C’est un rapport assez exhaustif que vient de réaliser la Banque Africaine du Développement sur le trade finance. Pas moins de 276 banques établies dans 45 pays africains ont été interrogées sur leurs activités de financement du commerce en 2011 et en 2012. Les résultats obtenus sont édifiants.
L’encours des  financements commerciaux  obtenus  à travers les banques en Afrique  s’élève entre 300 et 350 milliards de dollars. Ce chiffre représente le tiers des volumes commerciaux réalisés en Afrique.   Le niveau moyen  alloué par les banques étant plus élevé en Afrique du Nord selon le rapport.

Des disparités sont à relever aussi au niveau du type de commerce.  La    part des financements commerciaux obtenus par l’intermédiaire d’une banque qui est consacrée au commerce intra-africain est limitée et représente environ 18 % (68 milliards d’USD) du total des actifs de financement du commerce des banques africaines.  « Il convient de noter toutefois que le commerce intra-africain représente 11 % (110 milliards d’USD) de la valeur totale des échanges commerciaux en Afrique. Ainsi, bien que la valeur des financements commerciaux octroyés par les banques africaines en soutien au commerce intra-africain soit inférieure au montant des échanges réalisés à l’intérieur de la région, elle est proportionnellement beaucoup plus élevée que ce dernier. », lit-on dans le rapport.

Le rejet des demandes de financement reste élevé lié en partie à l’insuffisance des limites de crédit dontdisposent les banques africaines  auprès des banques confirmatrices et à une situation de «pénurie » des dollars.  « L’estimation prudente de la valeur de la demande non satisfaite de financement commercial par l’intermédiaire des banques s’établit entre 110 et 120 milliards d’USD, ce qui est nettement supérieur aux précédentes estimations qui la situent à environ 25 milliards d’USD ». Ces chiffres indiquent que l’offre disponible sur le marché est largement inférieure aux besoins. La demande non satisfaite est également beaucoup plus importante dans les pays fragiles et à faible revenu que dans les pays à revenu intermédiaire.

Pour les auteurs du rapport, le  financement du commerce est une activité bancaire relativement peu risquée en Afrique, mais pas au même degré que dans les autres régions. Bien qu’étant faibles, les taux de défaillance moyens liés au financement du commerce en Afrique (4 %) restent supérieurs à ceux enregistrés dans les autres régions du monde où ils représentent en moyenne moins de 1 %. De plus, les taux de défaillance varient considérablement d’une sous-région à l’autre. Cependant, les taux de défaillance en matière de financement du commerce sont nettement inférieurs au taux global de créances douteuses détenues par les banques.

Bonne nouvelle cependant, les perspectives concernant le financement du commerce restent positives : environ 72 % des banques interrogées espèrent accroître leurs activités de 7 financement du commerce dans un avenir proche.  « Cependant, les banques entrevoient des obstacles à la croissance de leur portefeuille de financement du commerce tels que l’insuffisance de liquidité en USD, le respect des dispositions réglementaires, la faiblesse de la croissance économique et l’incapacité à évaluer la solvabilité des emprunteurs potentiels ».

Environ 93% des banques africaines interrogées ont effectué des opérations de financement du commerce en 2012. On retrouve ce taux de participation élevé dans toutes les sous-régions du continent. Le rapport note  aussi une légère augmentation du pourcentage des banques ayant détenu des actifs de financement du commerce, qui est passé de 92 % en 2011 à 93 % en 2012.

Le financement du commerce représente en moyenne environ 17 % des revenus des banques africaines. La part des revenus des banques provenant des activités de financement du commerce est inversement proportionnelle au développement des marchés financiers dans leur pays d’origine. Les données disponibles ne permettent toutefois pas de déterminer clairement si cela contribue à diversifier davantage les revenus des banques.

S’agissant du pricing, les auteurs du rapport indiquent que le taux de commission le plus couramment appliqué (trimestriellement) pour l’émission de lettres de crédit en Afrique (qui se situe entre 0,5 % et 1 % de 2011 à 2012) est resté pratiquement inchangé. « Les effets de la crise financière internationale semblent s’atténuer, au moins en ce qui concerne les niveaux de tarifs appliqués sur le marché du financement du commerce. Bien que les prix des instruments de financement du commerce aient connu une forte augmentation durant la crise financière (2008-2010), les résultats de notre enquête indiquent que les prix se sont stabilisés en Afrique entre 2011 et 2012 ».

En clair, l’Afrique bénéficie d’un meilleur traitement en matière de perception du risque, avec de plus en plus banques confirmatrices africaines et une implication de la BAD, décisive, appelée à baisser les pricing pratiqués.