Par Jean-Mermoz KONANDI, Abidjan/

Mus par une volonté commune de dynamiser leurs machines économiques, les BRICS, acronyme utilisé pour désigner les 5 grandes puissances émergentes (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ont mis en route une banque multilatérale de développement et un fonds de réserve de changes, alternatives aux institutions de Brettons Woods.

Shanghai devient la capitale financière des BRICS. La grande métropole chinoise de 25 millions d’habitants abrite la New Development Bank (NDB), l’institution bancaire commune aux cinq Etats émergents repartis sur les grands espaces géostratégiques de la planète.
Dotée d’un capital de 100 millions de dollars, la NDB est vouée à se consacrer au développement de ses membres par le financement des infrastructures. C’est la concrétisation d’un projet majeur pour ce regroupement qui représente le cinquième de la richesse mondiale et 40% de la population du globe.
Des pays qui, à l’exception près de la Russie, sont à la lisière du développement et ont besoin d’investir massivement dans les infrastructures. Les belles performances économiques de la dernière décennie et les avancées sociales certaines n’ont pas enrayés des poches de pauvreté encore trop persistantes. Et avec la contraction de la croissance amorcée depuis deux ans et qui devrait se poursuivre cette année – pas plus de deux points de croissance à l’exception de l’Inde (6%) et de la Chine (7%) selon les prévisions – les économies des BRICS sont bien en quête de nouveaux relais.
L’institution financière, qui sera dirigé les cinq prochaines années par le banquier indien Kundapur Vaman Kamath, ex dirigeant de l’ICICI, l’une des plus importantes banques indiennes, va opérer avec des conditionnalités moins contraignantes et moins rigides que celles de la Banque mondiale. D’où l’intérêt d’autres pays émergents.

Le Fonds de réserve de changes

L’autre révolution de cette association est le Fonds de réserve de changes de 100 milliards de dollars alimenté à 41 milliards par Pékin, 5 milliards par le représentant africain et 18 milliards par les autres membres.
Une «mini FMI» selon des observateurs. La réponse aux critiques adressées au Fonds monétaire internationale, accusée de ne pas intégrer suffisamment la nouvelle donne économique mondiale. Les BRICS s’offusquent d’une sous-représentation, qui ne reflète pas le poids économique de ses membres, au sein de l’instance monétaire dont les réformes, annoncées, sont gelées par le Congrès américain.
La Chine par exemple, qui dispute le leadership de l’économie mondiale aux Etats-Unis, ne dispose que d’environ 4% de droits de vote, à peine plus que l’Italie (3,31%) et moins que la France (4,51%), loin derrière les Etats-Unis (un peu plus de 16%) qui disposent de la minorité de blocage. Et le Brésil ne s’accommode plus aux 1,78% de droit de vote.
Le fonds est par ailleurs un précieux outil aux mains de pays aux économies ballotés par les fluctuations des taux de la Réserve fédérale américaine et devra jouer le rôle de rempart en cas de nouvelle «tempête» financière. Comme à la mi-2013 où après l’annonce du changement de cap de la politique monétaire américaine, les BRICS avaient subi des sorties massives de devises. La roupie, la monnaie indienne, avait alors perdu 20% de sa valeur en un semestre.

Gouvernance mondiale

Les BRICS proposent une alternative aux institutions de Brettons Woods dont elles cherchent à s’affranchir et veulent prendre une part plus active dans la gouvernance économique mondiale trop marquée par le binôme Etats-Unis – Europe.
Le ministre chinois des Finances, Lou Jiwei, a indiqué à cet effet que «la création de la NBD influencera fortement l’économie mondiale et aidera à la relancer».
Moscou, durement affectée par des sanctions liées à la crise ukrainienne et à la chute du rouble, trouve ici un précieux recours pour s’extirper du carcan occidental et sauver son économie de «l’épée de Damoclès» américain.
Lors du dernier sommet des BRICS d’Oufa, en Russie, début juillet, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, avait souligné que l’institution «illustrait un nouveau système de relations internationales multipolaires» et attestait de l’influence croissante de «nouveaux centres de pouvoir».

Et de reprendre en échos les déclarations de la présidente brésilienne, Dilma Rousseff, lors du Sommet de Forteleza un an plutôt, le 15 juillet 2014, à la signature de l’acte de création des deux instruments financiers : «La Banque représente une alternative pour les besoins de financement des pays en voie de développement, capable de les comprendre et de compenser l’insuffisance de crédit en provenance des institutions financières internationales.» Avant d’ajouter «c’est une contribution importante pour la reconfiguration de la gouvernance économique mondiale ».

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