Par Jean-Mermoz Konandi

La quête d’un secteur électrique performant à même de constituer un vecteur de développement du secteur privé et donc de l’émergence en construction passe par la garantie de la rentabilité des investissements privés. Ce qui impose au gouvernement libéral, encore maître du jeu, de procéder à des ajustements de prix pour s’assurer un équilibre sur «le fil du rasoir».

«Le secteur de l’électricité connaît depuis ces dernières années des difficultés financières (…) essentiellement dues aux coûts de production élevés, à la forte croissance de la demande en électricité et au caractère fixe du prix de vente de l’électricité (…) faisant peser sur la Côte d’Ivoire des risques de pénurie en matière d’énergie électrique» a indiqué le communiqué du gouvernement pour justifier la décision de relever le tarif de l’énergie électrique à compter du 1er juin.

Cette hausse qui vise le «rétablissement durable de l’équilibre financier et le renforcement des capacités d’investissements de ce secteur stratégique» devrait permettre à la Côte d’Ivoire de soutenir son ambitieux programme de développement de la production nationale en énergie électrique et de couverture du territoire national.
Le secteur électrique ivoirien a la particularité de présenter une chaîne avec trois intervenants : l’Etat (propriétaire des barrages hydroélectriques de Kossou, Buyo, Ayamé et Taabo) et des privés (Ciprel, Azito Energie et Aggrekoutilisant le gaz naturel extrait au large des côtes ivoiriennes pour leurs centrales électriques) – qui produisent l’électricité introduit dans le réseau électrique dont le concessionnaire, la CIE, Compagnie ivoirienne d’électricité, assure l’exclusivité du transport et de la distribution. La filiale du conglomérat français Bouygues, qui jouit d’un contrat d’affermage, commercialise la production à un tarif fixé par l’Etat de sorte à rémunérer l’ensemble des acteurs intervenant dans le circuit.

Réaliser l’équilibre financier

Le modèle économique de cet édifice repose un fondement : l’équilibre financier du secteur. Les opérateurs privés attendent un prix rémunérateur pour leurs productions tenant compte des coûts volatiles du gaz naturel, la CIE, une rétribution à même de lui permettre de couvrir les charges d’exploitation du réseau et de distribution.
Quant à l’Etat, il lui incombe la maintenance de ses barrages et le développement du secteur et l’accès des populations au service d’électricité.
L’atteinte de cet objectif conditionne la viabilité de toute la filière dont le dynamisme participe à la compétitivité d’une économie en rêve d’émergence en 2020.
Et ces dernières années, le gouvernement, qui se désengage au profit du secteur privé, pousse à une hausse de la production qui se traduit par des investissements privés massifs. C’est par exemple le cas de Ciprel qui a investi 165 milliards de franca CFA pour accroître sa production de 111 Mw d’ici la fin de l’année, et l’américain ContourGlobal, le nouvel arrivé, qui va installer une centrale thermique de 330 Mw pour 300 milliards. Et la mise en chantier du barrage hydroélectrique de Soubré de 275 Mw qui va coûter 330 milliards de francs. Conséquence, la production nationale qui devrait avoisiner les 2 000 mégawatt en fin d’année sera doublée à 4 000 mégawatt à l’horizon 2020.
En outre, l’Etat ivoirien a lancé le Programme national d’électrification rurale (PRONER 2020) entamé en 2014, d’un coût d’environ 600 milliards, pour l’électrification, d’ici la mi-2016, de plus de 2012 villages de plus de 800 habitants et tous les villages de plus de 500 hommes à l’horizon 2020. Ce qui aura pour effet de relever le taux de couverture national de 43,3 % en 2014 à 95 % en 2020.
« Le Gouvernement a pris diverses mesures en faveur du secteur, en vue de la réduction des charges des opérateurs du secteur, de l’augmentation des recettes et de l’amélioration du rendement. Ces mesures ont permis dès 2013 au secteur de l’électricité d’afficher un solde d’exploitation positif, mais avec un équilibre financier qui demeure fragile » explique le communiqué. Alors que le gouvernement avait consenti dans la même période un appui financier de 200 milliards de FCFA dans le secteur» a révélé Bruno Koné, ministre en charge des NTIC et porte-parole du gouvernement.
A moins de supporter une charge électrique qui va s’amplifier dans le temps, le pays fait le choix de se tourner vers le consommateur, appelé à contribuer pour une ressource qualifiée de « stratégique » et dont la fragilisation est susceptible, à cours sûr de compromettre les perspectives économiques de croissance à deux chiffres.

Le mix énergétique

L’alternative principale étudiée reste le développement des barrages hydroélectriques, plus chers à l’installation mais qui offrent l’avantage d’un coût de production maîtrisable en dépit l’aléa pluviométrique. Selon les études, le potentiel du pays dans ce domaine, évalué à 2 000 Mw, n’est utilisé qu’à 25%.
En attendant l’entrée en production, en 2018, des 275 mégawatt du barrage de Soubré qui va contribuer à rééquilibrer le mix énergétique (hydroélectricité et électricité thermique) et à tirer les prix vers le bas, pour lequel la Côte d’Ivoire doit injecter 140 milliards de francs CFA sur les 338 milliards nécessaires, d’autres projets sont à l’étude. Il s’agit entre autre de la construction et l’exploitation de deux barrages hydroélectriques sur le fleuve Cavally, les barrages de Tiboto et de Tahibli pour lesquels Eranove, maison-mère de l’opérateur Ciprel, avait manifesté un intérêt.
Pour un prix du kilowattheure (kWh) est de 36,05 francs CFA jusqu’à 80 kWh de consommation/bimestre, et de 73,99 F CFA au-delà, le secteur reste l’un des plus compétitifs et des performants du continent avec un temps moyen de coupure de 40 heures contre 41 heures en Afrique du Sud et environ 100 heures au Sénégal.
Par ailleurs, la Côte d’Ivoire fournit en électricité des pays de la sous-région, dont le Ghana, le Liberia, le Togo et le Bénin à travers le programme sous régional d’interconnexion des réseaux électriques.