François de Senneville, Associé responsable du Desk Afrique chez Lazareff Le Bars

L’ambition clairement affichée de l’Ile Maurice depuis maintenant quelques années est de devenir la clé de l’Afrique pour les entreprises souhaitant se développer sur le Continent ! Objectif réalisable ou ambition démesurée ?

Pas tant que ça à l’analyse, lorsque l’on sait que ce confetti africain de l’Océan Indien est déjà premier investisseur en Inde. En effet, une statistique qui parle d’elle même et encore vérifiée en 2014, place l’Ile Maurice comme le 1er investisseur sur la Grande péninsule ! Evidemment pas uniquement via les capitaux mauriciens investis mais évidemment par les fonds internationaux qui transitent par des sociétés mauriciennes pour finalement être investi en Inde. Ainsi, plus de 40 % des investissements étrangers directs (« Foreign Direct Investments ») proviennent de sociétés établies et actives à l’Ile Maurice. Alors se dit on, pourquoi la performance de ce micro Etat africain ne serait-il pas réalisable sur son Continent ?


Maurice cultive son attractivité

Lorsqu’on s’attarde sur les fondamentaux qui permettent aux entrepreneurs de choisir Maurice pour y loger leur holding intermédiaire destiné à gérer leur développement régional, on y trouve certes une convention fiscale avantageuse (permettant notamment l’exonération des plus-values de cession des titres de la société indienne en cas de cession des titres de la mère mauricienne) mais surtout nombre d’autres facteurs souvent déterminants dans le choix des chefs d’entreprises. En effet, lorsqu’on interroge ces derniers sur les caractéristiques idéales de l’Etat qu’ils recherchent pour y établir le Quartier Général destiné à soutenir leur développement africain ils indiquent principalement les suivantes :

– Un Etat stable politiquement ;
– Dont les institutions juridiques permettent de véritablement sécuriser leurs opérations ;
– Disposant d’une main d’œuvre qualifiée et compétitive ;
– Avec une fiscalité raisonnable voir attractive et ;
– Un niveau d’infrastructure général appréciable (tant au niveau aérien que portuaire pour faciliter les mouvements de marchandises et les ressources humaines dont ils auront besoin pour gérer leurs projets) ;

Force est de constater, après avoir passé en revue les 54 Etats du continent que l’Ile Maurice émerge favorablement sur ces thèmes et que les concurrents ne sont pas légion. Pour rappel, elle se retrouve régulièrement à la première place de l’indice Mo Ibrahim qui évalue périodiquement l’environnement des affaires en Afrique.

C’est pour ces raisons que l’Ile Maurice devrait gagner son pari africain et que tout son capital humain (banques, assurances, sociétés de gestion, Etc.), hier focalisé sur l’Inde, s’investi dorénavant activement pour proposer ses services aux grands groupes internationaux pour les aider à gérer la complexité de leur développement sur le continent.

Compte tenu de la vigueur du développement africain et de l’engouement qu’il suscite, les entreprises accélèrent leurs projets et sont souvent très réceptives à cette proposition. Le grand nombre de conventions fiscales que ce petit « Hong Kong » en devenir a conclue notamment avec nombre d’Etat africains ainsi que les nombreuses conventions destinées à protéger les investissements réalisés à partir de sociétés mauriciennes sur le continent, ne font qu’accroître l’attractivité de Maurice.

Ajoutez à cela l’appartenance de la mini-république aux principales sous-régions de l’Afrique de l’Est et le fait qu’elle soit signataire des traités qui unissent les Etats correspondants (à savoir les communautés d’Etats de la COMESA et de la SADEC) et vous comprendrez pourquoi son projet devrait prendre forme. En effet, ces traités permettent notamment aux produits transitant dans l’Ile pour quelques opérations de bénéficier ensuite du label « Made in Mauritius » et d’entrer ensuite en Afrique en franchise douanière, dans les autres Etats signataires susmentionnés.

Compte tenu de son positionnement géographique l’« Ile monde », car cosmopolite, permet aux entreprises qui l’auront choisi d’ambitionner un rayonnement non seulement africain mais plus largement sur les Etats de l’arc de l’océan indien qui commence par l’Afrique du sud, en passant par les pays du golfe, ceux d’Asie, jusqu’à l’Australie.

L’on n’a pas évoqué la douceur du climat et la beauté des paysages, car ces facteurs n’entrent pas en principe en considération pour un projet économique, bien qu’il est vrai qu’une population de salariés expatriés trouveraient là certainement quelques motivations supplémentaires pour se porter candidats pour l’aventure.

Un environnement réglementaire favorable

Pour mieux comprendre les raisons de ce succès, attardons-nous sur quelques-unes des réformes qui en sont la cause. Nous citerons bien entendu la capacité de cet Etat de se doter d’une constitution et d’institutions pour son fonctionnement démocratique mais surtout son respect des dispositions de cette loi fondamentale et du bon fonctionnement de ses institutions. Dans ce contexte, les opérateurs économiques apprécient en particulier la qualité de ses institutions judiciaires.

Figurent également la mise en place de fondamentaux destinés à garantir l’égalité des chances. Parmi ceux-ci, il convient de mentionner les droits des citoyens à la gratuité de l’éducation et de l’accès aux soins médicaux. Ils ont permis d’entretenir la paix sociale nécessaire pour un développement harmonieux de tous les partenaires économiques.

Privée des ressources naturelles qui ont permis d’accélérer le décollage du continent depuis cette dernière décennie, l’Ile a décidé de capitaliser sur la qualité légendaire de son accueil. Pour se faire, elle a adopté des législations destinées à attirer les investisseurs étrangers (personnes physiques et sociétés). Celles-ci lui ont permis de développer un secteur tertiaire et de prendre le relai des premières étapes de son développement (fondé historiquement sur son agriculture et la culture de la canne à sucre et ensuite sur son industrie, notamment textile).

Pour assurer le succès de son projet et que cette vision devienne une réalité, les institutions ont été créées et les lois amendées. Depuis, la Financial Services Commission (« FSC ») est l’autorité de tutelle qui régule et veille au bon fonctionnement des entreprises du secteur dit du « business global » (ou « Global Business »). Elles sont, le plus souvent, étrangères et ont généralement choisies de localiser à Maurice les équipes destinées à assurer leur développement et / ou servir une clientèle à l’étranger.

Ces entreprises sont administrées par les sociétés dites de gestion (« management compagnies ») qui assument une double casquette : elles assistent les entreprises concernées notamment pour la tenue de leur comptabilité et de leur secrétariat juridique mais elles garantissent également à l’autorité de tutelle le fonctionnement de ces mêmes entreprises dans le strict respect des lois locales.

Cette organisation de ce secteur économique en fait un des plus régulés au monde. Elle permet de contester efficacement la crédibilité de ses quelques détracteurs émanant le plus souvent des Etats qui ont tout simplement du mal à faire face à la compétitivité de l’Ile Maurice pour attirer leurs acteurs économiques. Ces derniers choisissent généralement de s’internationaliser là où les facteurs notamment économiques leurs sont plus favorables, sans être affectés par le poids du remboursement des dettes nationales.

Comme mentionné plus haut, Maurice a également bien compris son avantage culturel pour émerger dans un monde global. « La différence est une richesse » dit le dicton. Multi-ethnique et multilingue, nul besoin de réforme donc pour qu’elle soit francophone pour l’Afrique du nord et de l’Ouest et anglophone pour l’Afrique de l’est et du sud. Par ailleurs, elle ne compte pas s’interdire de s’appuyer sur ses diasporas indiennes, pakistanaises et chinoises pour ouvrir ses bras à l’ensemble des pays de l’arc de l’océan indien (« indian ocean rim »).

La machine de guerre est petite mais suffisamment performante pour être aujourd’hui un sujet de fierté économique pour le continent. Pour l’ensemble de ces raisons, l’on retrouve régulièrement l’alternative mauricienne dans la liste des destinations susceptibles de jouer un rôle dans la stratégie de développement de nos entreprises en Afrique, voir au delà.

(1). A propos de l’auteur

Expert dans l’optimisation de l’implantation et du développement des entreprises en Afrique,François de Senneville, dirige le Desk Afrique du cabinet Lazareff Lebars, dédié au droit fiscal, au droit des affaires et à l’arbitrage international. Spécialiste en matière de fiscalité internationale et d’investissement en Afrique, il est passionné par ce continent et reconnu pour son expertise en matière de droit des affaires africain (notamment OHADA). Il assiste depuis plus de vingt ans de grands groupes internationaux dans leurs projets de développement, de réorganisation de leurs activités internationales et de structuration de leurs acquisitions.
De nationalités française et mauricienne, François de Senneville à une très solide expérience des opérations de restructuration (incluant les réorganisations de modèles économiques), à l’île Maurice et via l’île Maurice, ce qui constitue un atout majeur pour les entreprises désireuses de s’implanter en Afrique.
François est Membre du COMEX de la Commission Afrique et du comité d’organisation du Campus Afrique 2015 du Barreau de Paris”…

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