La lettre de l’ACBF*

Par Emmanuel Nnadozie, Secrétaire Exécutif, ACBF

Du 13 au 16 juillet 2015, Addis-Abeba (Éthiopie) sera une fois de plus la capitale du monde. Des représentants politiques de haut niveau (chefs d’État et de gouvernement, ministres des Finances, des Affaires étrangères et de la Coopération au Développement, acteurs institutionnels concernés, organisations non gouvernementales et entités du secteur des affaires, etc.) se réuniront pour la 3e Conférence internationale sur le financement du développement (FfD 3).

 

La Conférence d’Addis-Abeba permettra d’évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre du Consensus de Monterrey et de la Déclaration de Doha, d’aborder des questions nouvelles et émergentes, tenant compte aussi du contexte des efforts multilatéraux récents pour promouvoir la coopération internationale pour le développement et de redynamiser et renforcer le processus de financement du suivi du développement.

Moment critique pour l’Afrique

La Conférence d’Addis-Abeba a lieu à un moment critique où il existe un alignement presque parfait entre l’agenda international et la vision africaine de développement: le monde examine le Programme de développement international pour l’après-2015 tandis que l’Afrique, de son côté, établit son Agenda 2063 de transformation. Le dénominateur commun est que les deux agendas portent une attention particulière sur les voies de financement et les moyens de mise en œuvre du développement durable.

Alors qu’elle développe l’Agenda 2063 pour le continent et qu’elle établit des partenariats avec la communauté internationale, l’Afrique doit relever les défis du financement de son développement. Le déficit de financement interne doit être comblé.

Par exemple, des indices montrent qu’il coûterait 4,2 milliards de dollars à l’Afrique subsaharienne pour réduire de moitié le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté (en-dessous de l’indice de référence international de pauvreté de 1,25 US$ par jour à parité de pouvoir d’achat).

Il faut 3,8 millions d’enseignants supplémentaires dans les cinq ans pour atteindre l’objectif de l’éducation primaire pour tous. Et les dépenses nécessaires pour répondre aux besoins d’infrastructure de l’Afrique sont estimées à environ 93 milliards de dollars par an.

 

Les changements dynamiques dans la configuration du développement international incitent à accorder impérativement plus d’attention au financement interne du développement: la crise financière et économique mondiale de 2008-2009, la lassitude des bailleurs de fonds et la volatilité de l’aide étrangère, les investissements directs étrangers basés sur les intérêts commerciaux et les nouveaux partenariats émergents tels que le BRICS.

La nécessité d’une mobilisation des ressources intérieures (MRI)
Pour que le continent s’approprie et bénéficie de son processus de développement, la MRI jouera un rôle important par l’intermédiaire de divers moyens tels que l’élargissement de l’assiette fiscale, la lutte contre l’évasion et l’évitement fiscaux et la lutte contre les flux financiers illicites. Il y a des possibilités pour les pays africains de prélever des fonds supplémentaires par : les transferts de la diaspora africaine, qui ont le potentiel de générer environ 10 milliards de dollars par an grâce à la titrisation et de monter jusqu’à 20 milliards de dollars si l’on inclut l’émission d’obligations visant la diaspora; des mesures d’allégement de la dette qui pourraient équivaloir à 114 milliards US$ et la restriction des flux financiers illicites qui pourrait permettre de recouvrer entre 50 et 60 milliards US$ et les rendre disponibles pour le développement.
Un défi majeur pour la mobilisation des ressources est donc de trouver, autant que possible, des mécanismes pour accroître les recettes de l’impôt ainsi que les épargnes des salariés. Cela signifie, tout d’abord, que les intérêts des contribuables et des épargnants doivent être pris en compte lors de la détermination des politiques économiques, en particulier les politiques fiscales et du secteur financier.

Deuxièmement, cela signifie aussi que la politique du secteur financier ainsi que la politique gouvernementale relative aux dépenses doivent permettre aux fonds mobilisés d’être utilisés de manière efficace, en recourant à des critères d’efficacité qui, avec les informations appropriées, sont généralement acceptables pour le public.

 

Appel au renforcement intégré des capacités aux niveaux national, régional et continental:
Le renforcement des capacités à tous ces niveaux est au cœur de l’exécution de la planification, de l’exécution et de l’évaluation des objectifs de développement durable. Il a donc besoin d’une place plus importante dans le FfD3. Les références spécifiques qui méritent d’être soulignées comprennent les investissements dans les capacités humaines et institutionnelles, en particulier les capacités permettant aux institutions et pays africains de financer adéquatement et de mettre en œuvre leur programme de développement.

Les capacités, qui doivent être au cœur des ODD, assureront une gestion efficace des processus de développement et de l’effet de levier sur toutes sortes de sources innovantes de financement. Les capacités de MRI sont déterminées par l’aptitude des agents économiques concernés (en particulier, le gouvernement et les opérateurs du secteur financier) à effectuer les tâches d’intermédiation nécessaires qui résultant des recettes fiscales et des économies. Renforcer les capacités requises nécessite d’enlever les obstacles aux ressources nationales et à la capacité de leur mobilisation par le gouvernement et les organisations du secteur financier, entre autres les faibles revenus disponibles, la corruption généralisée, les systèmes financiers sous-développés, l’informalité à grande échelle, les faiblesses de la politique fiscale et les insuffisances du système judiciaire.


 

*L’ACBF, partenaire de Financial Afrik,  est le sigle de l’African Capacity Building Foundation (ACBF),  institution dédiée au renforcement des capacités. Basée à Hararé, l’ACBF est dirigée par le professeur Emmanuel Nnadozie, économiste nigerian qui a eu à occuper plusieurs fonctions dont celles d’économiste en chef de la. Commission économique pour l’Afrique.