Par Jean-Mermoz Konandi

Les entreprises priées de supporter la hausse de la facture d’électricité 

A la veille de l’échéance électorale présidentielle d’octobre, l’Etat ivoirien, confronté à la persistance de la progression des coûts de production du secteur électrique vient de trancher : ménager le citoyen et faire payer les entreprises.

Après près d’un mois d’hésitation, le gouvernement ivoirien s’est résigné à une hausse du prix de vente de l’électricité «dans l’optique d’assurer durablement l’équilibre financier du secteur de l’électricité et de favoriser les investissements nécessaires à l’extension du réseau et à l’amélioration de la qualité de la fourniture de l’électricité», a-t-il précisé dans un communiqué.
De fait, la charge de cette augmentation sera quasiment supportée par les industriels (0,3% des abonnés), présents sur le compartiment moyenne et haute tension, qui subiront une hausse de 10% de leur facture «sur une année pleine».
A l’inverse de la catégorie «basse tension» épargnée. Celle-ci regroupe d’une part les ménages avec 69,4 % du parc des abonnées qui, soit ne subiront aucune hausse pour la première tranche dite «sociale», soit connaîtront un renchérissement de leur facture entre 1 000 et 1 200 francs CFA le bimestre.
Et d’autre part le strate des «gros consommateurs domestiques», 30% des abonnés, qui comprend également les petits industriels, qui va enregistrer une augmentation variant entre 5 000 et 25 000 francs CFA bimestriellement.
C’est à la fin du mois de mai dernier, au cours d’une visite du président Ouattara au nord du pays, que le gouvernement avait décidé de «réviser à la hausse» le tarif de l’électricité en début de mois de juin. Avant de se rétracter, devant la clameur générale, arguant que rien n’avait été décidé et qu’une étude sur l’opportunité d’une telle «révision» était en cours.
Le secteur électrique ivoirien, bien que privatisé, notamment avec la concession du service publique à la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) et la présence de producteurs indépendants, reste sous la coupole de l’Etat ; ce dernier ayant la charge de fixer les prix de sorte à garantir l’«équilibre financier du secteur».
Le porte-parole du gouvernement, Bruno Koné, indiquait fin mai dernier : « le gouvernement a pris diverses mesures en faveur du secteur, en vue de la réduction des charges des opérateurs du secteur, de l’augmentation des recettes et de l’amélioration du rendement. Ces mesures ont permis dès 2013 au secteur de l’électricité d’afficher un solde d’exploitation positif, mais avec un équilibre financier qui demeure fragile».
Non sans relever que «200 milliards de francs CFA» d’appui financier public avait alors été consenti sur la période. Une situation qui risquait d’entraîner l’Etat dans un enlisement financier inconfortable alors que de nombreux projets d’investissements sont menés avec l’appui des institutions de Bretton Woods.
Le président Alassane Ouattara, candidat à sa propre succession, a justifié la nécessité d’une telle hausse avant d’annoncer la fin des coupures récurrente d’électricité dans les prochaines semaines au cours d’une interview télévisée ce jeudi 25 juin juin.
Ces dernières semaines, le pays connaît en effet des interruptions répétées d’électricité officiellement en raison de travaux techniques. Principalement pour l’extension du réseau et la mise en activité de la nouvelle turbine à cycle combiné de 111 mégawatt du producteur indépendant CIPREL d’ici la fin de l’année qui portera l’offre nationale à près de 2 000 mégawatt.
Selon les projections, le secteur électrique ivoirien, l’un des plus performants du continent, devrait doubler sa production d’ici 5 ans, en 2020, pour passer à 4000 mégawatt grâce à des investissements privés massifs avec des projets comme le barrage hydroélectrique de Soubré prévu pour être livré d’ici 2018 au plus tard.

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