Par Temba A Nolutshungu

Pour beaucoup, l’événement politique le plus important du XXe siècle est l’implosion du socialisme en Europe de l’Est, quand, à partir de 1989, une série de réactions en chaîne a suivi l’effondrement du mur de Berlin. Mais, un autre événement s’étant produit de manière plus ou moins concomitante lui conteste farouchement ce titre. Deng Xiaoping, le « leader légendaire» de la République populaire de Chine, a lancé, à partir de 1978, une série de réformes radicales pour une économie de marché libre, déclenchant ainsi la révolution économique qui a libéré la Chine de l’emprise suffocante du socialisme.

 

 

« Le marché n’est pas une invention du capitalisme. Il existe depuis des siècles. C’est une invention de la civilisation», a déclaré Deng Xiaoping. Il aurait pu ajouter que le marché est le reflet de la nature humaine. Comme le langage, il a évolué spontanément dans les temps primitifs par la motivation des gens qui à la recherche de leur intérêt. Ils négociaient pour échanger des biens tels que les récoltes, les fourrures, les métaux, les armes et d’autres produits manufacturés, et embauchaient des gens qualifiés pour effectuer certaines tâches. Ces échanges étaient rationnels, servant l’intérêt personnel tout en étant mutuellement avantageux et enrichissant pour toutes les parties. Deng Xiaoping était un politicien bien formé à l’art diplomatique de la vente de l’invendable. Grâce au consensus, au compromis et à la persuasion, il a réussi à vendre le capitalisme aux communistes.

Même avant la Révolution culturelle catastrophique (1966-1976), Deng Xiaoping a eu la clairvoyance de dire: « Qu’il soit noir ou blanc, peu importe la couleur du chat, pourvu qu’il attrape les souris ». Pour lui, peu importe le système économique mis en œuvre, du moment que c’est le plus indiqué pour atteindre les objectifs socio-économiques auxquels ils aspirent. Plus tard, en tant que chef du Parti communiste, il a contribué à libérer les forces du marché en Chine en s’inspirant des politiques de Hong Kong, l’Île voisine, qui, depuis des décennies, se vantait de posséder l’économie la plus libre du monde.

Les réformes du marché de Deng Xiaoping ont commencé à la fin des années 1970 avec la dénationalisation et la dé-collectivisation de l’agriculture. Cela a permis à des entrepreneurs, d’abord dans l’agriculture, puis dans d’autres secteurs, de créer leurs entreprises privées et de transformer certaines régions du pays en des destinations attrayantes pour les investissements étrangers. La ville de Shenzhen, dans la province de Guangdong, était le centre de ces réformes et a été désignée comme une zone économique expérimentale, ainsi que d’autres régions tels Guangzhou et Shanghai.

Au cours de la deuxième vague des réformes du marché, à la fin des années 1980 et 1990, la privatisation massive des entreprises publiques a été mise en œuvre dans les zones économiques expérimentales en étendant progressivement la politique à d’autres régions du pays. En même temps, le contrôle des prix, les réglementations coûteuses et les politiques protectionnistes ont été éliminés ou abolis. En 2005, le secteur privé en Chine, largement concentré dans les zones économiques spéciales, représentait déjà 70% du PIB de la Chine.

Les Chinois ont rapidement exploité les opportunités illimitées de l’économie de marché encouragée par Deng Xiaoping qui affirmait qu’« il est glorieux d’être riche ». En l’espace de deux décennies, la Chine est devenue la deuxième plus grande économie dans le monde, et aujourd’hui elle est la première puissance économique mondiale. Entre 1978 et 2010, l’économie de la Chine a progressé en moyenne de 9,5% par an.

Il est important de comprendre que le succès socio-économique phénoménal de la Chine provient principalement des régions où les réformes de marché libre les plus radicales ont été implémentées, comme la province de Guangdong. L’expérience est maintenant élargie pour couvrir d’autres zones géographiques. Imaginons les résultats qui pourraient être obtenus si l’ensemble de la Chine adoptait de telles politiques.

La première licence d’affaires en Chine a été décernée en 1979. La bénéficiaire était Zhang Huawei, âgée de dix-neuf ans, et fille d’un ouvrier d’une usine d’état qui a commencé humblement en vendant des bibelots dans la ville de Wenzhou. Aujourd’hui, elle est devenue millionnaire et dirige la Huamei Garment Accessory Company. Son histoire illustre de Deng Xiaoping lorsqu’il affirmait « Les marchés sont bien … Laissez une partie de la population s’enrichir d’abord ».

Dans leur livre, « Mao: L’histoire inconnue », les historiens Jung Chang et Jon Halliday mettent en évidence la pauvreté que le communisme a générée en Chine. Profitant de l’accès aux archives chinoise et russes,  récemment ouvertes, et en interrogeant des centaines de personnes qui étaient proches de Mao Tse Tung, ils dénoncent la mort d’au moins 70 millions de Chinois, un chiffre étayé par diverses sources indépendantes, morts principalement causées par la famine, laquelle est le résultat du soi-disant « Grand Bond en avant » lancé par Mao.

Une observation faite par le philosophe, économiste et sociologue Ludwig von Mises était que « le capitalisme n’a besoin ni de propagande, ni d’apôtres. Ses réalisations parlent d’elles-mêmes ». En introduisant les principes du libre marché, Deng Xiaoping a révolutionné économiquement son pays. Si la Chine parvient à maintenir son rythme actuel de croissance économique, il ne fait aucun doute que le dragon chinois sera la plus grande économie dans le monde et pour longtemps.

Temba A Nolutshungu est analyste pour The Free Market Foundation

Article publié en collaboration avec Libre Afrique