Des sept qu’elles étaient il y a encore quelques années, elles sont passées à treize aujourd’hui, toutes ayant pour objectif de se positionner dans un marché dynamique mais encore restreint.

 

Elles ont pour noms Société Générale, Coris Bank, Bank of Africa, Ecobank, Orabank, Diamond Bank, UTB… Mais, qu’est-ce qui explique ce regain d’intérêt, cette grande concentration de banques pour un si petit marché?

Au cours du premier semestre 2015, deux banques étrangères, annoncées depuis l’année précédente, ont débuté leurs activités à Lomé : Coris Bank International et Société Générale. L’une, déjà présente au Burkina, en Côte d’Ivoire, et au Mali, est l’institution financière la plus dynamique de l’UEMOA en termes d’augmentation de la taille du réseau. Alors que l’autre, bien implantée et presque centenaire dans plusieurs pays de l’Afrique, a initié une nouvelle offensive qui n’est pas sans surprendre certains analystes financiers quasi-certains, il y a quelques années, au retrait de la banque au logo rouge et noir de la zone subsaharienne.
Mais, déjà, sur le marché togolais, se bousculent une dizaine d’institutions bancaires, aussi bien nationales qu’internationales.

 

Banque Atlantique Togo (Groupe Banque Populaire du Maroc), Banque Internationale pour l’Afrique au Togo (BIA-Togo, dont le capital est détenu en grande partie par la marocaine Attijariwafa), Banque Populaire pour l’Epargne et le Crédit (BPEC), Banque Sahélo-Saharienne pour l’Investissement et le Commerce-Togo (BSIC-Togo), Banque Togolaise pour le Commerce et l’Industrie (BTCI), Diamond Bank (cotée au Nigeria Stock Exchange), Ecobank-Togo (du groupe ETI), Société Inter Africaine de Banque (SIAB, à capitaux libyens), Union Togolaise de Banque (UTB), Bank Of Africa Togo (Groupe Banque Marocaine du Commerce Extérieur), et Orabank Togo (du groupe Oragroup).
Deux groupes y ont leur siège: Ecobank Transnational Incorporated (ETI) et Oragroup. Le premier, détenu par des investisseurs institutionnels publics Sud-Africains, qataris, SFI, et de multiples actionnaires privés, est coté à la BRVM, à Lagos (Nigeria Stock Exchange) et à Accra (Ghana Stock Exchange).

Le deuxième est détenu par le fonds d’investissement Emerging Financial Partners (actionnaire majoritaire) et d’autres institutions publiques.
A noter qu’un programme de privatisation de quatre banques (Banque Togolaise de Développement, BIA-Togo, UTB, BTCI), encouragé par le FMI, a été engagé. Mais à ce jour, seules les deux premières ont été cédées. Au comité mis en place pour le processus, l’on dit attendre l’accord du gouvernement pour d’autres actions.
Secteur peu concurrentiel
Cette multiplicité d’acteurs dans le secteur ne se traduit pas pour l’heure en une forte concurrence.  En effet, malgré ce grand nombre d’institutions bancaires, fortement concentrées à Lomé (qui regroupe plus de 80% de la population bancarisée), le secteur semble obeïr à une sorte de pacte de non agression.

 

Enorme retard technologique 

Les  clients sont face aux mêmes offres de services. De l’ouverture du compte en passant par le retrait d’espèces jusqu’à l’encaissement de virements (des services pourtant déclarés gratuits par la BCEAO), les coûts restent pratiquement stagnants et presque inchangés d’une structure à l’autre.
Les banques togolaises sont aussi caractérisées par des taux d’intérêt jugés élevés au regard de ceux pratiqués à l’international. Toutefois, ces taux sont légèrement inférieurs à la moyenne de l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine), nous indique un banquier de la place.
Autre tare des banques togolaises, le retard sur les innovations technologiques. Par exemple, le taux de détention du «Mobile Banking» au Togo, aujourd’hui en vogue en Afrique subsaharienne, oscille entre 0 et 1%, contre 12 % en Afrique de l’ouest. «Ce système initié par les sociétés de télécommunications pourrait à bref délai au moins doubler le nombre d’individus ayant un compte bancaire», estime le banquier et économiste Paul Derreumaux, Président d’honneur de Bank Of Africa. Sauf que la plupart des banques togolaises n’y sont pas habituées.
Marchés
D’une part, cette forte concentration des institutions bancaires à Lomé s’explique par l’amélioration du climat des affaires au Togo. En effet, au classement Doing Business 2014, le pays est classé 157e, soit une variation dans le classement de +2 places par rapport à 2013. Même si les contours de ces innovations sont discutables, le délai des formalités, en matière de création d’entreprise par exemple, est de 19 jours. D’où la présence d’établissements bancaires, pour répondre aux besoins de transactions financières des opérateurs.
« Le projet de Lomé Conteneur Terminal et les activités du groupe Bolloré au Port de Lomé par exemple sont des indices qui vont booster suffisamment les activités de manière générale, y compris celles des banques. Des gros porteurs au niveau des grands bateaux arriveront sur notre côte, ce qui va doper les activités économiques et  les activités bancaires», fait remarquer cet analyste.

«L’approche régionale toujours plus marquée des entreprises oblige les banques à suivre leurs clients ». D’autre part l’on  note la croissance économique générale, qui accroît les opportunités.
Impact sur l’économie
Triste constat, malgré l’intérêt que portent les groupes africains et internationaux au Togo, le taux de contribution des banques au financement de l’économie reste faible. « Il s’agit là d’une spécificité du sous-développement, car cette sous- bancarisation illustre surtout les difficultés d’accès des populations aux agences bancaires, ce qui caractérise essentiellement les pays et les régions où la croissance économique a été jusqu’ici, la plus faible et la moins bien répartie», explique Paul Derreumaux, parlant de façon générale, de l’Afrique subsaharienne.
Si, en ce qui concerne les banques privées, le risque de sortie de flux financiers illégaux et de blanchiment d’argent est grandissant, ce que confirment des rapports internationaux, on note tout de même, des indices satisfaisants : « Le privé banquier vise plus le bénéfice, et travaille beaucoup plus sur ses produits. Il est à l’écoute de la clientèle, et est plus réactif en termes de taux de satisfaction. Les résultats sont l’objectif qu’il vise. (…) On note aussi l’effet induit sur la fiscalité. Lorsque le privé engrange plus de résultats, l’Etat a plus de revenus fiscaux », explique Ange Kétor, le Directeur Exécutif d’APIM-Togo (Association des Professionnels des Institutions de Microfinance du Togo), qui cite également, la création d’emploi.
Bancarisation
Au Togo, l’augmentation des ratios dépôts/PIB, prêts/PIB et masse monétaire/PIB, a connu une croissance rapide de 2002 à 2014, d’après les données du FMI. Et selon la BCEAO, le ratio dépôts/PIB du Togo, qui s’élève à 38%, est supérieur au ratio moyen de l’UEMOA (25%).
Néanmoins, cette évolution ne traduit nécessairement pas une augmentation du taux de bancarisation de la population, car les banques drainant des flux de toutes natures, liés notamment aux activités commerciales formelles ou non.
D’une part, « cette faiblesse du taux de bancarisation est liée au fait qu’il y avait une certaine perte de crédibilité en les banques. Au moment où sur le continent, elles ont connu des échecs successifs, au cours des années 80, le contribuable préfèrait  garder l’argent par devers lui, l’enterrer dans son champ, le mettre dans un canaris ou sous son matelas, et dormir là-dessus pour être très sur », continue Ange Kétor, touchant aussi du doigt, le manque d’information sur les services bancaires, ce qui ne favorise pas la culture bancaire. «Quand vous prenez en exemple un pays du Maghreb, la ménagère a un compte bancaire sur lequel est viré son salaire. Toutes les opérations d’achat qu’elle fait, est supporté par un CPE (Carte de Payement Electronique). Et donc, toute la vie est faite d’opérations quasiment bancaires, et c’est ça la culture bancaire. Ces éléments peuvent être des facteurs limitant la bancarisation ».
D’autre part, on remarque les limites des produits offerts par les banques et leurs taux élevés, qui n’incitent pas la population à s’approcher des banques.
Le pays a pourtant enregistré, ces cinq dernières années, une hausse du taux de bancarisation, passant de 3% à 8,5%, fortement concentré dans la capitale.
Par Messanh L, Lomé