Le fameux secret bancaire suisse était bel et bien une aubaine pour les bailleurs de fonds des réseaux terroristes, les trafiquants de tout bord et les évadés fiscaux, selon une vaste enquête menée dans plus de 40 pays par quelque 154 journalistes.

Baptisée «SwissLeaks», cette investigation a révélé que des dizaines de milliards d’euros détenus par des financiers du terrorisme, des trafiquants de drogue et d’armes ou encore des évadés fiscaux, parmi lesquels des dirigeants de pays africains, ont transité par les coffres de la filiale suisse de la banque britannique HSBC Suisse.

Selon le quotidien français Le Monde, HSBC Private Bank «a accepté, voire encouragé, une  gigantesque fraude à l’échelle internationale » portant, pendant la seule période de février 2005 à mars 2007, sur la somme de « 180,6 milliards d’euros qui auraient transité, à Genève, par les comptes de plus de 100 000 clients et de 20 000 sociétés offshore».

D’après les révélations issues de 59802 fichiers de la banque HSBC, dérobés par l’informaticien Hervé Falciani et passés au crible par des dizaines de médias à travers le monde, ces fonds étaient cachés entre autres derrière des structures offshore au Panama et dans les îles vierges britanniques.

Les fichiers consultés par les rédactions contiennent les bases de données clients (noms, dates de naissance, numéros de passeport, etc.), les notes des banquiers et les numéros IBAN des comptes, des mouvements bancaires, notamment. Selon les différents médias, il n’y a aucun doute sur leur authenticité.

On trouve notamment dans ces fichiers des Saoudiens suspectés d’avoir financé Oussama ben Laden dans les années 2000, des barons de la drogue ainsi que des trafiquants impliqués dans les ventes d’armes et le commerce illicite de diamants, d’après les enquêtes des journalistes.

HSBC a admis des «défaillances» au niveau de sa filiale suisse. «HSBC Private Bank a accueilli un certain nombre de clients qui n’étaient pas entièrement en règle avec leurs obligations fiscales», a précisé la banque dans les colonnes du Matin Dimanche. Sur son site, Le Monde a aussi publié une réponse de HSBC qui dit reconnaître les «manquements passés» mais avoir «pris depuis plusieurs années de nombreuses initiatives pour empêcher l’utilisation de ses services à des fins d’évasion fiscale ou de blanchiment d’argent».

«HSBC Private Bank a continué d’offrir des services à des clients qui avaient été cités défavorablement par les Nations Unies, dans des documents légaux et dans les médias pour leur lien avec le trafic d’armes, les diamants de guerre ou la corruption», martèle cependant le consortium international des journalistes d’investigation qui a mené l’enquête.

Ex-salarié de HSBC, Hervé Falciani avait dérobé ces fichiers confidentiels pour les transmettre aux autorités fiscales françaises. Cet informaticien a été inculpé en 2009 de vol de données par la justice suisse, qui a lancé contre lui un mandat d’arrêt international. Hervé Falciani a été arrêté à Barcelone en 2012, mais Berne attend toujours son extradition.

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