L’atout-crédibilité d’un visage féminin pour la BAD

• Par le Professeur Benoit NGOM, Président Fondateur de l’Académie Diplomatique Africaine (ADA)

Techniquement et moralement bancable ! La trajectoire académique et le parcours professionnel de cette dame sont une agrégation de plus-values. Ethique, rigueur, compétence, patriotisme et ouverture constituent l’archipel d’avantages comparatifs, telle sa terre natale, le Cap-Vert. Posé par la nature dans l’Atlantique, ce pays est un ensemble d’îles qui brille par la qualité de son personnel politique et ses efforts pour une qualité de vie. Dans ce ciel de grâces, la candidature de Cristina Duarte à la Présidence de la Banque africaine de Développement représente bien plus qu’une perspective de sacre d’une femme. Eclairée par les Etats-parties, cette elle est une étoile étincelante pour l’institution financière africaine.

En finances comme dans la vie courante, le crédit est un atout dans la distribution des marques de confiance. Très souvent, la dévolution se résume à un exercice de délégation de confiance, donc de souveraineté d’une personne physique ou morale. Pour l’Afrique, le mois de mai est un rendez-vous des décideurs avec leur personnel humain. L’enjeu est la clé de la grande institution financière qu’est la Banque africaine de Développement. Il exige des gouvernants que des mains expertes et à la probité établie gardent la signature de cet instrument de progrès économique et social.
Un souffle de gouvernance mondiale traverse ce contexte, avec son lot de défis aux systèmes politiques et aux organisations internationales. La démocratie internationale a ses laideurs ; ce qui n’empêche pas les hommes libres, ces habitants d’un idéal de Justice et de Paix, de célébrer ses vertus lisses dont la crédibilité du pays d’origine du dépositaire d’une source de pouvoir. Les candidats ne peuvent échapper à cette règle du jeu. En effet, chaque pays, en fonction de son système politique, de son degré d’attachement à la bonne gouvernance, se voit décerner une étiquette au niveau international. Cette marque se reflète naturellement dans le niveau d’estime dont jouissent les citoyens du pays concerné.
La nationalité est une réalité juridique consubstantielle à la nation, une construction à la fois de droit et de dévotion sociétale. L’élection doit être, certes, la sanction du cursus honorum d’un candidat le plus conforme aux attentes liées à une fonction, mais il est juste, au regard de la culture d’adhésion à des principes universels, que cette compétition marque également la reconnaissance, par la société internationale, des efforts fournis par un pays dans la bonne gouvernance nationale et dans sa pratique diplomatique. Ce sont ces différents aspects qui constituent le moule des pratiques politiques et économiques du candidat qui a souvent été, à des degrés de responsabilités divers, un des acteurs de la vie publique de son pays. C’est à partir de ce moment seulement qu’il peut donner une pleine expression de ses aptitudes à commercer avec le reste du monde dans la fusion des convergences et la célébration de la diversité.

LA RENTE DE LA BONNE GOUVERNANCE

Plus qu’un horizon, la démocratie internationale est l’habitacle d’un Cap-Vert résolument tourné vers la fructification de ses fonds humain comme technique et les rencontres enrichissantes. Le Cap Vert fait partie de ces pays africains qui font la fierté du Continent par la persévérance et l’endurance de sa population que la mère nature n’a point favorisée, mais aussi par la qualité de son personnel politique qui, au bout d’à peine deux décennies, a montré son attachement à la démocratie en faisant de l’alternance politique, denrée rare ailleurs dans le Continent, un produit de consommation traditionnel ; mais bien plus, en érigeant la Bonne Gouvernance et le faible niveau de corruption à un niveau rarement égalé sous nos cieux.
Ainsi, contre toute attente, le Cap Vert, dépourvu de ressources naturelles, ne disposant que de 10% de terres arables et de très peu d’eau douce, baignant dans le climat aride du Sahel, devant importer 85% de ses besoins alimentaires, est passé, grâce à des réformes institutionnelles heureuses et courageuses, de pays à faible revenu au statut de pays à revenu intermédiaire. A tout cela, il convient d’ajouter que le PIB par habitant, malgré tout, est nettement supérieur à la plupart des pays africains et que son indice de développement humain le situe en troisième position après les Seychelles et l’Ile Maurice.

LA RESSOURCE HUMAINE, UN TRESOR…

La ressource humaine, à travers une volonté ferme d’introduire des changements qualitatifs, est la première « ligne de crédit » sur laquelle compte cet archipel. Ce succès, le Cap Vert le doit certes à l’engagement de ses citoyens à l’intérieur du pays mais aussi à la détermination patriotique d’une diaspora qui, par l’importance, la constance et la stabilité de ses transferts d’argent, a permis de soutenir la croissance économique du pays et contribuer incontestablement à la lutte contre la pauvreté des couches les plus vulnérables de la société.
Ce pays a su également tirer profit des progrès démocratiques. La stabilité et la bonne gouvernance ont favorisé le développement touristique et économique du pays auquel les Institutions financières internationales, comme les tour-operators, font confiance.
Dans une autre mesure, ce pays est à la croisée des routes. Sa proximité géographique avec l’Europe peut être un avantage pour l’Afrique. Le Cap-Vert, grâce à son appartenance à différentes aires culturelles et linguistiques, est au carrefour de nombreuses options diplomatiques. Ainsi, en signant, en décembre 2010, la déclaration commune portant création de la Macaronésie (ou les iles de l’Atlantique, espace politique et de coopération régionale renforcée), le Cap Vert a consolidé son ancrage à l’Union Européenne.

COMBATS D’HIER, PROGRES D’AUJOURD’HUI

Cette ouverture aux vents bienfaisants de la coopération internationale n’est pas un facteur de distanciation avec les pôles traditionnels. En effet, le Cap Vert est profondément attaché à la communauté lusophone, notamment à travers des liens culturels et commerciaux très profonds avec le Portugal. Il entretient également un partenariat privilégié avec les Etats lusophones du Sud, dans le cadre de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP). Dans cette logique, le Cap-Vert a également renforcé ses liens avec l’Angola et le Brésil. Au-delà des engagements du présent, l’Afrique lusophone est le territoire d’une résistance en partage. Composée de pays qui ont acquis tous l’indépendance dans la douleur, cette partie du continent a donné à l’Afrique de dirigeants qui ont marqué la conscience de la jeunesse des indépendances. Parmi ces leaders, nous pouvons citer Amilcar Cabral, Président du Parti de l’Indépendance de la Guinée Bissau et des Iles du Cap Vert, Agostinho Neto, Président du Mouvement pour la Libération de l’Angola et Samora Machel, Président du Front pour la Libération du Mozambique. Ces dirigeants ont permis à leur peuple d’accéder à l’indépendance dans la dignité et la plus grande fierté. Le reste, naturellement, devait dépendre du comportement social et politique de l’Elite qui devait gérer leur héritage.
A cet égard, l’Elite politique du Cap-Vert a essayé de se montrer digne du legs de Cabral et ses Camarades. Ainsi, il convient de citer le Président Pires qui a été gratifié du Prix Moh Ibrahim pour son comportement exemplaire dans la gestion de son mandat politique et pour son acceptation des règles démocratiques, particulièrement celle de la limitation des mandats. Ces mêmes éloges peuvent être rendus à l’éminent juriste et ancien Président de la République Antonio Mascarenhas.
Mais, en dehors des aspects purement politiques, certains pays lusophones comme l’Angola et le Mozambique présentent aussi des perspectives économiques prometteuses pour l’évolution du Continent. Ces pays lusophones d’Afrique sont un réel trait d’union avec un des grands acteurs des relations économiques internationales qu’est le Brésil dont l’évolution économique peut servir d’exemple aux pays africains. Pour toutes ces raisons, la présence d’un Représentant d’un de ces pays à la tête de BAD serait un signal fort dans l’attachement de l’Afrique à sa relation historique avec l’Amérique latine.

AU-DELA DES PREJUGES SEXISTES ET CULTURELS

S’il est temps qu’advienne le tour d’un pays lusophone à la Haute gouvernance de l’Economie et des Finances de l’Afrique, il sera également permis de dire qu’il est temps que l’ascension de la Femme africaine à ces sommets ne se heurte plus au plafond de verre des préjugés sexistes, politiques ou culturels. L’ascension de la Femme vers les plus hauts sommets de la Gouvernance nationale et internationale est un processus irréversible comme l’atteste l’accession de Madame Christine Lagarde à la tète du FMI ou comme peut le confirmer la candidature de Madame Hilary Clinton à l’investiture démocrate dans la perspective d’une candidature à la Présidence des USA en novembre 2016.
Les Responsables Africains doivent savoir que l’Afrique, plus que tout autre continent, pour combler son retard abyssal, a besoin de mobiliser l’ensemble de ses enfants. En clair, l’Afrique ne peut se permettre de marginaliser ou d’incapaciter plus de la moitié de sa population pour des raisons de convenances culturelles ou pour satisfaire des réflexes primaires de domination du fait du genre.
La promotion des femmes africaines, quand elle s’appuie sur nos valeurs fondamentales de civilisation, peut ne pas poser de problèmes majeurs. En effet, depuis le royaume des Candaces jusqu’aux derniers royaumes africains, le rôle politique des femmes a été reconnu dans la plupart des pays du continent. A cet égard, nous pensons que l’exemple récent du Sénégal peut nous conforter dans ces dires. En effet, ce pays, sans contestation excessive des pouvoirs religieux ou politiques, a pu adopter une loi garantissant la parité homme-femme dans toutes les fonctions électives. Ainsi, l’Assemblée Nationale actuelle du Sénégal a été composée sur la base de l’égalité presque parfaite en nombre entre Femmes et Hommes.

FAIRE JUSTICE A LA FEMME

En vérité, les peuples africains n’ignorent pas qu’en toute objectivité, la responsabilité de la situation actuelle de l’Afrique est globalement de la responsabilité des hommes. De ce fait, un sentiment de simple justice, généralement partagé, veut que chaque fois que cela est possible, on puisse laisser la femme tenter sa chance au nom de la communauté. Ceci a pu affaiblir certaines poches de résistance et favoriser l’accession de personnalités féminines aux plus hauts sommets de la Gouvernance par voie d‘élection comme Madame Jonhson Sirleaf, Présidente de la République du Libéria et Madame Nkosana Dlamini-Zuma à la tête de la Commission de l’Union Africaine, ou par voie de cooptation comme Madame Catherine Samba-Panza, Présidente de la République Centrafricaine.
Dans cet esprit, l’élection à la Présidence de la BAD de Madame Cristina Duarte, Ministre des Finances, parfaite polyglotte ayant une expérience confirmée de la gouvernance internationale, serait un signal fort de l’Afrique qui marque son attachement irréversible à la promotion de la Femme et à l’égalité des Genres.

NB: retrouvez ce texte dans l’Agenda Diplomatique Africain à paraître le 15 mai avec Financial Afrik

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