquiets de ce qu’une forte demande interne affecte à  long terme la balance commerciale par le biais, notamment, d’une hausse des importations.

 

Le poids mortel des éléphants blancs
Notons qu’une bonne partie des pays frontaliers ont appris les leçons du passé où pendant  les périodes de vache grasse, ils firent de nombreux investissements non rentables et financés par la dette extérieure. Lorsque les taux d’intérêts augmentèrent, ceux-ci se retrouvèrent avec une dette extérieure insoutenable. Cette fois-ci les économies de frontières sont plus aptes à faire face à l’action de la Fed, leur investissements en infrastructures ont indirectement contribué à soutenir leur croissance économique.

Les Economies frontières d’une façon général sont à court terme à l’abri  des conséquences d’une potentielle hausse des taux d’intérêts américains. La structure et la distance économique par rapport à Washington sont sans doute un atout. Un expert américain souligne cependant que le danger qui guetterait les économies  frontières proviendrait d’une certaine complaisance en matière de politique économique. Le Ghana est un exemple palpable : cette économie frontière qui jadis expérimentait une croissance économique impressionnante se retrouve avec un déficit jumeau  (déficit à la fois du compte courant et du  budget) suivit d’une dépréciation (perte de valeur) de sa monnaie.


 

FRANCIS KONAN

Économiste résident aux USA, diplômé de l’Université d’Economie et de Gestion de Vienne (Autriche), diplômé de l’Institut des Etudes Avancées de Vienne (Autriche), diplômé de la Faculté des Sciences Economiques & Gestion de l’Université d’Abidjan (Cocody). Fondateur de la KGCG (Konan Global Consulting Group).

Share Button