Par Adama Wade

En 2009 alors que la Finance pleurait la disparition de Lehmann Brother, quelques jeunes informaticiens américains créaient une application. Whaths App relie aujourd’hui 1 milliard d’individus et partage 10 milliards de messages par jour.

La firme a été rachetée en février 2014 par Facebook pour 16 milliards de dollars et vaudrait aujourd’hui 24 milliards, soit deux fois et demie la capitalisation boursière de PSA Peugeot Citroën.
Le premier constructeur automobile français symbolise l’ère industrielle, ses grosses masses salariales, ses risques de stocks et ses marges opérationnelles toujours aussi réduites. Tout au contraire de Whats App, Google, Facebook ou encore Twitter, qui jouissent d’une insolente santé et de marges
de profitabilités uniques. Quid de l’Afrique dans tout cela ?

Devrait-t-on sauter l’étape industrielle et passer directement
à la nouvelle économie ? En réalité, la question ne se pose pas. L’intégration africaine dans les chaînes de valeurs de la mondialisation se fait tout azimut et dans tous les secteurs. La première usine de montage automobile pour Renault
est en terre africaine, à Tanger, avec un taux d’intégration locale qui atteindra 40% dans les prochaines années. Les câblages de l’Airbus A 380 sont fabriqués en partie en Afrique du Nord.
Ces exemples ne doivent pas masquer la réalité. L’intégration dans les chaînes de valeur se fait encore trop en amont. L’Afrique est encore enfermée dans son vieux rôle de fournisseur de matières premières.
C’est pourquoi, tout en saluant l’émergence, érigée en priorité dans les politiques publiques de nombre de pays du continent, nous disons que celle-ci doit commencer par la fourniture de l’eau potable, en quantité et en qualitè.

Se gargariser de l’émergenceavant la résolution des problèmes de l’eau, de l’énergie et des infrastructures de transport revient à mettre les charrues avant les bœufs.

Les pré-requis de tout développement passent par une offre abondante en eau et en assainissement, un coût de KWH compétitif et une desserte rapide entre les centres
de production et les marchés.
L’Afrique doit d’autant plus investir dans les infrastructures que c’est le seul moyen de fournir des emplois à sa masse d’analphabètes et d’exclus. La construction des ponts, routes et rails est un moyen rapide de valoriser le stock d’épargne (500 milliards de dollars) actuellement investi –mais très inutilement- dans des actifs étrangers sûrs mais stériles. Les milliards de dollars dormants chez les institutionnels africains ne trouveront meilleur rendement que dans les projets PPP tournés vers l’eau, l’énergie et les infrastructures.

Si ces trois questions sont résolues, le reste suivra naturellement. L’Agriculture ne pourra être rentable que grâce à un réseau routier efficace. L’infrastructure chasse le moustique. La santé et l’éducation viennent avec l’électricité, la route et l’eau qui sont les trois priorités de base de notre continent.
Il est clair que les infrastructures favoriseront la circulation des personnes, des biens et des idées. Pourvu seulement que l’interconnexion des réseaux physiques s’accompagne de l’élimination des barrières tarifaires et non tarifaires entre pays africains. Qu’est-ce qu’une route sans possibilité de se mouvoir et d’échanger?
La bonne gestion des flux d’idées, de fonds financiers et de talents favorisera la formation d’une masse critique de jeunes talents africains dans les futurs Silicon Valleys d’Accra et d’Arushsa.
En clair, l’émergence n’est pas, comme l’avait si bien dit le président Alassane Ouattara à Abidjan, lors d’un forum consacré à la question, le fruit du hasard. C’est le résultat de bons choix en matière d’investissement, loin de la politique politticienne et de l’enfumage macroéconomique qu’on constate depuis le Plan de Lagos.
l’émergence est une vision à long terme développée et mûrie par les pouvoirs politiques. L’émergence c’est d’abord de l’eau à boire en abondance, en quanqualité. Attention à trop jubiler sur nos soi-disant performances économiques. Penser l’émergence

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