Par Adama Wade

La dernière tournée présidentielle et l’expulsion récente d’un officiel algérien viennent réchauffer des nuits d’avril 2015 exceptionnellement froides à Nouakchott. Qu’a bien pu faire ce diplomate pour se retrouver au centre du triangle des Bermudes?

L’affaire fait grand bruit dans les terrasses de café où se côtoient politiciens, journalistes et simples citoyens.
Tous devisent du temps qu’il fait bercés par la bise de mer, vigoureuse cette année. Ce micro-climat trompeur pour qui connaît l’âpreté du couloir sahélo-saharien installe un équilibre éphémère.
Habitués aux vents contraires, les mauritaniens sirotent leur thé en tournant et en retournant l’actualité sans se laisser impressionner par l’acidité de l’information du jour. Ils en ont bien vu d’autres depuis les Cavaliers du changement.
Accrochés à leurs smartphones, talismans des temps modernes importés de Chine, les habitants du pays des millions de poètes scrutent l’horizon à la recherche de la direction du vent. Il faut dire que depuis Edgard Monod, les évènements ne sont plus prévisibles.

Dans ce vaste pays grand comme deux fois la France, les dunes vierges et d’apparence dociles qui coûtèrent la vie au commandant Xavier Coppolani ont cédé la place à une improbable cité tentaculaire riche de ses diversités africaines et arabes et, surtout, de ses positions subtiles et spéculatives par rapport au vent de l’actualité.

La nature meuble du terrain mauritanien autorise en effet à toutes les acrobaties. Tout s’oublie vite par 40 degré à l’ombre, d’où la propension à la transhumance politique et économique. Les traces et les trajectoires se perdent dans le sable. Les postures, fluides par nature, cèdent à la température à l’instar de certains métaux.

Ces prédispositions naturelles au changement qui caractérisent le mauritanien influencent son habitat d’une liberté architecturale flottante entre le néo-mauresque et le soudanais. Deux styles tout en rondeurs qui n’offrent pas la précision du gothique et qui autorisent tous les mélanges: tôles, cartons, toiles, briques…Autant de matériaux dont l’assemblage imprécis participe du flou artistique qui règne à Nouakchott.

De là sans doute cette propension bien mauritanienne à négocier de tout et sur tout.
Le marchandage politique ou tribal s’est greffé sur les gènes. Il faut, disait le Général Gouraud dans ses souvenirs d’Adrar, beaucoup d’imagination pour survivre dans un milieu aussi hostile. Lui, le grand conquérant, avait compris ses sujets bédouins.
Leur imprécision dans le langage et leur art de ne jamais dire oui ou non ne serait pas de l’opportunisme. C’est juste une sorte de réalisme à imprimer dans l’indispensable kit de survie en plein désert.
Une agilité qui a permis aux nomades de traverser des siècles en échangeant la gomme arabique contre du mil et le sel contre de l’or….puis en trempant dans le commerce du bois d’ébène. Le tout sans jamais se mettre en porte-à-faux avec la religion interprétée au gré de la conjoncture politique et des éphémères rapports de force entre tribus.
Cette nécessité d’adaptation dicte aussi le vestimentaire. Comme le disait l’autre, avec le boubou, maure ou négro-africain, on n’a pas besoin de se retourner. On l’est déjà et c’est tellement pratique compte tenu des vents changeants de l’actualité.
Au final, le mauritanien est comme le tournesol qui s’oriente avec le soleil. Hier, l’astre était dans les Hods. Aujourd’hui, il est dans le Gorgol, entraînant dans sa course des centaines de hauts cadres, ministres, chefs et sous-chefs qui surfent sur la tendance. Ainsi va la Mauritanie. En attendant la prochaine grosse affaire.

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