Par Alassane  Bâ*
L’Afrique est à un tournant important de son développementqui exige une croissance plus forte et de meilleure qualité pour enfin générer plus d’équité sociale et créer suffisamment d’emplois pour les populations les plus fragiles encore affectées par la pauvreté. Ce défi est celui de la croissance inclusive.

 

Si le contexte actuel de la baisse des prix des matières premières constitue un facteur pénalisant et s’il ralentit certains investissements structurants pour nos économies, les fondamentaux sont bons et l’Afrique demeure sur une trajectoire positive ouvrant la voie à une consolidation de son développement économique et à une nette amélioration des indicateurs sociaux.
Cinq des dix pays qui connaîtront la plus forte croissance au monde en 2015 seront africains.  Cette marche vers une croissance à deux chiffres repose pour une large part sur un secteur essentiel, et dont la rentabilité ne se démentira pas : les infrastructures. Les besoins de l’Afrique en la matière sont gigantesques : près de 100 milliards de dollars par an selon la Banque africaine de développementalors que le déficit de financement avoisine 50 milliards de dollars par an.

Les infrastructures sont d’abord un impératif moral, parce qu’elles permettent d’apporter des services de base comme l’eau et l’électricité. Chacun sait que les taux d’accès en Afrique sont encore très faibles : 29 % pour l’électricité, soit 600 millions d’habitants, et seulement 65 % pour une ressource aussi vitale que l’eau !
Mais les infrastructures sont aussi une impérieuse nécessité économique. Car c’est en intégrant l’Afrique aux chaînes de valeur internationales que nos dirigeants pourront réaliser la promesse de l’industrialisation, base d’une croissance inclusive et transformatrice. Pour attirer les usines qui feront sa richesse de demain, l’Afrique doit faire face à ses obligations de compétitivité. Comment être compétitif quand le coût de l’exportation des biens à partir de l’Afrique subsaharienne s’élève à près de 2000 dollars par conteneur contre à peine plus de 700 dollars pour les pays asiatiques ?
Comment réaliser l’intégration régionale si nécessaire à l’essor économique du continent si un conteneur met plus de temps pour aller de Mombasa à Kigali que de Tokyo à Mombasa ? Le coût des transports représente entre 30 et 40% des prix des produits importés dans le cadre des échanges intra-Afrique ! Et je ne m’étendrai pas sur les deux points de croissance perdus chaque année en raison des pénuries d’électricité…

 

Comment être compétitif quand le coût de l’exportation des biens à partir de l’Afrique subsaharienne s’élève à près de 2000 dollars par conteneur contre à peine plus de 700 dollars pour les pays asiatiques ?

 

Ce double impératif, moral et économique, représente une immense opportunité pour les entreprises et les financiers du monde entier. Tout un continent est à construire et se tient prêt pour les accueillir. Les conditions sont aujourd’hui réunies pour un boom sans précédent du secteur des infrastructures.L’environnement des affaires est en constante progression, comme en témoigne la progression constante des pays du continent dans le classement Doing Business.
En parallèle, la volonté politique est réelle : les chefs d’État sont fermement engagés dans la construction de l’Afrique, comme le démontrent les niveaux de contribution des pays africains à l’initiative Africa50. 24 pays africains se sont engagés à investir 830 millions de dollars dans Africa50 pour le premier closing.

Enfin, les modèles de partenariats public-privé (PPP), qui permettent une rémunération attractive et sécurisée des capitaux tout en garantissant un service public de qualité, font la preuve de leur efficacité sur le continent.Plusieurs pays ont établi des performances remarquables en matière de PPP.
Africa50 à travers ses deux institutions sœurs : la Compagnie de Développement des Projets et la Compagnie de Financement des Projets est la concrétisation d’une nouvelle Afrique qui prend en charge son développement en s’attaquant de manière innovante à la problématique du financement des infrastructures. Elle compte tout d’abord sur l’épargne africaine pour l’investir de manière profitable dans les infrastructures dont l’Afrique a besoin pour son développement. Elle fera aussi appel aux investisseurs internationaux. La combinaison des capitaux publics et privés avec une gouvernance moderne est un modèle qui garantira des rendements financiers et des impacts importants en matière de développement. Telle est la proposition de valeur d’Africa50.
Désormais, l’Afrique a la possibilité de réunir les trois blocs essentiels pour consolider son développement : des entreprises de niveau international pour construire centrales, barrages et ports, des sociétés de gestion des services publics performantes et des capitaux pour les financer. C’est précisément l’ambition d’Africa50 que de coordonner et piloter tous ces acteurs dans un seul but, construire l’Afrique.


 

*Alassane Bâ est directeur général de Africa50, un fonds innovant spécialisé dans les infrastructures lancé par la Banque africaine de développement et 24 pays africains.

 

 

 

PS: cette contribution a été publiée une première fois par Monde Afrique

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