Mercredi 13 mai à 13 h27 GMT. Après 19 morts et au 18ème jour de manifestations contre un 3ème mandat dont voulait s’arroger le président Pierre Nkurunziza, Bujumbura et ses 500 000 habitants connaissent une soudaine montée d’adrénaline. 

La voix rauque du Général Godefroid Nyombaré, ex chef des services de renseignement et ancien compagnon d’armes du président Pierre Nkurunziza au sein de la rébellion hutue du CNDD-FDD, limogé le 18 février 2015 pour avoir émis un rapport contre-indiquant le projet de modification de la constitution, fige les burundais pendant 5 minutes 27 secondes:
“En ce qui concerne l’arrogance et le défi lancé par le président Nkurunziza à la communauté internationale qui lui a conseillé de respecter la constitution et l’accord de paix d’Arusha, le comité pour l’établissement de la concorde nationale décide que le président Nkurunziza est limogé, son gouvernement aussi.”
La confusion est d’autant plus grande que le porte-parole de la présidence parle de «plaisanterie». L’annonce a été faite d’une radio privée Isanganiro.

 

 
Président depuis 2005 et réélu en 2010, le président Pierre Nkurunziza se trouvait alors à Dar Es Salam (Tanzanie) où se tenait le sommet de l’East African Communauty. Il n’assistera pas à la photo officielle et restera invisible tout au long de cette messe consacrée initialement à la situation au Burundi.
Le coup d’Etat est accueilli par une explosion de joie. Les loyalistes reposent et font 3 morts civils une heure après l’annonce d’un putsch que les services de la présidence estiment maîtrisé. Un mur humain faisait direction vers le bâtiment présidentiel à 14 heures cinquante.. Moins d’une heure plus tard, les services de la présidence qui avaient ordonné aux opérateurs de couper internet se fendent d’un message sur Facebook réitérant leur leit-motiv: «Situation maîtrisée».
A 16h 55, l’EAC condamne le coup d’Etat mais du bout des lèvres. Plus subtile, l’ONU appelle les deux camps au calme et à la retenue. L’on notera que la France, qui avait déconseillé le Burundi depuis le 27 avril, n’ordonne pas l’évacuation de ses ressortissants.
Les putschistes annoncent la fermeture des frontières. L’aéroport de Bujumbura est investi par des hommes en armes et des civils pour empêcher le retour du président. La REMA, radio prô-gouvernementale est incendiée. A 22 heures, putschistes et loyalistes entament des négociations pour ne pas “verser le sang des Burundais». Au petit matin, c’est échec et mat. Le président Nkurunziza a disparu des écrans radars.

Avec 600 dollars par habitant, le Burundi est l’un des pays les plus pauvres d’Afrique. L’insécurité alimentaire concerne 72% des 10,5 millions de Burundais. Le PIB du Burundi n’excède pas 2 milliards de dollars. Le pays a enregistré 100 000 morts dans le cycle des violences ethniques qui ont endeuillé la région entre 1993 et 2005. Le pays exporte du café, du thé et de l’or en direction de l’Arabie Saoudite, son premier client . L’Agriculture représente 80% des exportations de ce pays jumeau du Rwanda dont il ne fait pas le 8e du PIB.

 

 

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